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Chaque homme a le droit d’être traité en tant qu’homme

En quelques années, la Méditerranée est devenue la voie maritime la plus empruntée par les migrants et les réfugiés mais aussi, la plus mortelle. Ce lieu séculaire de tous les brassages est devenu celui de toutes les fractures.

L’an dernier, 220.000 hommes, femmes et enfants ont tenté cette traversée, sur des radeaux, des canots ou des cargos en fin de vie, confiant leur destin à des marchands d’hommes, à des marchands de mort, plutôt  : 3.400 d’entre eux ont péri en mer.

En 2015, le chiffre symbolique de 100.000 personnes qui ont accosté a déjà été atteint ce week-end et certaines projections de l’ONU laissent craindre qu’en une année, ils soient un demi-million à tenter cette traversée.

Nous avons tous encore à l’esprit le pire drame de notre histoire maritime récente que fut le naufrage en avril, qui emporta 800 migrants.

Après une mission humanitaire que l’Europe a laissé – hélas – l’Italie seule conduire, les 28 ont décidé de mettre en place une simple opération de protection des frontières, confiée à nos marines de guerre – triste symbole -. Face au drame syrien qui prend depuis quatre ans au piège les populations civiles entre la barbarie quotidienne de Daesh et la terreur ordinaire de Bachar, face au désespoir du peuple érythréen littéralement prisonnier d’une dictature cruelle qui détient le sinistre record du nombre de camps de détention, que vaut ce type de réponse, de riposte ? A eux seuls, ces deux peuples représentent la moitié de tous ceux qui ont choisi de fuir à tout prix un destin de condamné en sursis.

Face à cette réalité, ce renforcement des contrôles aux frontières apparaît aujourd’hui comme inefficace. Nous avons le devoir de dire clairement que la multiplication des barrières n’a jamais empêché ni réduit les flux migratoires. En le croyant et en le laissant croire, nous cherchons tout juste à nous rassurer et à nous dispenser d’une réflexion globale.

A l’échelle européenne d’abord. Les pays européens doivent penser ensemble la voie pour sortir des impasses actuelles. En obligeant les migrants à ne pouvoir déposer leur demande que dans le pays de leur arrivée dans l’Union, on crée des phénomènes de concentration sur quelques Etats et on encourage les déplacements clandestins à l’intérieur de l’Europe de tous ceux qui ne veulent pas s’installer en Italie ou en Grèce. Et ce sont ces déplacements clandestins qui aboutissent, sous le métro aérien à Paris comme entre Calais et Sangatte, à des campements insalubres. Les chiffres sont explicites : 471 personnes ont été évacuées la semaine dernière, du boulevard de la Chapelle. Parmi elles, 276 n’ont pas souhaité entamer une procédure de demande d’asile, parce que c’est au Royaume-Uni et dans les pays nordiques qu’elles souhaitent faire cette démarche. C’est une simple réalité géographique, la France est sur la route de la Méditerranée vers l’Europe du nord. Elle est ainsi confrontée au problème de personnes qui ne veulent pas s’y installer mais qui ne peuvent être éloignées. Une gestion concertée s’impose pour le traitement des demandes comme pour l’accueil des personnes protégées.

Au niveau national ensuite. Notre droit d’asile a des règles, justes, et des procédures que le Gouvernement s’est récemment donné les moyens d’améliorer et de raccourcir. Une disposition en particulier devra connaître une mise en œuvre urgente, dès la loi adoptée : celle d’une meilleure répartition nationale de l’accueil car il n’est plus aujourd’hui soutenable de voir cet effort concentré sur quelques territoires. Et à l’intérieur de chaque région, celle d’une meilleure répartition départementale. Rien ne peut justifier que la Seine-Saint-Denis accueille massivement des personnes en attente de procédure d’asile alors que l’hébergement d’urgence, en places et en budget, est déjà dans une situation très tendue dans ce département. Je salue l’appel d’Anne Hidalgo à la création d’un centre de premier accueil à Paris. D’autres devront voir le jour ; mais je sais qu’il va falloir combattre les égoïsmes territoriaux et les ambitions spéculatives pour les implanter équitablement car la Seine-Saint-Denis n’est tout simplement pas une variable d’ajustement.

Ce n’est pas parce que nous disposerions de lieux d’accueil, humanitaires, tout simplement humains devrais-je dire, que nous créerons un appel d’air. Imaginer un Erythréen fuir son pays en laissant sa famille, traverser le Sahara, se mettre dans les mains des marchands d’hommes en Libye pour rejoindre l’Europe uniquement parce qu’à Paris il trouverait pendant quelques jours un simple toit au lieu de dormir sous les ponts du métro aérien ? C’est un mensonge démagogique dangereux dans notre société !

Regardons la réalité telle qu’elle s’exprime depuis plus d’une décennie à Sangatte : la destruction du centre d’accueil n’a absolument rien réglé. Au contraire : ont ressurgi des lieux indignes qui existent du simple fait de notre déni de la réalité. Je le répète : il ne s’agit pas d’élargir les conditions d’accès à l’asile. Mais chaque homme a le droit d’être traité en tant qu’homme. Nous devons être en mesure de proposer des accueils d’urgence et de les assumer sans hypocrisie sur tout notre territoire régional, sans que certains ne se défaussent une fois de plus.

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