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Rien n’est fini, tout commence

Le quinquennat initié par la victoire de la gauche aux élections de 2012 s’achève, pour la gauche, dans la douleur. Quelques députés membres du Parti socialiste tenteront, dimanche prochain, de représenter encore dans l’hémicycle de la nation assemblée les idées, valeurs et fiertés d’une tradition politique à quoi l’on doit les plus belles heures de la lutte pour la dignité, pour l’égalité et pour la liberté des Français.

La défaite est plus que cinglante, elle risque de conduire à la disparition d’un parti dont il n’existe pas, aujourd’hui, d’héritier dans la défense résolue des humbles.

Les socialistes étaient les enfants gâtés de la politique française. Eprouvés par la défaite de Lionel Jospin d’avril 2002, ils ont pensé bénéficier d’un socle électif, sociologiquement défini, qui leur servirait de tremplin et de soutien pérenne. D’élections en élections, nous n’avons pas, collectivement, pris la mesure des immenses besoins de pans entiers de la population française. Nous n’avons pas su saisir le débat très profond du référendum européen constitutionnel de 2005 pour faire de notre force politique un vaste mouvement de lecture du monde et d’action sociale, à l’échelle des nouveaux enjeux nationaux et mondiaux. Les grandes évolutions démographiques, la destruction d’emplois résultant des nouveaux circuits productifs innovants, la négligence de la Méditerranée, n’ont pas décidé les socialistes à abandonner les stériles oppositions radicalité/réformisme pour adopter un levier décisif d’adaptation du nouveau monde aux exigences sociales héritières de notre Histoire.

Nous n’avons notamment pas su répondre au pressant défi de réformer notre système institutionnel. En animant avec l’historien Michel Winock une grande commission parlementaire réunissant intellectuels et députés de tous les groupes politiques, j’ai voulu, en présentant le rapport final Refaire la démocratie, proposer aux candidats à l’Elysée une feuille de route claire pour sortir d’un carcan institutionnel étouffant pour l’ouvrir au dynamisme et à l’intelligence du tissu social. Le Parlement est à la fois trop lent et trop dépendant, ce qui donne à l’exécutif une fonction d’incarnation politique qu’il ne peut transformer en action politique à long terme.

La nouvelle Assemblée nationale, consolidée par le non-cumul des mandats, sera indéniablement renouvelée. Toutefois, à lire les programmes et écouter les déclarations d’intention, il est à craindre que les idées de progrès social, de lutte pour la réduction des inégalités ne soient, non pas absentes, mais moins prioritaires que les politiques d’encouragement des forces sociales dominantes. Trouver un équilibre entre soutien aux entrepreneurs et protection des travailleurs et des familles est un art politique fin dont la confusion idéologique actuelle ne semble pas prendre la voie. Il est une place pour une gauche claire ; mais il faut qu’elle soit adaptée au nouveau monde, qu’elle donne espoir aux femmes et hommes qui se sentent oubliés par la mondialisation et fierté à ceux qui créent. Alors, les abstentionnistes et les déçus reviendront vers la gauche, vers le socialisme, vers la volonté d’agir pour l’égalité.

Mais, amis de gauche, ne désespérons pas !  Rien n’est fini, tout commence.

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