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Entretien avec Claude Bartolone dans Le Figaro

Claude Bartolone a donné une interview publiée aujourd’hui dans Le Figaro.

L’abstention de 41 députés PS marque-t-elle un tournant dans le quinquennat ?

C’est un grand classique sous toutes les législatures. Si les députés ne s’expriment pas, on les traite de godillots. S’ils se distinguent, on les traite de trublions et on les accuse de vouloir réinventer la IVe République. Dans le même temps, depuis ces calamiteuses élections municipales, quelque chose a changé : c’est le retour du parlement, et les amoureux de la démocratie parlementaire ne vont pas s’en plaindre ! Désormais, chaque texte devra procéder d’un dialogue singulier entre le gouvernement et le parlement qui devra déboucher sur un compromis gagnant pour le pays et pour nos compatriotes.

C’est tout de même une première…

Oui, et il faut accepter sereinement cette nouvelle donne. Ne pas l’exagérer mais ne pas non plus la minorer. Nous assistons à la naissance d’un nouvel équilibre entre le gouvernement et le parlement, avec un PS qui retrouve de la force.

Y a-t-il un risque que la grogne prenne de l’ampleur chez les députés PS ?

Ce n’est pas une fatalité dès lors que chacun cultive l’esprit de responsabilité, de respect et d’unité. Il y a eu des mots excessifs prononcés de part et d’autre ; ils ne doivent plus être entendus. De même, les procès en irresponsabilité doivent cesser. Plutôt que de traiter les 41 abstentionnistes de « jihadistes » comme j’ai pu l’entendre, il vaut mieux leur montrer que leur voix compte, qu’ils peuvent être écoutés et entendus. Et une fois le débat terminé, à eux aussi d’en accepter les conclusions sans jouer la surenchère.

Quelle est la marge de manœuvre du gouvernement face à l’aile gauche du PS, hostile à une réduction massive des dépenses publiques ?

Plus personne, au sein du PS, ne conteste l’idée qu’il faut faire attention à l’endettement, que les entreprises ont des marges dégradées et qu’il faut les rétablir. Le débat s’est surtout focalisé sur deux points. D’abord, le contrôle des aides accordées aux entreprises pour le renforcement de leurs investissements et leur capacité à créer des emplois. Ensuite, réussir à faire des économies sans que cela ait un impact négatif sur la croissance et la consommation des couches populaires.

Les centristes se sont abstenus sur le pacte de responsabilité. Cela est-il annonciateur d’un rapprochement du PS avec le centre ?

Je ne pense pas. Notre majorité présidentielle s’est constituée sur la base du rassemblement de la gauche et des écologistes. Il ne peut pas y avoir de changement de stratégie en cours de route ou de majorités à la carte. Il ne peut pas y avoir de débauchage individuel, une stratégie qui a fait des dégâts sous Nicolas Sarkozy. Certes, la crise s’est révélée plus forte que ce qu’on pouvait redouter. Alors, qu’il puisse y avoir, sur un certain nombre de votes, des sujets qui rassemblent au-delà, cela me paraît normal. Mais changer le périmètre de la majorité, non.

Pourtant, sans les Verts, la majorité est réduite.

Le moment où se forge une majorité, c’est lors du vote du budget. Nous verrons bien à ce moment-là. Je considère que les Verts appartiennent à la majorité, et je continuerai à tout faire pour qu’ils restent un partenaire privilégié.

En cas de désaccords trop profonds au sein de la majorité, pensez-vous possible une dissolution de l’Assemblée ?

La dissolution est une fausse piste. C’est une idée qui n’existe pas dans le cadre du quinquennat. Nous avons été élus pour cinq ans.

Justement, François Hollande achève aujourd’hui sa deuxième année à l’Elysée. Quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons résisté et préparé. Le socle que nous ont légué les fondateurs du Conseil national de la Résistance doit être sacralisé, car c’est le modèle social français, et nous n’entendons pas le bazarder. Les mesures prises en faveur des entreprises ou pour fluidifier le dialogue social sont des éléments qui sont à mettre au crédit des vingt-deux premiers mois. Lorsque je vois la place qu’a réussi à prendre la France au niveau international aussi. Depuis janvier, nous sommes entrés dans une nouvelle exigence du quinquennat pour renforcer l’appareil de production tout en protégeant notre modèle social. Nous avons indiqué le chemin, veillons maintenant à préciser la destination. La mission historique de ce quinquennat, c’est de répondre à l’urgence sociale et de faire reculer ces satanées inégalités. L’emploi, la santé, l’école, le logement sont nos priorités. Cela se jouera beaucoup sur la scène européenne. Très vite, nous devrons nous présenter à Bruxelles avec dans notre main droite les preuves de notre détermination à nous remettre dans les clous, et dans notre main gauche les exigences de la France pour ne pas casser l’espoir de retour à la croissance et à l’emploi.

François Hollande doit-il rencontrer les députés socialistes ?

C’est une idée qui me séduit. Il est normal que dans le cadre du quinquennat, les députés puissent entendre le président de la République.

Quelle place Jean-Marc Ayrault peut-il retrouver à l’Assemblée ?

C’est presque une question personnelle qui est posée à chacun des ministres lorsqu’ils reviennent à l’Assemblée. Il leur faut réussir à revenir dans le collectif, et pas seulement en tant que porteurs de leur expérience ministérielle.

Y a-t-il un « style » Manuel Valls ?

Il a réinstallé une certaine idée du volontarisme. Je le sens dans un état d’esprit à vouloir beaucoup plus partager la décision avec les parlementaires que son prédécesseur. C’est à mon avis cette attitude qui permettra de répondre à tous ceux qui avaient le sentiment de ne pas être écoutés dans la première partie de la législature.

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