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L’invincible espoir

C’était aujourd’hui la dernière séance de la XIVème législature. C’était aussi la dernière fois que j’entrais comme député dans cet hémicycle où, depuis 1981, j’ai eu l’honneur de représenter avec mes pairs notre Nation.

Si je poursuivrai jusqu’en juin la mission qui m’a été confiée, en particulier sur le plan international dans le cadre de la coopération parlementaire, et au niveau national dans la préparation de la prochaine législature, je quitte la salle des séances, avec une multitude d’images et d’impressions.

Un jour de 1960, enfant de Tunis, je traversais la Méditerranée avec toute ma famille. Approchant de la France, je distinguais lentement les contours du fort Saint-Jean, qui annonçaient, au-delà du Vieux Port de Marseille, l’accueil de la patrie des Lumières. Je n’oublie pas d’où je viens et qui je suis : un fils de prolétaire, un petit Français qui s’est mis à aimer la France dans le quartier des usines du Pré-Saint-Gervais. Le ciel était bien plus gris et bas que dans le pays d’où je venais, mais il y avait, dans le pays où j’arrivais, le sourire et les promesses de la République : ses valeurs, son école, ses enseignants, ses services publics – le patrimoine de ceux qui n’en ont pas -, et sa devise : liberté, égalité, fraternité.

En 1981, à la suite de l’élection du Président François Mitterrand, j’entrais dans une Assemblée nationale qui se confondait à mes yeux avec l’Histoire de France. Les noms de Danton, Lamartine, Hugo, Gambetta, Clemenceau, Jaurès, Herriot, Edgar Faure, Simone Veil, résonnaient à mes oreilles attentives à la musique d’une République qui, pour ne pas être abstraite, doit se construire jour après jour, loi après loi, avec l’ardeur des amoureux de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Etre député fut pour moi une mission qui transporta tout mon être, occupa mes veilles et tendit ma volonté. Un député doit être engagé dans un travail rigoureux, acharné, il doit connaître sa circonscription jusqu’en ses plus intimes souffrances, tentant de mettre en mots, en textes, en actions, les pensées, besoins et aspirations d’un peuple, une communauté de destin. Ainsi se révélera-t-il digne des suffrages que l’électeur porte au mandataire de ses espoirs.

J’ai éprouvé tant de joie à être représentant du peuple dans une République libre. C’est sans doute également la joie qu’a ressentie tout député, depuis Mirabeau lorsqu’il répondit au marquis de Dreux-Brézé, le 23 juin 1789, qu’il était là par la volonté du peuple, ce Mirabeau en marbre noir qui nous accueille dans la salle des séances. Ces couloirs, ces salles de réunions, cet hémicycle ne sont pas des lieux communs, ils sont reliés par la force de l’incarnation de la souveraineté à l’intelligence de tous les citoyens. Monter à la tribune, ce n’est pas parler soi-même, c’est tenter de dire ce que des millions de bouches, d’âmes et de bras nous confient.

Présider l’Assemblée nationale fut et demeure une immense responsabilité. Parmi les élus de la Nation, épousant le rythme du cœur battant de la démocratie, il faut être le garant du débat politique, en assurant à chaque instant le respect des droits de l’opposition, le respect du droit de chaque député, dans un moment où le débat politique a si souvent tendance à tourner à l’hystérie. Comment ne pas avoir en ce moment une pensée pour mes prédécesseurs en particulier pour Philippe Séguin, qui lorsque nous n’étions plus que 52 députés socialistes à l’Assemblée nationale après les élections législatives de 1993, défendit ardemment les droits de l’opposition.

Je remercie toutes les citoyennes, tous les citoyens qui m’ont permis de les représenter et de participer à l’écriture de l’Histoire.

Nous changeons d’époque. Comme l’écrivait Péguy, il convient de distinguer au cours de l’Histoire les périodes des époques. Dans les époques, on construit le monde qui vient ; dans les périodes, on s’y fait. Nous entrons dans une nouvelle époque et nous sommes des bâtisseurs. La naissance d’un nouveau monde fait gronder les incertitudes, les espérances et les exigences.

Il est temps de laisser la place aux jeunes énergies françaises qui reprendront le flambeau et viendront à leur tour faire briller en ces lieux, et sur tous les territoires, la flamme de la démocratie. En 1903, Jaurès disait à la jeunesse que « l’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir ». La République convoque celles et ceux qui la chérissent à un long et fécond combat, aux étapes constituant, une à une, l’histoire d’un désir, celui d’une nation qui veut vivre et être libre.

 

Mon allocution du 22 février 2017 avant la dernière séance des questions aux gouvernement:

Mon discours d’investiture à la Présidence de l’Assemblée nationale en 2012


Discours d’investiture de M. Claude Bartolone… par claudebartolone

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