Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Interview à Libération: "Le Grand Paris a besoin d’une parole forte de l’Etat"

Président socialiste de l’Assemblée nationale, ancien président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone réunit ce soir élus et acteurs économiques autour du Grand Paris, vitrine potentielle de la transition énergétique et levier de croissaance. Une réunion qui intervient alors que le Sénat vient de rejeter la création d’une métropole du Grand Paris, proposée par le gouvernement. Interview.

Pourquoi le président de l’Assemblée nationale réunit-il ce soir en colloque des élus mais aussi de grands opérateurs urbains privés autour du Grand Paris et, plus précisément, de la transition énergétique ?

Le 6 mars dernier, le Premier ministre a confirmé le lancement du métro du Grand Paris. Avant cela, nous étions quand même passés par des périodes d’espérance et de désespérance, avec des hypothèses de coûts variables, voire des interrogations sur la réalisation du projet. Les arbitrages de Jean-Marc Ayrault ont donc marqué un vrai point de départ, avec l’annonce des 26 milliards sur vingt ans. Dans le même temps, le Premier ministre a bien précisé que le Grand Paris devait être un levier pour le logement, pour l’environnement et pour la croissance et l’emploi. Bon nombre de thèmes relatifs au Grand Paris vont être abordés à l’Assemblée nationale dans le cadre du débat sur la transition énergétique. Le Grand Paris est porteur aussi d’un message en direction des entreprises parce que ce sont celles du BTP qui vont construire le métro du Grand Paris, et les entreprises franciliennes en général qui vont le financer à travers la taxe sur les bureaux. Certes, il y a un financement de l’Etat et de la Région, mais ce sont les franciliens qui vont également le financer. D’ailleurs, cela permettra d’éviter certaines critiques qui consistent à opposer Paris à la province.

On a l’impression que le grand public n’a pas encore saisi les enjeux en terme de croissance, de transition énergétique…

C’est un problème, et je l’ai rencontré notamment en tant qu’élu de la Seine-Saint-Denis. Il ne faut pas qu’il y ait un écart de temps trop important entre l’annonce d’un projet, la mobilisation des acteurs économiques et la réalisation pour nos concitoyens. Regardez l’exemple de Clichy-sous-Bois : cela fait maintenant des années qu’on leur parle du débranchement du T4 (1). Et quand vous évoquez une réalisation pour dans 20 ans à des femmes et des hommes qui se posent la question de leur fin de mois, cela bloque tout investissement. Aux premiers coups de pioches, ces projets deviendront réalité pour les Franciliens.

Pourquoi consacrer ce premier colloque sur le Grand Paris aux effets sur la transition énergétique plutôt que sur la croissance ?

Dans les deux cas, nous parlons de la même chose : la place du super métro dans la lutte contre l’étalement urbain et la construction de logements pour arriver le plus possible à des bâtiments énergie zéro. C’est un colloque un peu « marabout-bout de ficelle » : nous avons les financements, nous allons avoir les infrastructures de transport et donc une nouvelle étape de l’aménagement de ces territoires. Tout cela va générer de la croissance et la création de dizaines de milliers d’emplois. Nous avons des entreprises majeures, privées comme GDF-Suez ou Veolia, publiques comme la SNCF ou la RATP, pour qui la ville et ses infrastructures de transport sont des leviers de développement. Au-delà, je veux réussir à convaincre les territoires qu’il n’y aura pas de croissance des autres métropoles françaises s’il n’y a pas équilibre et croissance de la région Ile-de-France. Aujourd’hui, Paris n’est plus en concurrence avec Marseille, Lyon, Lille, Nantes ou Strasbourg. Paris est en concurrence internationale. Plus nous réussirons à rendre solide et solidaire le Grand Paris, plus ce sera vertueux pour les autres métropoles.

Justement, venons-en au débat autour de la loi sur l’affirmation des métropoles, qui est en train de se dérouler au Sénat. Avec le vote d’un amendement de suppression des articles qui organisaient la métropole de Paris, ça démarre mal…

Sans doute. Mais dans le même temps, ce vote n’est pas une surprise. J’ai eu l’occasion de le dire à Jean-Marc Ayrault et à Marylise Lebranchu : s’il existait une solution évidente pouvant être portée par le consensus des élus, nous l’aurions mise en œuvre depuis longtemps. Je ne fais pas l’impasse sur les citoyens, les élus, les acteurs économiques, mais s’il y a un endroit où l’on a besoin de la parole de l’Etat, c’est bien en Ile-de-France. Pourquoi est-ce la région la plus en retard sur les agglomérations ? Celle où il y a le plus d’inégalités ? Celle où l’on a toujours eu du mal à parler de péréquation ? Regardez Paris Métropole : cette initiative institutionnelle utile s’est totalement bloquée au moment où l’on a commencé à parler réellement de ces sujets. Tant qu’il s’agissait de faire de la philosophie, tout le monde était d’accord. Mais le passage à une étape supérieure du projet a montré la difficulté à trouver entre tous les élus, de gauche comme de droite, de réelles convergences.

