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Interview dans Le Figaro

INTERVIEW – Le président de l’Assemblée se dit opposé à la publication du patrimoine des élus, qui s’apparenterait à du «voyeurisme».

LE FIGARO. – Les mesures en faveur de la moralisation de la vie politique seront-elles suffisantes pour calmer les esprits?

Claude BARTOLONE. – Le président de la République a annoncé de bonnes mesures, notamment pour lutter contre la fraude fiscale et la délinquance financière. C’était indispensable. Mais je vais être franc, je suis réservé quant à la publication du patrimoine des élus. La dérive individuelle de M. Cahuzac ne doit pas déboucher sur une culpabilité collective. Je mets en garde contre toute initiative qui viendrait alimenter le populisme. Déclarer, contrôler, sanctionner, c’est de la transparence. Rendre public, c’est du voyeurisme. L’émotion d’un moment ne doit pas aboutir à ce que les députés soient jetés en pâture. La France compte des milliers d’élus. Des gens modestes, honnêtes, qui travaillent parfois bénévolement, font des sacrifices. Ne leur faisons pas payer la faillite morale d’un homme. Le Parlement aura à dire son mot sur ce texte.

Faut-il renforcer le contrôle du patrimoine des élus?

Il faut bien évidemment qu’il y ait des contrôles réguliers sur le patrimoine des élus. La création d’une haute autorité est une avancée à saluer. Cela s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique déjà engagée au Parlement. Dès mon élection à la présidence de l’Assemblée, j’ai fait adopter une baisse de l’IRFM (les frais de mandat des députés, NDLR), mis en place la totale transparence sur la réserve parlementaire, fait certifier nos comptes par la Cour des comptes, gelé le budget pour cinq ans et engagé un travail sur les lobbys avec le vice-président de l’Assemblée, Christophe Sirugue. Mais cela n’aura jamais de fin! Il y a même un leader d’extrême gauche qui propose que les parlementaires soient payés au smic…

Êtes-vous favorable au non-cumul entre un mandat parlementaire et une activité professionnelle?

Je comprends qu’il puisse y avoir des difficultés quand on voit des parlementaires qui cumulent leur activité professionnelle, celle d’avocat d’affaires notamment, avec leur mandat. C’est pour cela que j’ai chargé Noëlle Lenoir, la déontologue de l’Assemblée, d’un travail sur les conflits d’intérêts il y a déjà plusieurs mois. Mais il faut aussi être attentif au fait qu’une telle évolution n’aboutisse pas à un profil uniforme de parlementaire. Si certaines interdictions doivent être prononcées, il faut aussi permettre la diversité des parcours professionnels sur les bancs de l’Assemblée.

Faut-il légiférer sur le parjure?

Aux États-Unis, les élus prêtent serment sur la Bible – ce qui n’a jamais empêché certains de mentir. Nous avons une situation qui n’est pas comparable en France. En revanche, dans le cadre d’une commission d’enquête, si la personne auditionnée ment, elle est passible de poursuites devant les tribunaux. Je ne crois pas que c’est un fonctionnement qui pourrait être accepté au quotidien dans l’Hémicycle.

Que peut apporter la création d’un parquet financier?

Que l’État se donne enfin les moyens de lutter contre l’évasion fiscale est une bonne nouvelle pour le contribuable. Et que cela s’inscrive dans une vision européenne est une façon de renouer avec certaines valeurs fondatrices de l’Europe.

Vous avez, parmi les premiers, remis en cause le dogme du déficit ramené à 3 % en 2013. Faites-vous toujours la même analyse?

Je reste sur cette position. Jamais un pays ne tombera amoureux d’un pourcentage ou d’un équilibre budgétaire. Les Français ont besoin de savoir à quoi servent leurs efforts. Je me sens conforté par le dernier rapport de la Cour des comptes qui fait la différence entre le déficit structurel et le déficit effectif. Nous devons être capables de faire des économies jugées nécessaires et pour autant être attentifs à la situation de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal qui, compte tenu des efforts qui ont été demandés, approfondissent en réalité la crise.

Quel rôle doit jouer l’Europe aujourd’hui?

La question posée, c’est celle de la réorientation de la politique européenne. Il ne faut pas confondre l’amitié franco-allemande avec l’amitié politique que nous aurions avec Angela Merkel. Ce sont deux choses différentes. Les générations qui nous ont précédés ont bâti l’Europe de la paix. La nôtre a fait l’Europe de la monnaie. Aux suivantes de construire l’Europe du progrès. Cet acte III de la construction européenne passera forcément par une «tension amicale» avec Angela Merkel, un bras de fer politique. Assumons-le.

Le retour de Jérôme Cahuzac à l’Assemblée est juridiquement possible. Est-il envisageable?

J’ai fait entendre la voix du président de l’Assemblée nationale car dans cette affaire il y a le texte et le contexte. Le texte dispose que si M. Cahuzac n’envoie pas de lettre de démission, il redeviendra automatiquement député le 19 avril. Mais il y a le contexte. Il faut qu’il prenne en compte la charge symbolique que représente son mensonge dans l’Hémicycle. Il y a une forme d’expression sacrée dans un endroit sacré. Le contexte interdit son retour. S’il voulait prétendre redevenir député, il faudrait qu’il retourne devant ses électeurs.

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