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Harcèlement dans les transports : 3 mesures que je prendrai pour l’égalité femmes-hommes

Je publie dans le Nouvel Obs une tribune que je vous propose de lire ci-dessous:

La grandeur et l’énergie d’une société se jugent à la faculté qu’elle a de faire respecter ses valeurs. Le fronton des mairies « Liberté, Egalité, Fraternité » demeurera toujours orphelin tant que les femmes souffriront d’inégalités, de discriminations et d’humiliations.

Nous ne parlons pas de droits abstraits ou de mots de tribune. Nous parlons de préjugés inacceptables qui entravent la vie quotidienne de la moitié de la population française. Tous les jours, tous les soirs, des Françaises ont peur de prendre un moyen de transport collectif. 6 femmes sur 10 n’utilisent les transports en commun qu’avec la peur d’être agressée. De la remarque désobligeante à l’humiliation physique, la déclinaison de l’inacceptable ne cesse de se conjuguer en Ile-de-France. Je ne peux me résoudre à ce que des femmes me disent qu’elles se contraignent à changer de rame, qu’elles s’obligent à marcher plus vite ou à baisser la tête.

Vœux pieux, déclarations de principe, mesures de moyen ou de long terme, la liste est longue de volontés administratives et politiques dont les femmes ne voient et ne ressentent que l’échec et l’impuissance.

Conseiller à une jeune fille de ne pas utiliser telle ligne de métro ou de RER seule, de ne pas prendre tel bus lorsque la nuit est tombée ou de ne pas rester dans une rame vide est non seulement un constat d’échec pour les missions de l’Etat, mais une honte pour la République. Toutes les femmes se sont un jour ou l’autre trouvées en situation d’angoisse dans les transports en commun à cause du comportement d’un homme ou d’un groupe d’hommes.

Cela doit changer. Maintenant. L’inquiétude et la culpabilité doivent changer de camp. Président de la Région Ile-de-France, je proposerai un plan inédit et ambitieux pour l’égalité femmes/hommes dont la sécurité dans les transports sera la priorité et le symbole. Le volontarisme politique peut tout changer, si l’on suit les étapes de ce qui permet de réussir une transformation sociétale : éducation, formation, communication, sanction.

Pour la sécurité dans les transports, nous agirons dans trois directions. 1) Prévenir la violence par des campagnes permanentes de sensibilisation dans les transports en communs et les espaces publics, la mise en place d’une communication pérenne générale rappelant les peines encourues, des actions de préventions dans les lycées pour faire connaitre les modes de réaction. 2) Lutter contre la violence par la présence des personnels de sécurité, par l’inscription sur le passe Navigo, les tickets et à l’intérieur de chaque rame de métro ou de RER d’un numéro d’urgence pour le signalement d’agressions ou d’agissements sexistes ou sexuels, contactable par SMS, par la géolocalisation des appels, la création d’une police des transports par contractualisation avec l’Etat, le STIF, la SNCF et la RATP, la mise en place de l’arrêt à la demande sur des lignes de bus. 3) Accompagner les victimes par la formation des agents des transports à la prévention du harcèlement sexiste et à l’accompagnement des victimes.

J’entends souvent dire que le féminisme doit se transformer puisque les femmes ont atteint l’égalité civile. Rappelons à ce propos les quelques faits suivants :

– le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, au cœur de l’Union européenne, avait présenté le 20 décembre 2013 une loi de suppression du droit à l’avortement. Une mobilisation européenne fit échec à cette régression obscurantiste ;

– de nombreux essayistes et intellectuels attaquent les droits des femmes derrière la construction imaginaire d’une théorie du genre et je lis dans le best-seller d’un réactionnaire cathodique « l’aspiration mimétique des féministes de la bourgeoisie française (Simone de Beauvoir) à se parer des plumes de paon de la lutte des classes » ;

– les femmes sont 8 travailleurs sur dix à temps partiel, 85% des familles monoparentales, reçoivent 30% de moins de retraites, et connaissent une augmentation des maladies professionnelles deux fois plus grande.

La sécurité des femmes dans les transports sera la première mesure d’un plan régional d’action qui traitera de toutes les discriminations envers les femmes. Une ou un vice-président aux droits des femmes et à l’égalité femmes/hommes sera chargé de la réussite de ce plan. Soutien aux associations, intervention dans les lycées, plates-formes Internet, collecte d’informations au cœur même des entreprises, rien ne sera oublié. Des actions particulièrement fortes lutteront sans faiblesse contre les violences faites aux femmes (dont des conventions de réservation de logements), pour le respect de l’égalité professionnelle, pour le soutien aux familles monoparentales et pour rendre la vie plus humaine pour les femmes d’Ile-de-France.

L’espace public, ce n’est pas pour des publics particuliers, c’est pour tous. Et je n’oublie pas que les violences envers les femmes s’abattent, hélas, surtout dans l’espace privé. Je suis convaincu que la nouvelle donne dans l’espace public décrètera une mobilisation générale qui, dans le lieu de l’intimité, contraindra les agresseurs et ouvrira les paroles des agressées.

Il n’existe pas de liberté publique dans un pays qui laisse se développer sans résistance une chaîne de fatalité pour les femmes. « Une moitié de l’espèce humaine est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer » écrivait Victor Hugo en pensant aux femmes. C’était au XIXème siècle. Il est temps de le faire.

Retrouvez un résumé du forum organisé hier soir dans les Hauts-de-Seine sur cette question en cliquant ici. 

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