Le projet qu’a présenté Marylise Lebranchu n’était pas cette parole forte de l’Etat ?

Je le répète, aujourd’hui, s’il n’y a pas une volonté forte de l’Etat pour accompagner les élus, rien ne se fera. Il y a toujours une bonne raison pour s’opposer à une péréquation sociale et spatiale. Dans le Val-de-Marne, les communistes font valoir qu’ils sont attachés à l’un de leurs derniers départements. Dans les Hauts-de-Seine, les élus font valoir que la collectivité vit confortablement et qu’il n’y a pas de raison que ça change. La grande couronne craint, et il faut l’entendre, de vivre une subordination si l’on fédère le centre… Le risque est d’aboutir à une augmentation de l’épaisseur du « millefeuille ».

Et l’on est parti pour ça avec le projet gouvernemental ?

Nos réponses institutionnelles doivent toujours être lisibles par nos concitoyens. C’est la seule préoccupation qui doit nous animer.

Si la loi métropoles n’était finalement pas adoptée par le Sénat, le gouvernement pourrait-il faire de ce refus une occasion de revoir totalement sa copie sur le Grand Paris ? En particulier, l ‘idée de la fusion des quatre départements centraux, que vous avez défendue, ne pourrait-elle pas refaire surface ?

Je ne veux pas, pour l’instant, parler de cela. Oui, j’ai été l’un des premiers à évoquer ce sujet en ma qualité de président du conseil général de Seine-Saint-Denis. Ce n’était pas ma tendance au départ mais j’ai finalement pris position au regard de la réalité économique et sociale. J’ai proposé ceci : prenons le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et Paris, et allons vers une seule collectivité. Tout en ayant un focus plus large sur le bassin parisien que j’ai appelé le « périmètre des cathédrales ». Des personnes viennent d’Amiens, de Reims, de Chartres, de Beauvais, pour travailler à Paris. Mais je ne veux pas accentuer les blocages en rouvrant aujourd’hui ce dossier. Nous aurons tous, le gouvernement, la région, les départements, les agglomérations et les communes, à nous demander si seule la loi du marché – foncier, locatif, d’accession à la propriété – est le moteur de l’aménagement de l’Ile-de-France. Le PIB de la région Ile-de-France représente une formidable locomotive pour le PIB national. Quelle que soit la sympathie que je peux avoir pour bon nombre d’élus, de droite comme de gauche, l’addition des petits intérêts n’est pas l’intérêt général.

On ne peut pas non plus demander aux élus d’être plus vertueux que l’Etat et le projet de métropole parisienne de Marylise Lebranchu n’est pas d’une lisibilité extrême…

Il faut que nous utilisions le débat qui a eu lieu au Sénat comme une prise de conscience collective. On sait maintenant à quels blocages identitaires, si l’on peut dire, on aboutit quand on ne sent pas une obligation de réussir. Les débats ont été la compilation de toutes les inquiétudes, dont celle de la province qui continue à avoir des craintes par rapport à Paris. C’est un vieux débat en France. Je crois que c’est un faux problème : s’il n’y a pas de retour de la croissance en région Ile-de-France, quel investisseur s’installera en France ?

Ce vote de rejet est-il un mauvais signal pour l’extérieur ?

Un colloque comme celui qui a lieu ce soir peut être une des étapes du déblocage parce que les acteurs économiques ont saisi de quoi il était question. Maintenant, il faut les rassurer. Bien souvent, en France, dans une tradition jacobine, il faut que l’Etat montre qu’il croit dans un projet pour que les investisseurs puissent s’y installer. Il y a désormais la prise de conscience que le Grand Paris va se faire. Mais tous les représentants de l’Etat, tous les outils dont dispose l’Etat doivent maintenant réellement être mobilisés aux côtés de la Région car il faut accélérer la fabrication de ce cercle vertueux.

(1) Soit 4 kilomètres de tramway permettant le désenclavement de Clichy-Montfermeil.

Étiquettes: