Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Le débarquement en provence

Nous sommes le 15 août 2014. De nombreux Français ont eu la chance de partir en vacances et de contempler en ce matin estival la mer Méditerranée, berceau de tant de civilisations. D’autres parmi nos concitoyens vivent et travaillent sur ces bords, de Perpignan à Menton. En admirant ces golfes et ces criques, ces collines et ces calanques, ces ports et ces quais, ils se souviendront peut-être qu’il y a 70 ans, jour pour jour, la liberté a surgi de cette mer dont les Romains avaient fait un lac intérieur.

Plus au Nord, la bataille de Normandie n’était pas achevée et tuait encore. Le 6 juin, les troupes du général Eisenhower avaient débarqué sur les côtes françaises et incarnaient la lutte pour sauver le monde du nazisme, quelques mois après l’héroïsme soviétique à Stalingrad. On se souvient trop rarement que le Débarquement ne se réduisit pas à une nuit d’escalade et de parachutage mais plongea toute la Normandie dans trois longs mois de guérilla. De juin à fin août 1944, la Bataille de Normandie rejoignit Rocroi et Austerlitz dans l’imaginaire patriotique français, cette bataille qui tua plusieurs dizaines de milliers de civils, morts sous les ruines de villes entières, Caen, Lisieux, Vire, Le Havre.

A l’Est l’Armée rouge, à l’Ouest l’armée alliée, restait le Sud. Le 14 août au soir, l’opération Anvil Dragoon commence. 1370 navires s’approchent des côtes, entre Toulon et Cannes. 5000 parachutistes sont prêts à soulager leurs frères combattants de l’Ouest. Aux côtés du général américain Patch, le général de Lattre de Tassigny, bientôt maréchal, assure avec ses troupes la libération de la France par elle-même. Aux cœurs de Marseille, de Toulon, de Nice, au creux du massif de la Sainte-Baume, sur les contreforts des Maures, les Résistants sont prêts. Survivants de quatre années de traque, de déportation, d’assassinats, rompus au froid, à la faim, à l’éloignement de celles et ceux qu’ils aiment, ils sont prêts à vaincre ou mourir.

Le choc sera terrible. 30 000 morts du côté des Alliés, 120 000 du côté des Allemands. L’Histoire égrène les chiffres des pertes comme un économiste égrène des points de PIB. La science est parfois une cruelle abstraction.

Le Débarquement de Provence fut une occasion pour les soldats africains de manifester une solidarité sans faille à la lutte contre le fascisme. Aujourd’hui citoyens algériens, tunisiens, marocains, sénégalais, tchadiens, nigériens, ivoiriens, maliens, ils traversèrent la Méditerranée pour affronter un ennemi implacable dont ils triomphèrent de la détermination par un courage sans faille. Aujourd’hui, sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, au large des côtes du Var, le Président de la République, en invitant de nombreux chefs d’Etat africains, rend un hommage particulièrement émouvant aux sacrifices de ces soldats et de ces peuples.

Je tiens à saluer une nouvelle fois sur cette page la première vice-présidente de l’Assemblée nationale Laurence Dumont, députée de ce Calvados si héroïque, à l’origine il y a quelques semaines du vote de la Résolution commune avec le Sénat des Etats-Unis exprimant la gratitude et la reconnaissance de l’Assemblée nationale pour les actes d’héroïsme du Débarquement. Ce titre, à la fois si sublime et si grave, fait surgir l’Histoire dans nos agendas démocratiques et nos enceintes parlementaires et rappelle ce que d’autres, avant nous, surent trouver au fond d’eux-mêmes pour que vivent nos valeurs. Des valeurs que le peuple allemand après la guerre sut d’ailleurs défendre tout de suite de manière remarquable en s’engageant tout entier et sans retour, après la défaite des nazis, dans l’aventure historique du couple franco-allemand et dans la construction européenne.

Sur les bords de la Méditerranée, tout au long de la journée, il nous semblera entendre, derrière le clapotis tranquille des vagues, le vacarme assourdissant d’une armada de fer, de carlingue et d’acier.

Étiquettes: