Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Européens, souvenons-nous d’où nous venons.

A la Une de tous les grands journaux européens s’affiche l’image d’un enfant sans vie. Aylan Kurdi est mort noyé, avec sa mère et plusieurs membres de sa famille, entre Bodrum et l’île grecque de Kos. Cette famille, comme des milliers d’autres, fuyait un pays en guerre où elle était condamnée à mourir. Cette famille, comme des milliers d’autres, avait une destination en tête, un rêve, en l’occurrence le Canada, Vancouver, où une tante du jeune enfant travaillait.

Un enfant qui meurt parce que sa famille fuit la guerre et voyage, en bravant tous les risques, pour trouver une paix ailleurs, voilà qui, dans notre société soi-disant mondialisée et respectueuse des Droits de l’Homme, est un crime impardonnable. Depuis des décennies, il n’est pas permis à un esprit européen de vouloir changer le monde. Contemporain d’une pseudo Fin de l’Histoire où nos pays seraient engagés dans une mondialisation heureuse, où la concurrence libérerait tout le monde, avec des pays gendarmes pour nous protéger de mondes hostiles, vouloir réellement survivre serait interdit.

Aylan Kurdi est mort dans les eaux de l’Odyssée d’Ulysse, à quelques kilomètres des terres de l’Exode de Moïse, ne sachant pas encore que le vrai héritier de notre Europe, c’était lui. Oui, les vraies valeurs de l’Europe sont celles d’Ulysse et de Moïse, ces héros littéraires, épiques, religieux, politiques, qui se sont arrachés à des terres en flammes pour en gagner d’autres. Des êtres qui ne savaient pas encore où ils accosteraient. Heureusement que Bruxelles, à l’époque d’Ulysse et de Moïse, n’était pas encore la capitale d’une étrange Europe où le premier se serait noyé avant de revoir Pénélope et le second avant d’atteindre la rive de la Mer Rouge. Réactionnaires et xénophobes, ne cherchez plus les origines ou l’identité de l’Europe, elle gît à vos pieds, victime de votre amnésie et vos non-valeurs.

Européens, pourquoi ne sommes-nous plus dignes de nous-mêmes ? L’âme d’Aylan Kurdi accuse. Avec celles d’Homère, de Moïse, d’Averroès, de Marco Polo, elle accuse tous les réactionnaires d’Europe d’avoir rendu celle-ci cynique et inhumaine, et d’avoir oublié que sa civilisation, son imaginaire, son énergie identitaire, sa générosité philosophique sont nés d’exils, de voyages sans retour, de mutations, de transgressions.

Au milieu de cette modernité dont tant d’esprits sont si fiers, il est catastrophique qu’il faille des images choc pour adopter des mesures simples. Comme je l’ai écrit à l’occasion d’une tribune commune avec mon homologue italienne Laura Boldrini au début de l’été, comme je le clame depuis des années, changer l’Europe ne doit plus être un projet mais une urgence.

Bien sûr, demain, l’Europe devra prendre le mal à la racine afin que des hommes et des femmes ne soient plus jamais condamnés à quitter leurs pays et à monter dans des embarcations de fortune pour sauver leur vie. Mais en attendant ce jour, nous, Européens, devons assumer notre responsabilité devant l’Histoire et refuser que des humains se noient, emportant avec eux les valeurs de notre continent.

Mme Merkel et M. Hollande ont pris la mesure de la situation en proposant un mécanisme de solidarité concrète entre Etats européens. Les collectivités doivent aussi prendre leur part, agir, s’engager et réaliser des plans d’accueil, de soins, d’orientation, d’accompagnement des réfugiés.

Si j’en suis élu président au mois de décembre, la Région d’Ile-de-France sera le fer de lance d’un mouvement de réalisation de ces centres, institutions et organismes dont elle ne peut être que naturellement inspiratrice et pilote. Je prends l’engagement de cette ambition et de cette réalisation.

Dès aujourd’hui, j’invite tous les responsables des collectivités socialistes d’Ile-de-France à contribuer à l’effort d’accueil. Je les réunirai dans les tout prochains jours pour amorcer ce mouvement de solidarité, pas simplement utile mais vital.

Étiquettes: