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Exploiter le malheur pour répandre la haine

Le 27 octobre 2005, deux adolescents de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, Zyed Benna et Bouna Traoré, en fuyant un contrôle policier, se tuèrent en s’électrocutant sur un site d’EDF. L’émotion fut considérable ; autour d’eux d’abord, dans toute la France ensuite.

Les policiers ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Rennes. Un député de l’UMP, connu pour décliner dans la réalité la volonté de M. Nicolas Sarkozy de concurrencer l’extrême-droite, déclare aujourd’hui que « les familles n’ont qu’à éduquer leurs enfants et faire en sorte qu’ils ne soient pas des délinquants » et souhaite que « nous fassions disparaître ces cités de non-droit ».

Face à ces propos irresponsables, stigmatisant et haineux, quelques précisions s’imposent.

– Les personnalités politiques ne sont pas des magistrats. Le député cité participe à l’écriture de la loi, en aucun cas au jugement des personnes individuelles. En commentant de manière aussi légère un jugement, il met en cause l’indépendance de la justice et jette un discrédit sur les magistrats. Or, indépendance des pouvoirs et confiance dans la magistrature sont deux conditions fondamentales pour l’existence d’un Etat de droit.

– Mais il y a plus grave. En faisant la leçon de manière aussi violente à toutes les familles vivant dans des territoires que le pouvoir de M. Sarkozy a négligées et méprisées, ce député tente d’allumer la guerre civile. Là où la justice se substitue à la vengeance, le député veut que la loi de la haine se substitue à la loi de la justice.

Il faut réitérer la confiance que nous avons pour la justice qui traite des dossiers d’une grande complexité, dans des contextes difficiles, avec sobriété, discrétion et professionnalisme. Au-delà de la culpabilité ou non des deux policiers en cause, au-delà de tous les jugements du monde, au-delà de l’extrême-droitisation de toute une partie du camp conservateur, la mort de Zyed et Bouna demeurera toujours un terrible drame humain qui nous contraint à la décence, au respect des familles et à la mémoire de ces adolescents.

Nous, personnalités politiques, acteurs du terrain de l’organisation sociale, méritons à notre tour le respect et la confiance de nos jeunesses, méritons l’honneur magnifique de représenter le peuple français qui désire, plus que jamais, que la République soit partout chez elle. Ce matin, tout le monde ne mérite pas cette estime en oubliant que si l’autorité de l’Etat ne doit certes jamais être discutée, les promesses républicaines ne doivent jamais être négligées.

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