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Dix ans après, casser le ghetto des privilèges 

Il y a exactement dix ans, le 27 octobre 2005, deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, étaient tués dans un transformateur électrique alors qu’ils fuyaient la police. Emeutes, application de la loi martiale, quadrillage militarisé de la population, les semaines qui suivirent montrèrent une démonstration de force des autorités pathétique pour deux raisons. Premièrement, la droite au pouvoir démontrait, plus que son incompréhension, sa profonde impuissance à administrer des territoires où vivaient des millions de personnes. Deuxièmement, les gouvernants manifestèrent une fébrilité inquiétante, en envoyant des armées et un cauchemar féodal là où il fallait des services publics et des promesses républicaines.

En 2005, le ministre de l’intérieur, garant de l’ordre public, s’appelait Nicolas Sarkozy. Ce ministre, constitutionnellement chargé de la cohésion nationale, avait sciemment provoqué des millions de Franciliens en les traitant de « racailles », qu’il voulait « nettoyer au kärcher ». Le résultat, on le connaît : 3000 interpellations, 56 policiers blessés, et 6 morts parmi la population. Plus tard, il sera Président de la République et continuera à mépriser toute une partie de la population dont il sera pourtant le premier magistrat. Avec sa ministre du budget, il organise la baisse continue des crédits de l’Etat destinés aux quartiers populaires (- 31 % entre 2009 et 2012). En 2015, devenu président de sa famille politique, il adoube des candidats qui poursuivent les discours qui ont mené à la catastrophe de 2005 : stigmatisation des populations vivant dans certaines communes, recul des services publics et calomnies sur les agents publics les faisant fonctionner, diabolisation du logement social, haine de la culture, réponse uniquement répressive, etc… Comme en 1968, la droite a levé la matraque en 2005 en hurlant « autorité » mais en pensant « pour toujours les mêmes ».

La droite s’est agitée, la gauche a agi. Les collectivités franciliennes gouvernées par la gauche réunie ont incontestablement obtenu des résultats. Services publics, actions sur les transports, évolution de l’architecture urbaine, entrée du logement social dans l’ère du développement durable et de l’échelle humaine, création culturelle, soutien associatif… On ne peut pas parler d’inaction, bien au contraire. Néanmoins, on ressort du bilan avec cette impression d’en être resté à mi-chemin. Tant d’efforts restent à faire ! Application plus stricte de la loi SRU, actions résolues contre la reproduction des élites, priorités sur l’éducation, lutte contre la pauvreté, formation des demandeurs d’emploi et sortie du chômage, renouvellement des transports, luttes contre les discriminations à l’embauche, il faut accélérer, tout de suite ! L’enjeu en 2015 n’est plus la politique de la Ville, mais la République partout. La République partout, pour lutter notamment contre cette identité de substitution que tentent de faire naître certains communautaristes qui adressent pour seul message à notre jeunesse : «vous ne serez plus jamais Sénégalais, Marocains, Algériens, Tunisiens, Égyptiens mais vous ne serez jamais Français donc vous êtes musulmans ». C’est à cela que la République doit s’attaquer. La cohésion d’un peuple est garantie par la laïcité que trop d’esprits malveillants s’acharnent à agiter comme un épouvantail pour stigmatiser des pans entiers de nos concitoyens.

Dix ans après 2005, trop de Franciliens se sentent assignés à résidence. Cela, la gauche ne peut pas l’accepter. C’est aux responsables politiques de s’adapter aux lieux de vie des gens, et pas l’inverse ! Tous les Franciliens doivent être leur propre centre, et la périphérie de personne.

Mon projet pour l’Ile-de-France (le consulter ici) a été pensé pour cette accélération, notamment les mesures pour la jeunesse. J’ai une exigence : que les quartiers populaires d’Ile-de-France retrouvent leur dignité. Ruches créatives, territoires jeunes, débordant de vie, ces quartiers sont pleins d’avenir si le lien public s’y greffe. La Grande Borne, les Tarterets, les Merisiers, le Val-Fourré, les Beaudottes, les Lochères, la Dame Blanche doivent être considérés pour ce qu’ils sont : des quartiers qui aspirent à une vie plus humaine, plus apaisée, plus prospère.

Quand je regarde la situation sociale des banlieues, je me sens en colère car les banlieues n’ont pas été oubliées, mais sciemment négligées. Négligées au profit des ghettos de privilèges que le système éducatif, culturel et financier protège. Dix ans après, le premier ghetto à casser demeure le ghetto des privilèges.

Claude Bartolone