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L’Europe des peuples à Luxembourg

Je participe aujourd’hui à Luxembourg à l’invitation de mon homologue Mars Di Bartolomeo, à la Conférence des présidents de Parlement de l’Union européenne.

C’est une occasion décisive de parler de ce qui ne marche pas en Europe, de ce qu’on espère, de ce qu’on peut mieux faire, de ce qu’il faut urgemment améliorer.

Nous avons avec Laura Boldrini, Mars Di Bartolomeo et Norbert Lammert, présidents des chambres italienne, luxembourgeoise et allemande, signé le 14 septembre 2015 une déclaration commune où nous appelions à un sursaut européen pour que l’Union européenne s’engage dans davantage d’intégration et se hisse vers son idéal. Treize d’entre nous ont signé ce texte.

Pour que les peuples retrouvent le goût de l’aventure européenne en s’exprimant sur elle, non pas en la subissant, j’ai suivi l’idée de Laura Boldrini de mettre à disposition des citoyens français une plate-forme d’expression, de doléances et de propositions sur le site de l’Assemblée nationale. Ce fut une belle consultation populaire, qui vient d’être close. Les résultats montrent que seule une minorité infime des réponses est explicitement europhobe. Les citoyens ont déclaré être fortement attachés à la liberté de circulation des personnes, qu’ils considèrent comme l’un des principaux avantages de l’Union européenne. Leur deuxième attachement est la mise en place d’une Europe sociale.

Dans les réponses ouvertes, les citoyens ont souhaité que l’Europe se mobilise sur deux sujets: d’abord la mise en place d’une politique étrangère et de sécurité commune, ensuite l’harmonisation fiscale entre les Etats membres et la lutte contre la fraude fiscale.

Il y a quelques semaines, j’ai rencontré mes homologues du groupe de Visegrad composé de la République tchèque, de Slovaquie, de Hongrie et de Pologne. J’ai voulu les rassurer sur le fait que plus d’Europe ne signifie pas moins de souveraineté populaire, mais le contraire. Sans souveraineté, l’Europe est aux mains de l’expertise, de la gestion et de la finance. Mais sans union, sans intégration, l’Europe est impuissante pour améliorer le sort de ses peuples.

La Conférence évoquera le défi des réfugiés, sur lequel je me prononcerai encore une fois avec vigueur. L’Union européenne peine à construire un discours cohérent, crédible, digne de son histoire, de ses idéaux et de ses valeurs. Plusieurs chefs d’Etat européens ont radicalisé des positions anti-réfugiés, notamment Viktor Orban en Hongrie, Robert Fico en Slovaquie et le candidat Norbert Hofer an Autriche où le score de l’extrême-droite nous oblige à la résistance au nom de notre histoire et de l’intérêt immédiat des peuples européens. C’est pour cela que je me suis rendu hier dans le petit village de Schengen avec mes homologues européens pour symboliquement réaffirmer nos valeurs et nos idéaux.

Alors, que faire ? L’Union européenne, je le dis, je le pense, est trop frileuse. Elle doit attribuer plus généreusement des répartitions de réfugiés en son sein. Elle doit mettre en place des procédures plus rigoureuses et plus importantes de recensement et d’assistance aux réfugiés. Elle ne doit pas faire de tri entre les bons et les mauvais réfugiés selon des nationalités qu’elle sélectionnerait. Elle doit s’engager dans une politique de coopération plus franche avec la Turquie et les Etats concernés du Moyen-Orient, qui ont, avec nous, un destin commun, une mission commune, celle de faire la paix du nouveau siècle pour des millions d’êtres humains.

Mais il faut aussi que l’Europe s’engage à traiter les causes des départs. Personne ne se risque à traverser la Méditerranée par plaisir. Les souffrances et les misères ne tombent pas du ciel, elles sont produites, subies, supportées par l’entretien année après année, siècle après siècle, des rapports de domination et d’inégalités. Tous les peuples sont frères, et il est illusoire de croire qu’une partie de l’humanité peut se replier sur elle-même en ignorant les cris de souffrance du monde.

Les politiques d’austérité, les consensus de Bruxelles ou de Davos, les politiques de dépossession de l’Etat et des services publics, les dépendances économiques des peuples, le sentiment de fatalité devant l’explosion des inégalités, voilà des phénomènes politiques internationaux dont nous devons nous défaire.

A quelques jours du référendum britannique qui se prononce sur une question terrifiante, de maintien ou de sortie dans notre famille, l’Union européenne ne peut plus décevoir ses peuples.

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