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Convention du PS "Notre Europe": mon discours

Mes camarades,

Notre objectif, c’est de faire gagner l’Europe.

Et pour faire gagner l’Europe, il nous faut gagner les élections européennes de mai 2014.

Alors laissez-moi commencer par vous faire partager trois principes simples, clairs, qui nous rassemblent.

Un, être socialiste, c’est être européen.

L’Europe est consubstantielle à notre engagement militant, parce qu’elle est à la dimension historique et à l’échelle géographique de notre ambition socialiste. Les valeurs qui nous rassemblent, l’égalité, la solidarité, le progrès, ont aujourd’hui besoin de l’Europe pour se réaliser. Il n’y a aucune place au doute sur notre identité européenne, au risque de nous renier nous-mêmes.

Deux, notre adversaire, ce sont les droites conservatrices européennes.

N’ayons pas peur de la confrontation avec elles, nécessaire pour venir à bout du décrochage grandissant entre le chemin qu’elles font emprunter à l’Europe et les aspirations des peuples.

Trois, partant de là, je crois que nous partageons tous ici l’essentiel. Nous avons en commun l’analyse politique et la feuille de route qui doivent guider nos pas pour les mois qui viennent, et notamment pour aborder une campagne des élections européennes dont nous savons qu’elle sera rude.

Pour ces trois raisons, je crois que ce texte, arrivé très largement majoritaire, est un bon texte.

D’abord parce qu’un texte soutenu par une si grande majorité de militants socialistes est forcément un bon texte !

Aussi parce que ce vote est flanqué d’une participation bien au-delà de nos espérances. A l’évidence, « notre » Europe passionne plus que « leurs » primaires parisiennes…

Mais surtout, parce que je veux voir dans ce texte un « dénominateur commun »…

Pas le plus grand, certes.

Mais pas le plus petit, non plus.

Simplement le meilleur, parce qu’il nous rassemble autour de l’essentiel.

A nous maintenant d’en faire quelque chose, de rendre ce texte utile, en nous posant les trois seules questions qui vaillent : Où va l’Europe ? Où veut-on la conduire ? Comment faire ?

***

Où va l’Europe ?

On la dit souvent en crise. Je ne le crois pas.

Une crise est une convulsion. Or l’Europe donne davantage le sentiment d’être en proie à un lent processus de déliquescence. Une descente aux enfers de l’impuissance politique.

Entendons ce que nous disent les Français.

Les plus optimistes nous chuchotent à l’oreille leur doute quant à son utilité, son efficacité à faire face au chômage, à la récession.

Les plus pessimistes nous jettent à la figure leur certitude qu’elle est toxique pour les peuples, leurs acquis sociaux, leurs protections dans la crise.

Mes camarades, le péril, ce n’est plus l’euro-scepticisme. Il faut entendre la révolte et l’incompréhension qui agite les peuples européens et qui gagne une partie des Français.

Le péril, ce n’est plus seulement un vague doute sur la construction européenne, une faiblesse passagère de l’adhésion au projet européen.

Le péril, c’est l’euro-hostilité. C’est un mouvement de défiance contre une Europe qui non seulement échoue à protéger – nous en étions là en 2005 – mais encore qui creuse le gouffre dans lequel elle a plongé avec la crise économique et financière de 2008, qui applique une cure d’austérité sans se soucier des ravages causés dans les populations.

Autrement dit, l’Europe était perçue hier comme impuissante. Elle est aujourd’hui, à tort ou à raison, perçue comme responsable de nos maux.

Cela, mes camarades, c’est l’Europe « grandeur nature » pour bon nombre de nos concitoyens, notamment parmi nos électeurs.

Et nous, socialistes, nous, pro-européens, nous nous satisferions de cela ?

De regarder impuissants notre rêve européen se muer en un grand cadavre à la renverse ?

Et d’attendre, fébriles, de voir de quelle manière ces sentiments se traduiront dans les urnes au soir de l’élection ?

Je ne le crois pas, et je ne souhaite pas.

***

Alors, où voulons-nous conduire l’Europe ?

D’abord, il nous faut retrouver la fierté de porter le projet européen. Non pas dans une vision béate. Encore moins dans un « entre soi » auto-satisfait. Plutôt dans une démarche active, dans un compromis combatif.

L’Europe, cette grande malaimée, pour qu’elle renoue avec l’amour des peuples, doit devenir elle-même plus aimable et plus aimante.

Jamais les pères fondateurs n’auraient toléré de voir en l’Europe le simple expert-comptable de l’espace de paix qu’elle a rendu possible hier.

Le jour où nous consentons à réduire le projet européen à la simple quête esthétique de l’alignement d’une colonne de dépenses sur une colonne de recettes, ce jour-là, il n’y a plus de projet européen. Ce jour-là, il n’y a plus d’Europe.

L’Europe, c’est une conquête du quotidien. Et le grand défi des socialistes, c’est de la rendre plus protectrice, plus juste, plus forte. Plus solidaire, plus éclairée, plus à l’écoute des peuples. Plus sociale.

C’est d’en initier la réorientation. D’en faire un véritable fer de lance de la préparation de l’avenir, en y semant les mots éducation, recherche, innovation, développement durable. Démocratie.

