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Nos Donald Trump

Lors d’un meeting en Caroline du Nord, le candidat à la présidence des Etats-Unis d’Amérique Donald Trump investi par le Parti Républicain des Etats-Unis, le parti des présidents Jefferson, Lincoln, Theodore Roosevelt, Eisenhower, s’est livré à des propos qui ne peuvent que frapper de stupeur tout homme politique de nos démocraties parlementaires. En évoquant le deuxième amendement de la Constitution américaine qui autorise le port d’armes à feu en fonction de la législation en vigueur, il ajoutait que « si c’est [Mme Clinton] qui choisit les juges [à la Cour suprême], vous ne pourrez pas faire grand-chose, les gars. Quoique… les gens du deuxième amendement… peut-être, je ne sais pas ». Quasiment explicitement, un possible futur président américain proposait que les militants pro-armes à feu défendent eux-mêmes le deuxième amendement qui les protège, en cas de victoire d’Hillary Clinton, notamment par… l’usage d’armes ?

L’usage de l’humour en politique est une vieille histoire. Toutefois, le trait d’humour laisse ici la place à une nouvelle utilisation de la parole en politique : l’emploi permanent de la provocation lourde, basique, vulgaire, sans que rien d’autre ne permette de contrebalancer un propos hélas définitif. S’il n’était pas Donald Trump, sa phrase se serait terminée en garde à vue, puis en prison. Il est, j’espère, hautement improbable que Donald Trump souhaite qu’un forcené se livre à une tentative d’assassinat sur sa concurrente à l’élection. Mais il est aussi, et c’est cela qui est affligeant, vraisemblable que la vulgarité et la pesanteur de sa saillie le couvrent lui-même d’aise, comme un bon tour qu’il joue à un système politique qu’il juge trop sérieux, trop ennuyeux, trop prévisible. Pour lui, analyser, c’est déjà ennuyer. Pour M. Trump, les analyses politiques de transformation du réel ne l’intéressent guère. Il a une vision profondément inégalitaire des pays occidentaux. Pour lui, il y des élites éclairées mais grises et un peuple ignorant et vivant. Sans doute faute de pouvoir recréer les jeux du cirque pour discipliner les masses en mal de sensations fortes, il transforme la politique en jeux du cirque. « Que je les amuse, pourvu que je les musèle », se dit-il sans doute.

Il dit n’importe quoi, mais, ce qui est nouveau, c’est que certains sondeurs lui conseillent de le faire. En cela, les historiens de notre temps jugeront sans doute Donald Trump (qui, je l’espère, demeurera seulement pour eux un simple candidat) comme l’aboutissement parfait d’un phénomène qui n’est pas si nouveau en Occident. Les commentaires sur M. Trump rappellent les premières réactions aux sorties, inédites en politique, de M. Berlusconi, en Italie. Lors de sa victoire aux élections législatives en 1994, puis en 2001 et en 2008, Silvio Berlusconi, homme d’affaires qui finit en politique comme M. Trump, avait émaillé les campagnes de blagues et provocations à la Trump. Blagues racistes, insultes personnelles, remises en cause du mode de vie de populations entières, exhibitions télévisuelles, les sorties berlusconiennes masquaient, comme chez M. Trump, un programme politique ultra-libérale et réactionnaire.

Pour un homme politique de gauche qui a commencé sa carrière sous la droite giscardienne au pouvoir, l’évolution de la droite occidentale laisse songeur. La droite était souvent brutale et appliquait une politique de rigidité sociale, mais elle acceptait le jeu républicain de la représentation parlementaire en jouant le jeu du débat et de l’expression. Quand on lit et écoute les déclarations des candidats à la primaire de droite actuelle en France, on se rend compte que la dérive berlusconienne, triomphante aujourd’hui aux Etats-Unis, n’a pas épargné la France. Certains hommes politiques de droite évoquent explicitement Donald Trump, sinon comme modèle, du moins comme référence. C’est aujourd’hui le visage sans fard d’une droite occidentale contemporaine.

Nos Donald Trump fourbissent leurs armes. Face à eux, la gauche ne peut se permettre d’incarner un système trop timoré, trop prudent, pas assez actif sur le plan social. L’Etat de droit et les principes républicains résisteront en France si la gauche parvient, à long terme, à incarner l’espoir et l’amélioration des conditions de vie. Nous pouvons, nous devons le faire. Le peuple français n’a rien à voir avec les nouvelles vulgarités des nouveaux milliardaires et de leurs amis.

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