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Mon interview dans « Le Monde »

J’ai répondu aux journalistes du quotidien « Le Monde ». Je vous propose de retrouver ci-dessous cet entretien ou sur le site du journal. 

 

Le président de l’Assemblée nationale, qui met un terme à sa carrière de député en juin, admet n’avoir pas encore fait son choix pour le premier tour entre le candidat du PS et Emmanuel Macron.

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, Claude Bartolone explique au Monde son choix de ne pas poursuivre sa carrière de député en juin. Le président (Parti socialiste, PS) de l’Assemblée nationale estime que la vie politique française est « entrée dans une nouvelle époque ». Il assure avoir « du mal à (se) reconnaître » dans la campagne de Benoît Hamon et avoue n’avoir pas encore fait son choix pour le premier tour entre le candidat du PS à la présidentielle et celui du mouvement En marche !, Emmanuel Macron.

Vous avez annoncé aux députés que vous ne vous représenteriez pas aux prochaines élections législatives. Pourquoi cette décision ?

Bon nombre de mes amis savaient que j’avais des doutes, notamment depuis la publication du livre de Davet et Lhomme [« Un président ne devrait pas dire ça… », éd. Stock]. Après les résultats de la primaire, j’ai compris que nous étions entrés dans une nouvelle époque et j’ai considéré qu’il était indispensable de laisser la place à celles et ceux qui étaient, d’après moi, mieux à même d’écrire et de représenter ce nouveau temps politique.

Vous vous reconnaissez dans ce changement d’époque qu’incarne Benoît Hamon du côté socialiste ?

Les règles ont été fixées collectivement et Benoît Hamon a été démocratiquement désigné. Quant à la campagne qu’il mène, elle est conforme aux engagements qu’il avait pris.

Vous allez vous engager dans sa campagne ?

Dans l’état actuel des choses, j’ai du mal à m’y reconnaître. J’ai des divergences de fond avec lui, notamment sur la question de la fin du travail. J’ai pourtant tout fait, à mon poste, pour essayer de faciliter les rapprochements au sein du groupe socialiste, j’ai essayé même de nier le terme de frondeurs, parce qu’il me semblait important de continuer à conjuguer les trois temps du mitterrandisme : le débat, le compromis et le rassemblement.

Un choix collectif a été fait pour un candidat, il faut le respecter. Mais il faut entendre aussi le mal-être de ceux qui se rendent bien compte que le théorème mitterrandiste n’est plus en vigueur, et qu’une part des électeurs sociodémocrates qui votent traditionnellement pour le PS, ne se sentent pas pleinement représentés.

Prenez-vous votre part de l’échec du courant réformiste de la gauche ?

Les échecs sont toujours collectifs et impliquent chacune et chacun d’entre nous. Je pense néanmoins avoir été l’un des rares à avoir essayé d’installer le débat, y compris sur le plan européen. Qu’est-ce que j’ai pu entendre quand j’ai parlé de la « confrontation nécessaire » avec l’Allemagne ! De même, j’ai été le premier à remettre en cause le dogme des 3 % de déficit…

C’est une position que vous défendez encore aujourd’hui ?

Je pense que c’est une règle qui doit tenir compte de la situation, voilà tout. J’ai dit, et je me réjouis de voir que Benoît Hamon a repris cette formule : « On peut vivre avec 4 % de déficit, on ne peut pas vivre avec 4 degrés de plus. » Il y a des priorités auxquelles doit répondre l’Union européenne, que ce soit le défi écologique, énergétique, numérique, industriel… Ce sont des questions qui méritent un débat. Le problème, c’est qu’on est tombé dans la gestion technocratique sans associer les Français sur le sens du projet.

Vous pensez que cette élection présidentielle peut ouvrir une période d’incertitude institutionnelle où aucune majorité ne se dégagerait ?

Elle va nous faire entrer dans un scénario que nous n’avons jamais connu. Les candidats issus des grands partis qui ont structuré la Ve République risquent de ne pas être présents au second tour de l’élection présidentielle. Le PS et LR [Les Républicains]retrouveront, sans doute, aux élections législatives, un score supérieur à celui des présidentielles, mais je vois mal comment un des groupes pourrait être majoritaire à lui tout seul.

