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Interview dans « Paris-Normandie »

A l’occasion de la visite de Claude Bartolone en Seine-Maritime, le journal « Paris-Normandie » publie une interview que vous pouvez lire ci-dessous:

Dans votre livre Je ne me tairai plus, vous écrivez que vous êtes rancunier. Or, lundi 15 décembre, vous êtes en visite en pleine «Fabiusie».Depuis fin 2008, vous êtes brouillé avec Laurent Fabius dont vous avez été un très proche. Finalement, vous n’êtes pas si rancunier.

Claude Bartolone. « Même si nos chemins se sont séparés, l’essentiel nous rassemble. Nous sommes deux personnages de l’Etat, deux militants socialistes, et nous partageons une certaine vision de la France et de la réponse politique à apporter aux maux de la société : une réponse sociale, écologique et républicaine».

Il y a eu un peu de rancœur malgré tout après le congrès de Reims en 2008 et vous évoquez, dans votre ouvrage, une réunion de « rupture » avec Laurent Fabius à laquelle assistait Guillaume Bachelay, député de la Seine-Maritime.Vous dites que les choses auraient peut-être été différentes s’il n’avait pas été là. Vous lui en voulez ?

«  Non, au contraire. J’ai la chance de voir Guillaume Bachelay toutes les semaines et c’est un responsable politique qui a de la valeur dans sa génération. Ce que je dis dans mon livre c’est que  la politique n’est pas faite par des machines. Elle est faite par des hommes et des femmes qui ont des sentiments, et mettent leur caractère au service de leur action. Mais rien ne doit faire oublier le plus important : avec nos personnalités différentes, nos coups de gueule, nos moments de grande affection, nous sommes au service d’un projet de société. Nous sommes là pour répondre aux inquiétudes de nos compatriotes. Le reste est secondaire».

Le projet pour la société justement, c’est par exemple le projet de loi Macron. Est-il de nature à relever la croissance. Donc à créer de l’emploi ?

«Le bon équilibre à trouver, c’est de favoriser l’emploi tout en préservant notre modèle social. Si nous respectons cette philosophie, ce texte peut être une preuve que la France se réforme et sait se mettre en mouvement. Alors qu’il s’apprête à être débattu à l’Assemblée, il faut montrer en quoi ce projet de loi peut permettre de renforcer l’égalité, notamment dans l’accès à l’emploi, et en quoi il peut redonner de la croissance tout en protégeant les droits des salariés.»

On voit bien la difficulté à réformer la France. À peine dévoilé, ce texte déclenche des manifestations. Peut-on vraiment réformer le pays ?

«Le président de la République a fait plus de réformes en deux ans et demi de mandat que la droite en dix ans. Il est de notre responsabilité de continuer à discuter avec les partenaires sociaux et de ne pas nous installer dans le conservatisme. Pourquoi y a-t-il ces freins aujourd’hui? Parce que trop souvent, dans les dix ans qui nous ont précédés, nos compatriotes ont eu l’impression que dès qu’un gouvernement prononçait le mot réforme, on allait leur arracher un acquis social. Nous devons démontrer qu’avec la gauche, le mot réforme n’est pas synonyme de régression. Notre boussole doit être le droit des salariés, et notamment le premier d’entre eux, l’accès à l’emploi».

Certains députés redoutent, à propos de la loi Macron, un « accident parlementaire » ? Comment l’éviter ?

«Il faut que l’Assemblée nationale soit un lieu de débat, notamment sur la question du travail du dimanche. Il faudra apporter des précisions. Localement, j’avais pris position, il y a plus d’un an, pour que l’on facilite l’ouverture de certaines activités commerciales le dimanche, mais sous réserve d’une compensation suffisante pour les salariés, d’un principe de volontariat et d’un dialogue social et territorial. Pour que cette réforme soit soutenue, il faut qu’elle soit perçue comme une chance pour les salariés, pas comme un sacrifice».

