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Jaurès contre le terrorisme

Il y a un mois, au soir de notre fête nationale du 14 juillet, un tortionnaire a causé la mort de 85 personnes sur la Promenade des Anglais, à Nice. De dizaines de blessés luttent encore contre la souffrance et pour la santé. Quelques jours plus tard, le 26 juillet au matin, deux fanatiques de mort sont rentrés dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray et, pour la première fois depuis plus de deux siècles en France, ont assassiné un prêtre qui donnait la messe, le père Jacques Hamel.

Quelques mois après les attaques de Paris, ces événements ont plongé les Français dans de profondes émotions. Le peuple de France, les services secours, de sécurité, de soins, les institutions démocratiques, nos services de renseignement, ne flanchent pas et font face aux risques d’attentats et aux attaques survenues avec un courage dont l’Histoire se souviendra.

Le 17 décembre 2014, je présentais à l’Assemblée nationale un manuscrit du grand député socialiste Jean Jaurès que j’avais demandé aux services de l’Assemblée d’acquérir. Ce manuscrit, d’une qualité exceptionnelle, était une réaction à un événement dramatique. Dans ce texte, Jaurès réagit à l’attentat d’Auguste Vaillant qui, le 9 décembre 1893, balance, depuis les deuxièmes tribunes du public dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, une bombe. Ces années étaient dominées, en France et dans toute l’Europe par un terrorisme nihiliste qui fit de nombreux morts, de clients de restaurant au Président de la République Sadi Carnot.

Jaurès condamne l’anarchisme avec une conviction et une sincérité absolues. Mais ils s’alarment du climat et des réactions de sa droite parlementaire qui, lancée dans une surenchère ultra sécuritaire et liberticide, proposent une surveillance généralisée et une procédure d’étouffement de masse de toutes les consciences. Non seulement Jaurès y voit l’enterrement de ce que nous appellerions aujourd’hui l’Etat de droit, mais surtout, il y pressent une inefficacité totale de la réaction républicaine.

La lecture du texte nous confronte au sang-froid de Jaurès. Il propose d’agir par un redoublement d’exigence et de surveillance à l’égard des personnes investies d’une autorité et d’une fonction politiques. Jaurès juge fondamentales, dans le langage de son époque, « les influences morales et sociales » qui peuvent se faire complices des dérèglements des consciences des futurs terroristes. Jaurès tente de hisser le système politique à la hauteur d’un effort irréprochable de construction d’une société meilleure. Il rêve de députés et de gouvernants entièrement tournés vers la réduction des inégalités, la recherche de la prospérité, une action internationale soucieuse de justice et d’alliance entre les forces vives sociales. Jaurès croit sincèrement que les volontés criminelles ne pourraient résister à la solidité des peuples résolument engagés dans l’établissement d’un monde meilleur, et qu’aucun soupçon de corruption ou de solidarité de classes n’entacherait. C’est ainsi, pense-t-il, qu’un peuple obtient sa cohésion.

Je ne sais si la réaction de Jaurès peut nous aider dans les présentes circonstances, et les comparaisons historiques sont toujours incertaines. Toutefois, la lucidité de Jaurès est toujours d’un grand réconfort pour les républicains avides de construire, contre les toutes les oppressions et toutes les violences, un monde qu’ils ne se résigneront jamais à ne pas espérer meilleur demain qu’aujourd’hui.

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