Par conséquent, soit on avancera à la godille, avec toute l’instabilité que cela implique, soit il y aura un débat, au début de la législature, pour trouver un socle de stabilité. Dans ce cas-là, nous aurons, nous aussi, à connaître le temps de la grande coalition.

Pensez-vous que les institutions de la Ve République permettent ce mode de fonctionnement ?

Nous avons épuisé le système originel de la Ve République. Il faut repenser nos institutions, comme nous l’avons écrit avec l’historien Michel Winock et bien d’autres, dans un ouvrage collectif intitulé Refaire la démocratie.

Pour constituer une majorité, Emmanuel Macron veut faire signer aux candidats un engagement à soutenir six grandes réformes, en échange de l’investiture En marche !. Cette méthode peut-elle fonctionner selon vous ?

Il a été le premier à affirmer qu’un parti n’aura pas à lui tout seul la majorité à l’Assemblée nationale. C’est donc à lui de commencer à travailler sur cette question. Mais pour cela, les propositions actuelles de M. Macron ne suffiront pas. Plus que jamais, c’est « ni chèque en blanc, ni chèque en bois ». Il sera dans l’obligation de mieux préciser son projet, sur la reconstruction de l’appareil de production, sur la révolution numérique, sur la réorganisation des services publics pour assurer l’égalité républicaine…

Une des particularités de cette présidentielle est que personne ne défend véritablement le bilan de François Hollande. Quel regard portez-vous sur ce bilan ?

Le bilan n’est pas à prendre ou à laisser mais celui qui voudrait se présenter comme socialiste sans assumer les plaies et les bosses de ce quinquennat ferait une erreur. Comment peut-on imaginer que tout est à jeter ? Notre principale erreur est de ne pas avoir su dire aux Français pourquoi nous changions de position sur un certain nombre de sujets au regard de l’état précis dans lequel nous avions trouvé le pays.

Durant cette législature, un certain nombre de lois sur la transparence et la moralisation de la vie politique ont été adoptées. Malgré cela, le fossé continue de se creuser entre les citoyens et leurs élus. Pensez-vous qu’il faille aller plus loin ?

C’est malheureux. Et cela d’autant plus qu’il n’y a jamais eu autant de réformes que sous cette législature. A l’Assemblée nationale, j’ai fait adopter plus de douze réformes sur cette seule question : certification des comptes de l’Assemblée nationale par la Cour des comptes ; publication de la réserve parlementaire ; définition des règles d’utilisation de l’indemnité représentative de frais de mandat ; réglementation et encadrement de l’activité des « clubs » dits « parlementaires » ; obligation pour les groupes politiques de l’Assemblée nationale de publier leurs comptes ; mise en place en 2013 d’un registre des lobbys, publication de la liste nominative des collaborateurs…

Malheureusement, à chaque fois, il y a des questions qui renvoient au Parlement alors qu’il n’est pas directement en cause. L’affaire de M. Fillon nous renvoie aux emplois familiaux des parlementaires, alors que le problème est de savoir si c’est un emploi fictif ou pas.

Faut-il interdire les emplois familiaux au Parlement, pour écarter tout soupçon ?

A partir du moment où il y a eu cet émoi dans l’opinion, il faut avoir une réflexion sur le sujet. J’ai créé un groupe de travail, pour avoir des éléments d’appréciation et de comparaison internationale, afin de prendre des bonnes décisions au regard des meilleures pratiques. Et pas juste de faire une annonce dans l’urgence jusqu’au prochain scandale…

Pour ma part, j’ai eu à subir les conséquences d’avoir épousé une de mes anciennes collaboratrices et cela alors que j’avais volontairement rendu publique sa nomination. Si je ne l’avais pas épousée, on ne m’aurait rien dit : cela n’a aucun sens ! Que fera-t-on des couples qui ne sont pas mariés ? Et des emplois croisés [embauche d’un proche par un autre député], cette pratique en vigueur dans certains parlements étrangers, qui ont justement interdit les emplois familiaux ? Surtout, je ne vois pas en quoi un emploi fictif non familial serait moins grave !

Voilà pourquoi je crois davantage en la mise en place d’un véritable mécanisme de contrôle sur l’ensemble des emplois. Dans certains parlements une commission se prononce sur la rémunération et le niveau de qualification qui justifie ou non l’embauche de telle ou telle personne. C’est une piste à explorer.

