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La culture n’est pas qu’un spectacle

Je publie aujourd’hui une tribune à propos de la culture dans Libération que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Les événements tragiques de janvier et de juin derniers sont là pour nous le rappeler : le combat pour la culture et l’accès au savoir, comme celui pour la justice sociale, le débat démocratique et la laïcité, représentent un seul et même défi, celui de la construction d’un bien commun. La culture doit y jouer un rôle essentiel.

La culture a ainsi toute sa place dans un projet politique social et écologique. Mieux, elle peut en représenter la colonne vertébrale, en constatant qu’elle n’est pas seulement un secteur de politique publique – qu’il faut évidemment toujours renforcer – mais aussi une inspiration globale, autour de thèmes constitutifs du vivre ensemble, seuls à même de redéployer un espace politique au sens plein du terme, dans lequel chacun puisse se retrouver. Une région humaine, c’est précisément celle qui saura allier la rencontre des énergies, la reconnaissance des initiatives, la prise de risque artistique pour rencontrer les publics.

À l’évidence, la culture entretient des liens de plus en plus étroits avec les valeurs sociales, l’aménagement du territoire, l’économie (sociale et solidaire), le développement durable, les loisirs, le transport… La concentration urbaine en Ile-de-France peut être l’occasion de repenser notre développement en favorisant les rencontres non pas subies, mais créatives et fertiles. Organiser le rapport au patrimoine, rendre accessibles toutes les beautés de notre région unique, mettre la création artistique au centre de la vie, faire de la curiosité non pas un vilain défaut mais une belle qualité, faire de la mémoire un potentiel d’actions, voilà ma vision de la culture. 

Comment faire ? En mettant autour de la table tous les acteurs de la culture pour y ramener et y faire entendre la voix du citoyen. Les opérateurs culturels, les artistes, les techniciens, les gestionnaires, les critiques, les associations d’amateurs, les tutelles administratives, la culture est une immense ruche qui a besoin de lien, de lieu d’expression et de réflexion collective. La création doit être favorisée à tout prix, mais le citoyen doit y être confronté, immergé, sollicité. 

A l’heure où tout change, où tout se transforme, où la mondialisation financière oppose sa cupidité à la culture qui n’est plus protégée, la région peut être un acteur de transmission entre la création, le patrimoine et le citoyen. Rendre l’Ile-de-France plus humaine, c’est extraire le citoyen, le travailleur, la famille, de la vie quotidienne contrainte, c’est enchanter la ville, réveiller la vie, faire en sorte que l’artiste soit une des conditions de l’appropriation humaine de l’urbanité de demain. En un mot, l’art ne doit pas être séparé de la vie. Il ne doit en aucun cas devenir un divertissement pour classes supérieures ou moyennes, il doit enrichir l’imaginaire de tout le monde, il doit rendre la vie plus humaine. 

Il n’y a pas de fatalité à la vie dure. La politique culturelle de demain aura vocation à accompagner les artistes car elle saura ce qu’elle attend d’eux : qu’ils soient des passeurs, des transmetteurs, des enrichisseurs, des enchanteurs ! Trop de franciliens pensent que le patrimoine est au centre-ville, que l’art contemporain demeure une prestation élitiste, que les artistes obéissent à une logique marchande, que l’art n’est plus un service public. Les lycéens, les apprentis, les étudiants doivent compter sur les pouvoirs publics et sur leur région qui ne gèrent pas que leurs institutions éducatives, mais ont aussi une responsabilité sur leur épanouissement, leurs loisirs, l’ouverture de leur esprit. 

Les artistes doivent être aidés, accompagnés à toutes les étapes de leur travail. L’exportation des créations artistiques, la captation et la conservation numérique de ses œuvres ne sont que les défis les plus visibles d’une redéfinition du rôle de la culture dans nos vies qui ne doit plus s’arrêter. Ces défis sont enthousiasmants s’ils sont relevés collectivement, au moment même où ils menacent de faire naître peurs, replis et frustrations.

Les citoyens ne sont pas que des producteurs, des administrés ou des contribuables. Ils sont des consciences autonomes, libres et créatives. Ils ne veulent plus qu’on leur impose un cadre de vie, de travail et de loisirs plein de difficultés et d’inhumanité. La culture ne doit pas être  qu’un spectacle, mais, ici et maintenant, une arme au service d’une vie plus humaine.

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