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[Tribune] La Maternité des Lilas restera aux Lilas

J’ai signe aujourd’hui dans Libération avec de nombreuses personnalités et associations une tribune appelant à la sauvegarde de la Maternité des Lilas. A lire ci-dessous:

Depuis près de quatre ans, la Maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), créée en 1964 au nom d’une «certaine idée de la naissance et de la parentalité», est en lutte pour sa pérennité face aux contraintes budgétaires. Cet hôpital à but non lucratif ne pratiquant aucun dépassement d’honoraires est un lieu emblématique du droit à l’avortement et à la naissance dite «sans douleur». Réalisant, chaque année, près de 1 700 naissances, plus de 1 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) et 15 000 consultations, cette maternité est menacée de disparition.

La fin d’un lieu emblématique, faut-il renoncer ? Dans un contexte de coupes budgétaires, l’accélération des suppressions des établissements de proximité, les avantages croissants accordés aux cliniques privées questionnent la pérennité de cet établissement qui, devenu vétuste, aurait besoin d’être reconstruit au plus vite.

Incarnant une conception unique de la grossesse, la singularité des Lilas réside dans son approche très libre, accordant un respect particulier aux futurs et à l’accompagnement des jeunes mères. Mais pas seulement. Elle a aussi été au cœur de toutes les luttes pour le droit des femmes à décider ou non de poursuivre une grossesse, ce qui en fait un des centres d’orthogénie référents pour la prise en charge des IVG. Un centre dont la disparition serait un retour en arrière dans un département où le taux de recours à l’IVG est particulièrement élevé : 24,8 IVG pour 1 000 femmes en âge de procréer contre une moyenne de 15,1 en France.

Face à la remise de question du financement de la reconstruction de cet hôpital, qui pourrait voir le jour, trente mois après, si les diverses autorisations étaient accordées, un certain nombre d’interrogations se posent. Faut-il, tout comme les femmes espagnoles, se battre à nouveau pour le droit à l’avortement libre et sécurisé ?

Faut-il renoncer à ces années de lutte sous prétexte d’efficience financière et accepter d’être délocalisé à Montreuil ?

Faut-il capituler et délaisser ces 150 personnes, médecins, sages-femmes, aides-soignantes, puéricultrices, personnel hôtelier et administratif ?

Faut-il amputer le 93, l’un des départements les plus peuplés et les plus défavorisés de France, d’une de ses maternités phares, fleuron d’un savoir-faire unique et plébiscité par ses citoyens comme le montre l’enquête réalisée par le mouvement français pour le planning familial ?

Un projet hautement politique. Soutenu par de nombreuses personnes – dont François Hollande qui s’était personnellement engagé au maintien de la Maternité sur le site actuel lors de la campagne présidentielle – le projet nécessite un engagement des plus hautes instances. Marisol Touraine, ministre de la Santé, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Claude Evin, directeur de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France (ARS-IDF) : tous doivent s’unir pour rassembler les 23 millions d’euros nécessaires à la reconstruction de la Maternité et du CIVG des Lilas.

Ce montant, indispensable à la reconstruction de l’ensemble, représente une part infime du budget national du ministère de la Santé : environ 0,009% des 243 milliards d’euros de dépenses courantes de santé de 2012. C’est pourtant ce qui permettrait de mener à bien l’opération et la réintégration des personnels concernés.

Et tandis que l’ARS lance son projet, Favoriser la réduction des inégalités d’accès à l’avortement (Frida), pourquoi chacun ne prend-il pas ses responsabilités pour débloquer une situation jusque-là inextricable ?

Le Collectif ne lâchera pas. Depuis que son projet d’agrandissement a été suspendu suite au repli de l’ARS, la mobilisation du personnel, des associations, des personnalités politiques, d’artistes comme Catherine Ringer, Karin Viard, Arthur H. mais aussi de nombreux citoyens n’a pas faibli : camping sauvage devant le ministère, flash mob, concert, soirée de soutien, manifestations de rue. Après avoir manifesté devant le ministère, les sages-femmes ont réalisé une reprise de la chanson Happy de Pharell Williams pour sensibiliser le récent gagnant de l’Euromillion à venir en aide à la Maternité.

Parallèlement, une pétition a enregistré plus de 33 000 signatures, jusqu’ici ignorées par le ministère concerné.

Des élues de sensibilités politiques différentes se sont engagées pour élargir la mobilisation et participer à l’élaboration de propositions alternatives.

Depuis plus de cinquante ans, la Maternité, c’est une manière unique d’appréhender la naissance qui place le bien-être de la femme au cœur de l’accouchement contrairement aux «usines à bébés», conséquence de la concentration des structures hospitalières.

A l’heure où la lutte contre le chômage est la priorité numéro 1 des Français, réaffecter la Maternité entraînerait la suppression de plus de 150 emplois. Est-il judicieux de priver la commune des Lilas de sa Maternité judicieuse face aux conséquences que cette délocalisation engendrerait ?

La réponse est négative. Nous devons assurer la pérennité de cette Maternité à visage humain. Pour nos familles, pour le respect des choix individuels, pour la continuité de la naissance respectée. La Maternité est née aux Lilas et elle y restera !

Par Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale, Daniel Guiraud, Maire des Lilas, président de Paris-Métropole, Stéphane Troussel, Président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Elisabeth Guigou, Députée, Laurence Cohen, Sénatrice, Eva Joly, Eurodéputée, Arthur H. Musicien, Arlette Laguillier, Membre de la direction Lutte ouvrière, Grand Corps Malade, Slameur, Catherine Ringer Artiste, Karin Viard Actrice, le bureau national du planning familial, et les Collectifs Maternité des Lilas.

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