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Interview dans La Dépêche du Midi

Célébrer Jaurès n’est-ce pas un moyen pour les socialistes de se donner bonne conscience quand ils rencontrent des difficultés au pouvoir ?

Au contraire. Les commémorations ne sont pas là simplement pour célébrer le passé. Se souvenir de Jaurès, c’est puiser de la force pour les combats à venir. Jaurès symbolise l’union des socialistes. Si à l’époque on a pu faire vivre Jean Jaurès et Jules Guesde dans la même organisation, on doit pouvoir faire évoluer aujourd’hui dans un même gouvernement les socialistes, la gauche et les écologistes ! Jaurès n’a jamais exercé le pouvoir, mais il symbolise une volonté politique au service d’un projet de société. Cela doit nous inspirer. Ce ne sont pas seulement un taux de croissance ou un pourcentage de déficit qui permettront à la gauche de réinstaller la confiance ; c’est un projet susceptible d’apporter aux Français ce qu’ils attendent de nous : redresser notre économie pour répondre à l’urgence sociale et environnementale. C’est ce que j’appelle la social-écologie.

Le FN a beaucoup progressé dans le Tarn. Pensez-vous comme manuel Valls que la gauche peut mourir ?

Jaurès a justement montré que lorsqu’on défend une vision d’avenir, on ne meurt jamais. C’est cela le message de la gauche, et je ferai tout pour le faire vivre. La seule chose qui peut faire mourir la gauche, c’est qu’elle ne soit pas porteuse d’un projet et que ceux qu’elle représente ne voient pas dans quel but on leur demande des efforts. Nous devons convaincre les Français que ce dont il s’agit, c’est de sauver notre modèle social, nos services publics, nos écoles, nos hôpitaux.

Les députés frondeurs ne sont-ils pas en train d’affaiblir le gouvernement ?

Je déteste cette expression de « frondeurs ». Le débat fait partie des gênes de la gauche. D’ailleurs, n’exagérons pas, ce n’est pas comme si deux politiques différentes s’affrontaient. Aujourd’hui, chacun a conscience que pour protéger notre modèle social, il n’y a pas d’autre solution que de renforcer la compétitivité de nos entreprises. Moi, je ne confonds pas entreprise et patron. Nos entreprises sont un « bien commun », elles appartiennent à tous les Français, et nous devons leur permettre de retrouver le chemin des bénéfices pour investir et créer des emplois. Les députés font leur travail. Qu’il y ait des propositions différentes, c’est normal et c’est même très sain. Ensuite, il faut trancher pour savoir où faire passer la ligne entre ce qui doit revenir aux entreprises et ce qui doit revenir aux familles. Mais c’est un débat digne.

Ces députés peuvent-ils aller jusqu’à s’abstenir sur les textes budgétaires comme le menacent certains d’entre eux ?

Je ne le souhaite pas. Si nous ne sommes pas capables de nous rassembler après ce débat, comment pourrions-nous être en mesure de rassembler la gauche et les écologistes ? Si des amendements devaient être votés soit avec les écologistes, soit avec les communistes, cela renforcerait l’émiettement de la gauche.

En raison de l’éparpillement de la majorité, le gouvernement peut-il être mis en minorité sur certains textes ?

Je n’y crois pas un seul instant. Quels que soient les doutes et les convictions de certains députés, ils sont obligés de prendre en compte la situation politique du pays. Je le dis en républicain : aujourd’hui où est l’alternance quand on voit l’état déplorable de l’opposition et l’impasse que représente l’extrême-droite ? Chez les socialistes, chacun a en tête notre responsabilité de ne pas être une simple parenthèse. Il y a le temps du débat, mais ensuite il doit y avoir le temps de l’unité.

A force de vouloir accélérer les réformes, François Hollande ne risque-t-il pas de les bâcler comme celle de la réforme territoriale ?

Le président de la République a posé un acte en voulant réduire le nombre de régions. La question n’est surement pas de faire ou non des économies. L’important est de savoir quelle est la meilleure organisation pour offrir à nos compatriotes des territoires solides et solidaires, c’est-à-dire à la fois compétitifs et dotés d’un bon niveau de service public dans les quartiers populaires comme dans les campagnes qui souffrent.

Faut-il supprimer les conseils généraux ?

C’est possible dans certaines régions, là où il existe une métropole. Mais la question qui peut encore se poser dans l’avenir, c’est de savoir s’il peut y avoir une organisation identique sur tout le territoire. Je conçois parfaitement que dans des zones où il n’y pas de métropole, il puisse y avoir un département qui soit garant de la solidarité et d’un aménagement équilibré.

Faut-il une pause dans les réformes après celles qui sont examinées actuellement au Parlement ?

Il faut continuer à être porteur du mouvement. En France bien sûr, mais aussi sur la scène européenne où il nous faut lutter avec plus de force contre les politiques de rigueur qui font mal aux peuples, obsédées qu’elles sont par le risque d’inflation alors que c’est la déflation qui guette. Ce n’est pas le moment de s’arrêter, les Français ne le comprendraient pas. Il faut poursuivre les réformes. Le pays en a trop besoin.

Recueilli par Jean- Pierre Bédei

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