Il y a un problème de pédagogie ?

«  Ce n’est pas qu’un problème de pédagogie. Je regrette qu’il faille passer par un texte de loi. On aurait pu conserver à cette proposition une dimension locale puisque ce sont vraiment les grandes agglomérations qui vont être concernées. Aujourd’hui, pour bon nombre de citoyens, qui ne seront jamais concernés par le travail du dimanche, cela apparaît plus comme une menace que comme une avancée. Je ne veux pas que s’installe l’idée que travailler le dimanche est notre projet».

Ce n’est donc pas, comme le dit Martine Aubry, un projet de régression ?

«Evitons, de part et d’autre, les formules définitives».

Le PS a été éliminé dès le premier tour de l’élection partielle dans l’Aube.Qu’est ce qui ne marche pas ?

«Quand vous héritez d’un pays hyper endetté, où le secteur industriel s’est écroulé, où le chômage a flambé, c’est compliqué de remettre rapidement les choses en bon ordre. Les Français doivent avoir à l’esprit que nous ne sommes pas simplement face à une crise : nous entrons dans un nouveau monde. Ce qui me préoccupe, c’est que beaucoup de nos compatriotes se disent que ce monde ne sera jamais pour eux. C’est cela qui bloque et c’est là que nous avons à être plus attentifs pour que chacune des lois votées entre le plus rapidement possible dans la vie de nos compatriotes».

Vous présidez un groupe de travail sur les institutions. Comment faire en sorte que les institutions puissent appréhender ce changement de monde ?Que faut-il changer ?

«Pour que les citoyens puissent se réapproprier la politique, il faut qu’ils identifient mieux les niveaux de responsabilités qui sont en charge d’une partie de leur existence. C’est pour cela que la réforme territoriale aboutira à des régions plus fortes où l’on identifiera bien quel sera leur rôle en matière de transports et de compétences économiques».

Pour l’heure en tout cas, la question des compétences n’est pas tranchée.

«Ça va venir en janvier. En ce qui concerne les institutions de la Ve République, on leur a déjà  fait subir vingt-quatre réformes sans en tirer les enseignements. Ces institutions ont été une chance mais, aujourd’hui, notamment avec le quinquennat et le non-cumul des mandats, il faut redéfinir à la fois ce qu’est le rôle du Président de la République et ce qu’est le tandem Président de la République / Parlement. Il faut sortir de la culture de l’affrontement contenue dans les institutions de la Ve République pour entrer dans une société du compromis».

Vous ne parlez pas de VIe République ?

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse démocratique. J’en appelle par exemple à la suppression du poste de Premier ministre. Le Président a la légitimité du suffrage universel mais n’a plus de contact avec la majorité parlementaire. Je crois vraiment à cette idée de mettre en place un régime présidentiel à la française en supprimant le droit de dissolution et la possibilité pour le parlement de renverser le gouvernement. C’est un système qui fonctionnera sur la coopération et le compromis et non sur l’affrontement permanent».

La réforme territoriale va-t-elle dans le sens de la simplification ?

«Oui et, surtout, elle va donner beaucoup plus de force aux régions dans la compétition européenne et internationale. Prenons l’exemple de la Normandie unique: ce sera 3,3 millions d’habitats et 86 milliards d’euros de PIB. La Normandie est un exemple et je salue le travail accompli par les deux présidents, Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais, pour préparer dans les meilleures conditions cette fusion. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas perdu de temps et c’est tant mieux».

Pour la capitale régionale, entre Caen et Rouen, avez-vous une préférence ?

«La question du siège régional sera réglée en son temps dans un débat démocratique; Si on rentre dans cette grande réforme par cette porte-là, on peut connaître un échec. Il ne faut pas en faire un enjeu de la réforme, ce serait une erreur».

La primaire à la gauche pour la présidentielle 2017 est-elle indispensable ?

«Si François Hollande décide d’être candidat à sa succession, il n’y aura pas de primaire».

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