Les avocats de François Fillon le défendent en disant que l’enquête du parquet national financier est une remise en cause de la séparation des pouvoirs, notamment à cause des perquisitions à l’Assemblée. Quel est votre avis ?

Je veux être sur ce point très précis. S’agissant de l’affaire elle-même, je ne commente pas ce qui est couvert par le secret de l’instruction. Pour le reste, s’agissant des demandes de réquisition et de perquisition, il y a une jurisprudence parlementaire. S’agissant des collaborateurs, la première décision a été prise par l’un de mes prédécesseurs, Jean-Louis Debré, dans le cadre d’une enquête sur un éventuel emploi fictif concernant un député qui employait sa fille. Le président Debré a décidé de faire droit aux demandes de la justice. C’est un pouvoir propre du président en vertu du règlement.

De la même manière, il y a eu sept demandes de perquisition judiciaire dans les locaux de l’Assemblée nationale sous la Ve République : elles ont toutes été autorisées par le président alors en fonction, que cela soit Philippe Séguin ou Bernard Accoyer. Bien sûr, si une demande devait excéder les finalités de l’enquête pour laquelle elle est présentée, elle serait refusée. Voilà l’état du droit et de la jurisprudence parlementaires.

Enfin, je note qu’il est très difficile de soutenir que la justice ne peut pas connaître des relations entre un assistant parlementaire et le député employeur, dès lors qu’à plusieurs reprises, les prud’hommes et la branche sociale de la Cour de cassation ont eu à intervenir sur ces dernières. Pour le reste, croyez-vous sérieusement que Gérard Larcher ou moi-même aurions accepté de voir remettre en cause l’indépendance et l’autonomie des assemblées sans rien dire ?

L’une des porte-parole de François Fillon, Florence Portelli, défendait Pénélope Fillon en expliquant : « Un collaborateur parlementaire peut même être payé à tricoter. » Est-ce exact ?

Franchement, c’est la négation totale de ce qu’est le travail d’un collaborateur parlementaire. Et je ne me place pas ici sur un plan juridique mais par rapport à la réalité du terrain. Sans collaborateurs, pas d’interventions, pas d’amendements, personne pour rencontrer dans les circonscriptions les électeurs qui souhaitent adresser une demande. Je vois les assistants tous les jours travailler. Il est tellement facile de démontrer quel est le travail réel d’un assistant parlementaire.

Dire que ce sont des privilégiés, dénigrer leur travail et leur engagement, ce n’est juste pas acceptable. Voilà d’ailleurs pourquoi j’ai voulu que soit signé le premier accord collectif dans ce domaine, de même que j’ai voulu que la liste des collaborateurs soit publiée. Ce n’est pas qu’une mesure de transparence mais la reconnaissance de leur travail indispensable à l’Assemblée.

S’agit-il selon vous d’un emploi fictif ?

C’est à la justice de répondre, et à elle seule.

La défiance qui pèse sur les élus semble favoriser le Front national, qui n’a jamais été aussi haut dans les sondages. Êtes-vous certain aujourd’hui de voter au premier tour pour Benoît Hamon, le candidat du PS, ou êtes-vous tenté par un vote « utile » en faveur d’Emmanuel Macron ?

C’est une question qui me préoccupe tous les jours. Un choix collectif a été fait. Parce je suis militant socialiste engagé à gauche, je ne peux pas être attiré par une aventure personnelle. Mais dans le même temps, on sent la morsure de l’extrême droite sur la société. On ne peut pas laisser le FN caracoler en tête du premier tour, avec un écart qui pourrait la mettre dans une position dangereuse en vue du second. On est tous ballottés par les événements. Je ne veux pas fuir votre question, mais je me donne une quinzaine de jours pour savoir ce que je ferai.

Votre renoncement aux législatives marque-t-il la fin de votre carrière politique ?

Je suis militant donc je continue à faire de la politique. Mais quand vous subissez des blessures personnelles ou quand vous avez l’impression de ne plus avoir la grille de lecture qui vous amenait à être un transmetteur pour vos électeurs, il faut savoir en tirer les leçons.

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