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Interview dans "Les Echos"

N’est-ce pas gênant pour un gouvernement de gauche de faire plus de prélèvements sur les ménages que sur les entreprises ?

Il faut faire la différence entre les revenus des responsables d’entreprise et les marges de nos entreprises. Pour profiter à plein du hoquet de croissance apparu cet été et gagner la bataille contre le chômage, il nous faut articuler changement, stabilité et confiance. Cela passe par une restauration des marges de nos entreprises – le seul élément qui les convaincra d’investir et d’embaucher -, mais aussi par un signal en faveur du pouvoir d’achat des plus modestes. Au moment où la croissance américaine n’est pas encore au rendez-vous et où celle des pays émergents marque le pas, il ne faut absolument pas étouffer l’espoir qui se fait jour dans la zone euro, et singulièrement en France. C’est pour cela que, même si des efforts sont nécessaires pour rétablir les comptes publics et donc assurer notre indépendance vis-à-vis des marchés, nous devons soutenir la consommation des ménages.

Vous avez, très tôt, souhaité une « pause fiscale ». Le budget 2014 prévoit 3 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires. Etes-vous déçu ?

Une pause fiscale a été annoncée par le président de la République, et c’est heureux. Elle doit maintenant être concrètement et rapidement ressentie par les catégories populaires et les classes moyennes. C’est un enjeu de justice sociale, mais c’est aussi un moteur de consommation, et donc de croissance et d’emploi.

La semaine dernière, vous souhaitiez une baisse de la CSG pour les plus modestes. L’idée est abandonnée ?

Je suis partisan d’une mesure plus simple, plus claire et plus rapide. Le pouvoir d’achat, c’est la préoccupation de 2014.

Les écologistes qualifient de « très mauvais signal » le maintien des avantages fiscaux sur le diesel…

Il faut aller au bout de l’engagement du gouvernement : la fiscalité écologique ne doit pas être un impôt en plus. S’agissant du diesel, cela aurait été contre-productif pour les Français, qui ont été incités pendant des années à choisir ce type de voitures et pour l’industrie automobile, déjà fragilisée. C’est pourquoi je n’ai jamais été favorable à une hausse de la fiscalité sur le diesel. Cela nous oblige à accélérer la réflexion sur la place du diesel en France. C’est aussi une question de santé publique.

En vous écoutant, on croit entendre Laurent Fabius, qui déclarait en 1999 : « La gauche ne court pas beaucoup de risques d’être battue par la droite, mais elle peut l’être par les impôts et par les charges. »

La gauche ne peut être battue que par le chômage. Le seul critère d’imposition doit être celui qui permet de gagner la bataille de l’emploi. L’inversion de la courbe du chômage, c’est possible ! Une telle bonne nouvelle serait de nature à créer un choc de confiance dans le pays. Tous les efforts doivent être orientés dans ce sens.

Pour le reste, « impôt » n’est pas un gros mot : c’est la fiscalité qui finance la solidarité et la préparation de l’avenir. Je ne cesse de le dire, ce qui compte, c’est que nos compatriotes en aient pour leur argent.

La faible mobilisation contre la réforme des retraites vous fait-elle penser que le gouvernement a « réussi son coup » ?

Le gouvernement a trouvé un bon compromis entre la nécessité de financer le régime par répartition à court terme et la vision de long terme. Les Français ont conscience de l’urgence d’une réforme dès lors qu’elle préserve et consolide notre système de retraite par répartition.

Quelles évolutions souhaitez-vous dans le débat parlementaire ?

Je souhaite que le parlement améliore le texte du gouvernement sur trois aspects. Il va d’abord falloir être attentif à la situation des petits retraités. Il y a aussi la question des jeunes, que l’on ne doit pas laisser s’installer dans l’idée qu’ils pourraient être la génération sacrifiée. Sur la pénibilité, il faut aussi préciser les choses et trouver une solution pour que les personnes qui approchent de la retraite et ont effectué des travaux pénibles puissent mieux bénéficier du dispositif que nous créons.

La baisse de la production industrielle en juillet vous inquiète-t-elle ?

Non, car elle est surtout liée à la crise de l’automobile. Je crois au contraire que nous connaissons la rentrée de toutes les espérances. Regardez bien, il se passe quelque chose. La croissance frétille, les fonds d’investissement redécouvrent les charmes de la France et du Vieux Continent, nous connaissons la meilleure rentrée scolaire depuis dix ans, la courbe du chômage des jeunes commence à s’inverser… Il y a là de quoi recréer la confiance, à deux conditions. Evitons d’abord la triple lame « impôts, cotisations, taxes », et, d’autre part, assumons pleinement la confrontation européenne. Les pires théologiens des 3 % s’accordent aujourd’hui pour dire que l’austérité à tous crins est un danger pour la reprise. C’est déjà une première victoire politique. A nous de pousser notre avantage et de faire de l’Europe un levier d’investissement pour que la France et ses voisins soient au rendez-vous de la reprise.

Elsa Freyssenet et Etienne Lefebvre

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