Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Interview dans Le Monde

L’interview est disponible sur le site du Monde en cliquant ici.

Propos recueillis par Bastien Bonnefous et Hélène Bekmezian

A la veille du débat budgétaire au Parlement, le président de l’Assemblée nationale appelle la majorité à ne pas se disperser et à se concentrer sur « l’objectif numéro un » à six mois des élections municipales : l’inversion de la courbe du chômage. « Tous les autres sujets qui viennent brouiller ce message sont à bannir », assure Claude Bartolone.

Plusieurs députés souhaitent revenir sur l’utilisation du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), estimant qu’il finance trop de secteurs non exposés à la concurrence internationale. Soutenez-vous cette idée ?

L’évaluation du CICE est contenue dans la loi, attendons qu’elle soit menée à son terme. Dans ces domaines aussi, il y a un besoin de stabilité et de confiance. Il ne faut pas donner aux entreprises le sentiment que la règle fiscale et législative change trop souvent. Le CICE est une mesure importante, nous ne pouvons pas nous prononcer sur des approximations. Rien ne doit venir fragiliser nos entreprises ; la reconquête de la croissance et de l’emploi passe par elles.

Bruno Le Roux, le chef des députés socialistes, suggère que la TVA à taux réduit ne baisse pas comme prévu au 1er janvier 2014 pour pouvoir financer des mesures de pouvoir d’achat. Qu’en pensez-vous ?

La meilleure mesure de pouvoir d’achat, c’est la création d’emploi. Mais ce que suggère Bruno Le Roux est une bonne piste de réflexion. Pour chaque proposition, il faut choisir la plus lisible par les Français en matière de solidarité et de pouvoir d’achat. Engageons donc la discussion et n’excluons aucune piste a priori, ni le rétablissement de la demi-part des veuves ni le maintien de la niche fiscale scolaire. Tout comme il ne faut pas nous interdire d’aller plus loin sur les emplois d’avenir. Pour l’instant, nous en prévoyons 50 000 en 2014. On doit pouvoir augmenter l’objectif pour créer de l’emploi, de l’activité et du pouvoir d’achat, si la croissance n’est pas au rendez-vous.

L’opposition de Cécile Duflot ou Benoît Hamon vis-à-vis de Manuel Valls sur le dossier de l’immigration rom augure-t-elle d’une crise gouvernementale ?

Je ne le crois pas. Mais nous ne devons pas tomber dans le piège qui consiste à débattre de tous les sujets possibles au risque d’affaiblir la perception des priorités et le message général. Pour être audible des Français aux prochaines élections municipales et européennes, nous avons tout intérêt à nous concentrer sur le sujet numéro un : l’engagement du président de la République d’inverser la courbe du chômage. Toute notre énergie doit être concentrée sur cette grande cause, et tous les autres sujets qui viennent brouiller ce message sont à bannir. Par exemple, je regrette que le débat entre Cécile Duflot et Manuel Valls ait rendu moins visible le déplacement de François Hollande à Florange, jeudi. C’était un moment important.

A l’Assemblée, le groupe socialiste se plaint souvent de ne pas être écouté par le gouvernement. Comprenez-vous son agacement ?

Nous sommes une démocratie parlementaire, le gouvernement doit accorder plus d’importance au Parlement, surtout avec la prochaine entrée en vigueur du non-cumul des mandats. Les parlementaires doivent avoir les moyens de contrôler le gouvernement, de voter la loi, de l’évaluer… Il y a également trop d’inégalités de moyens entre Bercy et la commission des finances : nous avons besoin de muscler l’Assemblée pour être à égalité avec certains ministères. Cette année, je souhaite faire adopter une réforme du règlement de l’Assemblée pour permettre aux députés de mieux travailler, mieux légiférer et mieux évaluer. Je déposerai une proposition de résolution en ce sens.

Lors des journées parlementaires socialistes de Bordeaux, vous avez critiqué la « gestionnite aiguë ». Visiez-vous le premier ministre ?

C’est un message collectif. On ne peut pas zapper d’une mesure technique à une autre sans perdre de vue notre volonté de réparer le quotidien et de préparer le long terme. Quand nous ne sommes pas précis sur le nombre exact de foyers concernés par la hausse des impôts, on alimente le réflexe anti-impôts ; quand on pose mal la question du diesel, on passe à côté d’une question de santé publique et de toute une réflexion plus large sur notre avenir énergétique. Il faut donner plus de place au sens et à la direction de notre politique qu’à ses étapes.

Il y a moins de six mois, vous prôniez la confrontation avec Berlin, mais Angela Merkel est sortie renforcée des dernières élections allemandes…

Angela Merkel a remporté une victoire personnelle, mais elle doit rechercher une majorité pour gouverner. François Hollande, lui, a la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Lorsqu’ils se rencontreront, ils devront trouver un compromis, et cela devra passer par une confrontation de leurs points de vue. L’Allemagne est obsédée par la rente, car elle a un problème de démographie avec une population vieillissante. Elle doit comprendre que la France, qui a une jeunesse importante, a besoin de croissance.

Il faut construire un compromis actif qui concilie ces deux exigences légitimes. Arrêtons avec l’Europe de la punition, il faut pouvoir installer une Europe de l’ambition. L’Europe n’est pas un supermarché ! Quand la Commission européenne s’amuse à réglementer les bouteilles d’huile d’olive plutôt que de s’occuper du système bancaire européen, de la directive sur les travailleurs détachés ou du sauvetage du Fonds européen d’aide aux plus démunis, cela pose un grave problème qui renforce les populismes et le sentiment anti-européen.

Craignez-vous un vote sanction aux élections municipales de mars 2014 ?

Je ne suis pas Madame Soleil, mais les élections municipales sont toujours difficiles pour les majorités nationales en place. Je lisais dans un récent sondage que 61 % des Français comptaient se prononcer en fonction des enjeux locaux, mais il ne faut pas négliger les 36 % qui tiendront compte du climat national, ni même les 3 % qui ne se prononcent pas ! Il faut donner à ces électeurs des raisons de soutenir la majorité. Dans les cinq mois qui viennent, la majorité nationale ne doit pas venir brouiller les bilans et les projets locaux de nos candidats.

Par ailleurs, nous n’avons aucun intérêt à faire campagne sur des terrains sur lesquels nous n’avons pas l’avantage, comme la fiscalité et la sécurité. Je le dis en amoureux du ballon rond : il vaut toujours mieux jouer à domicile qu’à l’extérieur.

Après les municipales, il y aura les élections européennes qui s’annoncent encore plus difficiles pour le PS…

Chacun doit avoir conscience de la gravité de la situation en Europe : un électeur sur quatre a voté pour l’extrême droite aux élections autrichiennes, et le chantage actuel de Berlusconi en Italie fait planer une menace sur la stabilité politique et financière du continent. La France doit reprendre l’initiative.

J’appelle de mes voeux une campagne offensive du PS. Si nous nous posons en sympathiques accompagnateurs d’une Europe à la dérive, nous serons emportés. Les socialistes doivent porter l’ambition de changer l’Europe.

Étiquettes: