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Halte à la lepénisation des esprits

Il n’est plus temps de déplorer des incivismes, des agressions ou un réflexe communautariste. Notre communauté nationale est devant des périls bien plus lourds. La dernière agression antisémite de Créteil en est la preuve. Sans parler de la récente déclaration d’un essayiste mondain, théoricien d’un millénariste Suicide français qui réhabilite Pétain, sur la possibilité de la déportation des musulmans de France : une partie de l’esprit public s’effondre.

Quel est le mal qui ronge notre contrat social ? A force de taper sur les tabous, nous avons détruit nos totems. Nos valeurs républicaines n’inspirent plus de résistance culturelle : les attaques antisémites et racistes se multiplient sans réaction collective, l’antiparlementarisme ne transmet plus la surveillance, mais la vengeance et la défiance.

Les scores et sondages électoraux du Front national ne sont que le symptôme du risque de lepénisation des esprits. Les Français souffrent et ont l’impression que les défenseurs du peuple ne se battent plus pour eux. Ils ont toujours surmonté les difficultés de l’Histoire par ces trois exigences: les Droits de l’Homme, l’égalité, l’exigence. Avec à la main ce flambeau à trois torches, la France sut déterminer les mouvements décisifs de la modernité : les Lumières, la démocratie parlementaire, la République, la progressivité des contributions, la laïcité, l’Etat providence, les services publics, et enfin, après mai 68, la liberté individuelle.

Les Français veulent espérer, ils veulent savoir à combien de temps sommes-nous de leur idéal, ils veulent savoir si nous nous battons pour eux. Or, quelle langue leur parle-t-on ? Une langue que l’audace a quittée. Le rôle historique de la gauche n’est pas de partager un horizon de politique gestionnaire, communicable aux Français par des chiffres, des pourcentages, des courbes et des mots vides. Attaquons le Front national bien au-delà de la morale, sur le terrain culturel, sur le terrain des mots. Refaisons la conquête des mots que nous savons décliner dans la réalité alors qu’il les emprisonne dans un brouillard indéfini et menaçant. Peuple, égalité, travailleur, solidarité, souffrance, Etat, loi, service public, imagination, grandeur… Ce sont nos causes, ce sont leurs mensonges.

Battre le Front National n’est pas une simple question de jeu ou d’intrigue politique: battre l’extrême-droite, c’est défendre un modèle social, défendre un idéal, défendre des politiques qui sont meilleures pour la France et meilleures pour le peuple. Le discours lepéniste n’est pas un danger pour les élites ; il en est même issu. C’est un danger pour le peuple. Le discours lepéniste n’est pas qu’une illusion, il n’est pas qu’une erreur, il n’est pas qu’un danger, il est surtout une trahison.

– D’abord Trahison des peuples. L’extrême-droite a pris le pouvoir dans des grands pays de notre temps, elle a assumé des responsabilités au sein de dictatures, mais aussi, plus récemment chez nos voisins, au sein de gouvernements issus de majorités parlementaires. L’Histoire est sans appel, il n’est plus possible de le nier : l’extrême-droite trahit toujours, et elle trahit d’abord les peuples. Elle singe la simplicité, la radicalité et l’audace des discours volontaires de la gauche sociale. Mais, une fois au pouvoir, l’extrême-droite s’entend immanquablement avec les forces protectrices des rentes et des patrimoines, puisque ce sont encore elles qui imposent le mieux la discipline autoritaire qu’elle aime tant. Elle veut sortir de Bruxelles, mais pliera devant le premier banquier de Francfort.

– Ensuite Trahison de l’Histoire. L’extrême-droite promet toujours d’être fidèle à l’Histoire, aux traditions et à ce qu’elle appelle confusément la gloire nationale. Par ses compromissions avec les élites internationales et son souci de faire taire toute contestation, elle donne une carte blanche aux forces dominantes du moment. Très soucieuse de réécrire l’Histoire à partir de l’exaltation de quelques personnages de fiction, elle est pourtant très libérale économiquement, ce qui conduit à se défaire de tout instrument de résistance nationale. Et pourtant : qui a fait l’Histoire des peuples, qui a arraché les conquêtes sociales du salariat ? Où étaient les lepénistes en 1936 ? Avec le Front populaire des congés payés ou avec leurs adversaires ? L’Histoire du Suicide français, c’est la confusion au service de la rancœur.

– Enfin Trahison de la France. Par son attachement à un passé mythique, racialement pur et historiquement falsifié, le discours lepéniste vise à provoquer des fractures dans la société. Ainsi se posera-t-il en recours possible, comme dans les années 30. Peu importe les coûts sociaux qui résultent de la manipulation de la haine, le discours lepéniste n’en a cure.

Le lepénisme n’est pas un humanisme. C’est un discours d’extrême-droite, de haine et de confusion, mais surtout de ruse. Il veut porter au pouvoir une classe politique avide de pouvoir et de sévérité au nom d’abstractions. Sortir de l’euro ? Renvoyer les étrangers chez eux ? Distinguer les bons des mauvais Français ? Purifier la classe politique ? Autant de slogans que toute nation civilisée devrait éradiquer immédiatement, mais que notre pusillanimité politique a fait perdurer. Il est temps de revenir aux sources, il est temps de rechanger la vie.

 

 

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