***

Mes camarades, comment faire ?

En engageant simultanément deux grandes batailles : la bataille des idées et la bataille des projets.

Les idées, d’abord.

Oui, nous avons une confrontation politique à mener.

N’ayons peur ni des mots ni du principe. Assumons cela. Bloc contre bloc. Progressistes contre conservateurs. Gauche contre droite.

Et d’ailleurs, depuis quand, nous socialistes, avons-nous le bras qui tremble devant la perspective d’une confrontation politique ? C’est l’histoire de nos vies ! L’idée-même de notre engagement !

Gagner la bataille des idées, c’est faire voler en éclat ce que j’appelle le consensus de Bruxelles, ce mur idéologique que les droites européennes ont érigé en Europe pour imposer leur modèle économique et leurs intérêts nationaux : l’Europe austéritaire, l’Europe disciplinaire.

Ils vous diront que c’est une vérité économique. N’en croyez pas un mot : je dis que c’est un dogme. À la rencontre du libéralisme anglo-saxon et de l’ordo-libéralisme allemand.

Frontalement, nous devons opposer à cela notre propre vision européenne, qui est précisément celle des peuples : l’Europe de la croissance et de l’emploi.

Bataille des idées, mais aussi bataille des projets. Comment ?

J’ai une idée : en soutenant le président de la république ! En soutenant les initiatives qu’il prend depuis un an au nom de la France !

Mes camarades, ce n’était pas joué d’avance…

Souvenez-vous des cinq années que nous avons connues. Cinq ans durant lesquels Sarkozy a imposé pas à pas « l’alignement » comme ligne diplomatique, politique et économique de la France : il a commencé son quinquennat en caniche de Bush pour l’achever en allié soumis de Madame Merkel.

Ce temps-là est bel et bien révolu depuis l’élection de François Hollande. Allié n’est plus synonyme d’aligné. Ami n’est plus synonyme de soumis.

C’est grâce à cette réorientation de la position française que nous avons obtenu des avancées.

– Pacte de croissance de 120 milliards : certains disaient « ce n’est pas assez » ; je dis que c’est 120 milliards de plus que les zéro euros proposés par les droites européennes en faveur de la croissance. Et il y aura de prochaines étapes. C’est engagé.

– Infléchissement du positionnement de la banque centrale européenne : depuis le temps que nous reprochions à la BCE sa passivité tandis que les banques centrales de nos continents-concurrents intervenaient à leur guise pour muscler leur croissance ! C’est engagé.

– Gouvernance économique de la zone euro : voilà des décennies que nous, socialistes, réclamions un pilotage politique de l’Europe ! François Hollande est en train d’en dessiner les contours. C’est engagé.

– Plan de lutte contre le chômage des jeunes en Europe. Non, 6 milliards sur 7 ans, ce n’est pas suffisant. Mais la voie est ouverte : l’Europe, sous l’impulsion de la France, commence à poser son regard sur la jeunesse de ses peuples. C’est engagé.

Tout cela, ce sont des pas dans la bonne direction. Il faut confronter à la radicalité conservatrice des droites européennes une radicalité réformiste. C’est la condition pour aller jusqu’au bout de notre cheminement sur l’Europe que nous voulons.

Il faut à présent engager un nouvel acte de la construction européenne : c’est la définition d’un nouveau modèle de croissance solidaire et durable, adapté à la mondialisation ; c’est aussi une nouvelle offre démocratique, qui rapproche l’Europe de ses citoyens, à commencer, sans attendre un nouveau traité, par l’élection du prochain président de la Commission par le Parlement européen.

***

Mes camarades, j’en termine.

Les générations qui nous ont précédés nous ont légué la paix sur un continent déchiré par la folie meurtrière des hommes. Rien que cela…

Et nous ?

Et nous, que lèguerons-nous aux générations qui viennent ? Des excuses ? Des regrets ?

Quel projet de vie leur transmettrons-nous ? Le libre échange ? La loi du plus fort ?

Quelle perspective leur tracerons-nous ? Les efforts sans but ? Les sacrifices sans fin ?

Les seuls combats perdus d’avance sont ceux que l’on ne mène pas.

Alors, en avant.

Nous savons de quelle Europe nous voulons : l’Europe de la croissance pour le progrès. Et ce texte est le socle de notre rassemblement pour mener, derrière le président de la République, la bataille de la réorientation de l’Europe qui passera par les élections européennes.

Oui, j’ai la conviction que ce qui se jouera à travers ces élections, ce n’est pas seulement la future composition du Parlement européen, mais bien l’orientation de la construction européenne.

Cet avenir se prépare maintenant, et je sais que nous pouvons avoir ce débat aujourd’hui, pour arriver en rangs serrés dans la mêlée de la campagne qui s’annonce.

Ce moment venu, nous n’aurons pas le luxe de nous diviser. Je ne veux pas revivre 2002, et pas davantage 2005 : notre devoir,c’est de purger les débats aujourd’hui pour être unis demain.

L’avenir des socialistes, de la gauche, de 65 millions de Français et d’un demi-milliard d’Européens vaut bien cela.

Merci.

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