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Une ambition patrimoniale pour l’Ile-de-France

Pour que l’on puisse comprendre et transmettre l’histoire francilienne, pour que nous puissions nous approprier nos espaces de vie, pour diffuser cette ambition d’aménagement plus humain du territoire aux pouvoirs publics et aux architectes en charge de nos villes, pour ne pas reproduire certaines erreurs urbanistiques historiques, pour capter l’ambition et l’audace dont nous avons su faire preuve à certaines époques, nous avons besoin d’une vraie politique patrimoniale en Ile de France, ambitieuse, rayonnante, qui fasse de la région un lieu d’histoire et d’invention, un lieu de connaissance et de diffusion des savoirs, un espace d’attractivité touristique et de développement économique.

D’incroyables témoignages subsistent de notre passé déjà ancien : la cité médiévale de Provins, les châteaux de Fontainebleau, de Vincennes, de Versailles ou de Saint-Germain-en-Laye, la basilique de Saint-Denis, les domaines de Sceaux et de Saint Cloud, le site archéologique d’Etiolles ou encore l’Abbaye de Maubuisson. C’est aussi le patrimoine industriel qui nous offre des espaces considérables pour de nouvelles opérations d’aménagement. Ces lieux, très prisés du public et mondialement connus, nous rappellent que l’Île-de-France fut très tôt un centre économique, politique et intellectuel pour le pays tout entier. Nous devons les préserver et les valoriser : ils sont les facteurs essentiels d’un développement touristique et culturel très précieux pour nous aujourd’hui.

Mais le sait-on : 40% des protections patrimoniales dont bénéficie l’Île-de-France – et donc près de la moitié des sites et bâtiments que nous allons visiter lors des journées européennes du patrimoine, concerne l’architecture du XXe siècle ? « Notre » patrimoine témoigne d’ores-et-déjà de la dimension radicalement contemporaine et urbaine de notre territoire ainsi que des efforts qui ont pu être menés pour que nous puissions l’habiter et y vivre.

Le thème des journées européennes du patrimoine 2015 attire justement notre regard sur le patrimoine du XXIe siècle, comme une invitation à tirer toutes les conséquences de ce passé si riche, pour envisager nos constructions à venir. Le contexte a changé, avec notamment l’émergence de la notion de développement durable, mais aujourd’hui, urbanistes, architectes et nous-mêmes, citoyens et pouvoirs publics, sommes confrontés à des problématiques très similaires à celles de nos pairs pendant l’entre-deux-guerres, les trente glorieuses et la crise qui a suivi : répondre à l’urgence de la crise du logement, accompagner cet effort de constructions d’équipements publics dans un contexte budgétaire tendu, organiser cette croissance urbaine, densifier sans écraser, garantir l’accès aux espaces verts et aux transports, réduire les temps de trajet entre le travail et le domicile…bref, penser la ville humaine de demain.

Le patrimoine nous rappelle ce qu’il faut comme effort pour « faire » des villes : la planification que certaines communes ont eu dès le début du siècle le courage de mettre en œuvre; la construction de crèches, de centres culturels, de stades et d’écoles, par de jeunes architectes avant-gardistes, à l’époque audacieusement choisis et aujourd’hui mondialement célèbres, qui faisaient là leurs premiers essais ; la création de cités-jardins, proposant un équilibre harmonieux entre habitat collectif et espaces verts ; une époque où, incroyable retournement de situation, c’est le confort apporté aux classes les plus populaires et les plus laborieuses qui servait de modèle aux habitations bourgeoises … Ce sont les Courtilières d’Aillaud à Pantin en Seine-Saint-Denis, récemment rénovées avec audace et panache ou les Grandes Terres de Lods, Arsène-Henry et Honegger à Marly-le-Roi dans les Yvelines; Ce sont les « maisons Prouvé » à Meudon dans les Hauts-de-Seine, qui démontrent que nous pouvons répondre à la question de l’urgence du logement par de l’habitat individuel.

Ces architectures peuvent recéler de géniales intuitions plus que jamais d’actualité. Après les erreurs commises lors de la construction de certains grands ensembles, des architectes comme Renaudie et Gahouistet (notamment au centre Jeanne Hachette qui d’Ivry dans le Val-de-Marne ) ou Andreot, Parat et Sirvin ( avec les Pyramides d’Evry en Essonne ) ont su rechercher des formes de constructions modulables mieux adaptées à leurs habitants qui ne sont pas tous des clones ; et plus tard, le retour des « architectes urbanistes » – comme Portzamparc, à Paris, avec ses Hautes Formes, ont témoigné d’une volonté de mieux tenir compte de nos quartiers.

La Région exerce justement la compétence d’inventaire depuis que l’Etat l’a décentralisée au début des années 2000. Ce travail de fourmis, j’aurai à cœur de le maintenir au très haut niveau d’exigence qu’il a su atteindre : avant de pouvoir valoriser et apprécier, il faut pouvoir connaître. Pour renforcer la légitimité de cette tâche, je veillerai à ce qu’elle vise toujours plus à renseigner des problématiques transversales à l’ensemble des Franciliens.

Je pense également qu’il faut que ce travail de connaissance s’articule toujours avec celui, plus opérationnel, des autres acteurs du patrimoine : les services d’urbanismes de la Région et des autres collectivités, et ceux des services de l’Etat – les architectes des bâtiments et les conservateurs régionaux, seuls capables de protéger l’intégrité physique de ce qui doit l’être.

Je veillerai, enfin et surtout, à ce que l’on donne toujours plus à connaître les résultats de ce travail. Le succès inouï des journées – désormais européennes – du patrimoine, démontre bien la passion du grand public pour ce qui « nous » appartient en commun, ce que « nous » partageons. Une seule journée par an ne suffit pas, pour susciter toujours plus la curiosité et l’intérêt : nous devrons multiplier les ballades urbaines, offrir aux franciliens des ressources numériques ludiques et savantes tout à la fois, faire toujours plus entrer l' »architecture » au menu de l’éducation artistique et culturelle, par exemple, et créer des expositions grand public sur ces thématiques, soutenir les initiatives de médiations locales du patrimoine, toutes actions essentielles à une appropriation large du grand public à ces questions de la ville d’hier et de demain.

A l’heure où s’ouvre une nouvelle grande phase d’aménagement en Île-de-France, et alors que la région voit son rôle croître en matière d’aménagement du territoire, le Patrimoine doit plus que jamais offrir une lecture de notre avenir à la lumière du passé.

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