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Mon interview dans Les Echos

Le journal « Les Echos » publie sur son site internet et dans son édition papier du 28 septembre une interview que je vous propose de lire ci-dessous:

INTERVIEW – Alors que projet de loi de Finances 2017 est dévoilé ce mercredi en Conseil des ministres, le président de l’Assemblée nationale estime que « l’exécutif a raison aujourd’hui de vouloir revenir sous les 3% de déficit public ».

Qu’attendez-vous du projet de budget 2017 ?
C’est un budget qui ne peut pas être comme les autres. Il doit être le budget des promesses tenues. C’est le cas sur les questions clefs de l’éducation nationale, de la cohésion sociale, des services publics et de la baisse des impôts. Ce budget doit permettre d’éclairer les raisons et le sens de l’effort demandé à nos compatriotes au début du quinquennat – un rude choc fiscal qui avait d’ailleurs commencé en 2011. Il est important d’y voir aussi la preuve que la sécurité des Français est assurée en termes de moyens et d’effectifs, et que l’avenir est préparé.

Ce qui a été fait était nécessaire mais le bilan doit être analysé au regard de la situation : en France avec les effets du terrorisme sur la fréquentation touristique ou encore avec les conséquences des intempéries sur nos productions agricoles, en Europe avec le doute créé par le Brexit et la crise des réfugiés, dans le monde avec les changements de mode de production de la Chine ou de l’Inde.

Les baisses d’impôts sont-elles suffisantes à vos yeux ? Elles ne compensent pas les hausses du début du quinquennat… Elles me paraissent suffisantes au regard de la volonté de tenir compte de nos engagements budgétaires au niveau européen.

L’exécutif a-t-il raison de vouloir passer sous les 3% de déficit en 2017 ?
Aujourd’hui, oui. C’était en 2012 qu’il fallait ouvrir le débat de la réorientation européenne. Remettre en cause les 3% de déficit devait être une arme de début de quinquennat. A cette époque, j’avais dit non aux 3% parce que je voulais relancer le projet européen. Je suis un Européen convaincu et je mesure aujourd’hui les risques qui planent sur l’Europe. A présent, parce que nous avons fourni ces efforts, nous sommes crédibles pour dire que la baisse des déficits n’est pas une fin en soi et que l’Europe telle qu’elle se construit nous amène dans le mur.

Les résultats économiques seraient-ils meilleurs si l’exécutif n’avait pas tenu bon, au début du quinquennat, sur les 3% ?
Cela aurait changé des choses en France et aurait surtout contribué à rapprocher l’Europe de ses peuples. En continuant à laisser le champ libre aux enfants de Thatcher et de Barroso, on désespère les Européens avec, comme résultat, pour la première fois, qu’un pays se sente mieux protégé à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Union européenne.

Que faut-il faire pour relancer l’Europe ?
Regardez la campagne présidentielle américaine. Trump est le symbole du « winner takes all ». Aux Etats-Unis, les inégalités s’accroissent. On assiste à un captage de la richesse par une minorité et à une évaporation des classes moyennes. Tout cela peut arriver demain en Europe.

Que préconisez-vous ?
Il y a un an, j’ai lancé avec plusieurs de mes homologues européens un texte signé aujourd’hui par 14 présidents de Parlements. Nous voulons une relance massive en direction de la jeunesse, de la numérisation et de la transition énergétique. L’Europe devrait aujourd’hui profiter des taux extrêmement bas pour relancer ses investissements et permettre d’entrer dans de bonnes conditions dans le nouveau monde.

Le chômage est reparti à la hausse en août et augmentera pendant le quinquennat. Qu’a-t-il manqué sur ce front-là depuis 2012 ?
L’erreur politique de ce quinquennat a été de ne pas avoir tiré en 2012 toutes les conclusions du rapport Migaud, sur l’état industriel du pays, les plans sociaux cachés, l’affaiblissement de notre investissement, la dégradation des marges des entreprises. Nous n’avons pas eu le récit de la situation exacte de notre pays.

Pour François Hollande, est-ce rattrapable ?
Oui. Jusqu’à présent, le président Hollande était comparé au candidat Hollande. Là, avec la primaire de la droite , on va de plus en plus le comparer aux projets des droites. D’un seul coup, les choses vont être différentes. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’avoir le choix entre l’extrême-droite et la droite extrême.

Cela suffira-t-il à en faire un candidat acceptable pour la gauche ?
La seule chose acceptable pour la gauche, c’est d’avoir un processus de désignation du candidat. Moi je soutiens François Hollande parce qu’avoir affronté le terrorisme et dû reconstruire le pays lui donne l’avantage de l’expérience dans une situation extrêmement exigeante. Mais il faut qu’il y ait un engagement de tous de participer à la primaire, de Mélenchon à Macron.

On n’en prend pas le chemin…
Il y a des réalités politiques et personnelles différentes. Jean-Luc Mélenchon, lui, veut faire subir un revers à la social-démocratie, préalable à la recomposition de la gauche. Quant à Emmanuel Macron , il est dans un calendrier et une aventure individuels. Il doit comprendre la responsabilité qui est la sienne. Rien ne serait pire pour lui que d’apparaître comme celui qui aurait fait perdre la gauche l’année prochaine.

François Hollande est donné éliminé dès le premier tour dans tous les sondages. Que peut-il faire pour espérer figurer au second ?
Les Français n’ont envie de personne. Or, au final, c’est bien le candidat d’un parti politique qui sera élu. C’est le camp qui suscitera le moins d’abstention qui va gagner, et non celui qui va réussir à créer une dynamique. L’affaiblissement des idéologies fait aussi que certains Français ne se sentent pas concernés par le futur. Actuellement, toute une partie de la population se dit que les politiques ne répondent pas à ces angoisses liées à l’avenir.

Vous faites le même constat qu’Emmanuel Macron !
Mais je n’en tire pas les mêmes propositions. Sur le fond, j’ai des désaccords avec lui. Sur la forme, je lui dis attention. Il est encore dans une position d’écoute et de consultation, mais il pourrait prendre une dangereuse responsabilité historique… S’il a des idées et des propositions, qu’il aille à la primaire ! C’est une primaire ouverte et non plus celle des seuls militants socialistes. Ceux qui pensent qu’Emmanuel Macron peut être une solution peuvent aller voter.

François Hollande doit-il avancer sa déclaration de candidature ?
Surtout pas. François Hollande est président de la République. Il se consacre pleinement à son mandat.

N’est-il pas gênant pour lui de rester dans cette zone de non-dit, en campagne mais sans être candidat ?
Non. C’est le piège du quinquennat, tellement dans la personnalisation de la politique. S’il ne fait rien, on le lui reprochera. Il doit être très actif car les Français en ont besoin. Lui, il ne peut pas dire simplement qu’il écoute, il doit aussi agir.

Espérez-vous que vos propositions de réforme des institutions (septennat unique…) puissent devenir un sujet pour la campagne ?
Les Français ne vont pas se prononcer sur la seule réforme des institutions. Mais si on peut installer une idée sur le déséquilibre de nos institutions, c’est maintenant. Il faut d’abord en finir avec l’idée du sauveur suprême. Le septennat unique permet d’installer le président de la République dans une vision de long terme. Les élections législatives ne doivent plus être la variable d’ajustement de la présidentielle.

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