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Christiane Taubira apporte à la politique française de grandes fiertés

Depuis quelque temps, des élus de l’opposition, en établissant un lien entre l’objectif de baisse du nombre des détenus et une supposée augmentation de la délinquance, clament que la ministre de la justice Christiane Taubira conduirait, selon la formule de l’un d’entre eux, « une politique qui menace la République ».


Ces déclarations sont bien entendu fausses. Au-delà des erreurs factuelles qu’elles propagent, elles disent surtout, par leur indignité, quelque chose d’inquiétant sur la droite française. 


Dans l’histoire parlementaire de notre pays, la gauche, de Jaurès à Badinter, de Léon Blum à Christiane Taubira, est constamment accusée de vouloir vider les prisons.


Après l’alternance de 1981, Robert Badinter, garde des Sceaux, dut essuyer les mêmes avanies qu’aujourd’hui Christiane Taubira. Réussissant pourtant un des plus beaux programmes de l’Histoire de conciliation de sécurité et de protection des libertés, Robert Badinter sut affronter avec courage les accusations calomnieuses de laxisme et de faiblesse. 


L’antisémitisme alimentait à l’époque ces accusations comme, en 2015, la misogynie et le racisme alimentent le procès intenté à la garde des Sceaux. 


Que ce soit clair : les élus qui attaquent ainsi indignement Mme Taubira savent très bien qu’il mentent en liant baisse du nombre de détenus et hausse de la délinquance. Ils savent très bien que les chiffres de la délinquance démontrent une maîtrise des atteintes aux biens et aux personnes, contrairement à l’explosion de l’insécurité qui caractérisa les années Sarkozy. Ils savent très bien que la Cour européenne des Droits de l’Homme condamne régulièrement la France pour sa surpopulation carcérale, et qu’une politique qui conduirait à augmenter le nombre de détenus serait irresponsable. Ils savent très bien que les pays qui se caractérisent par une politique pénitentiaire expansive sont aussi les pays à la criminalité développée. Ils savent très bien que passer en douze mois de 68 859 à 66 761 personnes incarcérées n’est pas vider les prisons. Ils savent très bien que les mesures d’aménagement de peine (notamment sous surveillance électronique), en limitant la surpopulation carcérale, empêchent les radicalisations des condamnés en prison, facilitent la réinsertion, limitent la récidive et ne procurent que des avantages à la société. 


Que les faucons néo-conservateurs aient tort est, en quelques lignes, aisé à démontrer. Mais d’avoir raison n’est pas leur objectif. Leur véritable but a été magistralement décrit par Robert Badinter, en juillet 1982, à la tribune de l’Assemblée nationale : « le plus commode est d’exploiter l’irrationnel et la soif de justice pour en faire un instrument de conquête ou de maîtrise de pouvoir. Il suffit de taxer l’adversaire de laxisme (on n’emploie jamais les mots de générosité et d’humanité…), de s’approprier le malheur des victimes comme un capital politique, et, pour se rendre crédible, de s’en prendre aux libertés au nom de l’ordre et de la sécurité. C’est la voix de la facilité et de la démagogie ». 


L’Histoire retiendra Christiane Taubira, aux côtés de Robert Badinter, comme une des meilleures ministres de la justice de notre Histoire. Elle eut le courage, du mariage pour tous à la réforme pénale, de ne jamais céder aux tentations des marchands de haine et de peur qui ne réglèrent jamais aucune insécurité en distillant l’effroi dans nos populations. La condition de l’autorité de l’Etat et de la détermination des institutions républicaines est la promesse, pour le peuple, du respect de la démocratie, du combat pour la liberté et de l’exigence d’égalité.  


Les néo-conservateurs de la droite française devraient comprendre que la vraie gloire de la politique est d’éviter les violences, pas de les venger ; de défendre les victimes, pas de les instrumentaliser ; de protéger le peuple, pas de l’effrayer.  


La droite française, dont le modèle est désormais bien plus Sarah Palin que Charles de Gaulle, devra répondre un jour de cet indigne procès instruit à charge contre Christiane Taubira


Christiane Taubira apporte à la politique française de grandes fiertés : ministre talentueuse, elle est intelligente, elle est femme, elle est noire. La droite française devra un jour avouer pour laquelle de ces trois raisons elle l’attaque autant.

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