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Colloque « Les sources contemporaines de l’antisémitisme »

Ce lundi 18 février 2013, je participais aux conclusions du colloque « Les sources contemporaines de l’antisémitisme » organisé par le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme dans la salle Victor Hugo de l’Assemblée nationale. À cette occasion, des journalistes, des politologues, des experts, des économistes, des représentants de différents cultes et des acteurs de la Justice ont pu débattre de l’antisémitisme en France et des moyens à mettre en place pour le combattre.

Vous trouverez le programme du colloque en cliquant sur ce lien.

Et mon discours :

Messieurs les Présidents et Vice-présidents,
Monsieur le Procureur de la République, Messieurs les Professeurs,
C’est une grande joie pour moi de vous accueillir, ici, à l’Assemblée nationale, dans cette salle Victor Hugo.

Cher Sammy Ghozlan, merci d’avoir été à l’initiative de cette manifestation.

Chers amis, je dois vous l’avouer : je suis, aujourd’hui, empli à la fois d’incompréhension et d’espoir.

D’incompréhension, car je ne peux comprendre que 70 ans après la Shoah, le feu de l’antisémitisme ne soit toujours pas éteint… et qu’il puisse, à nouveau, embraser notre histoire.

Je ne peux comprendre que pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, des enfants français aient pu être assassinés, l’année dernière, dans notre pays, parce qu’ils étaient juifs.

Je ne peux comprendre que 70 ans après que la nuit se soit abattue sur le monde, nous assistions au retour de tant de vieux préjugés qui ont fait le lit de l’horreur et de la haine.

Oui, chers amis, face à ce triste bégaiement de l’histoire, je suis empli d’incompréhension.

Ce que je comprends, en revanche, c’est l’inquiétude de nos compatriotes de confession juive. Ce que je comprends c’est l’inquiétude de parents pour la sécurité de leurs enfants, l’inquiétude de nos concitoyens pour la sécurité de leur famille, et pour leur propre sécurité.

Je comprends cette inquiétude, car elle ne repose pas sur un fantasme. C’est un fait : les actes antisémites, commis dans notre pays ont augmenté. De 45% sur les huit premiers mois de l’année passée.

Et les crimes odieux commis en mars dernier, loin de mettre un terme aux manifestations de haine, n’ont fait que les renforcer.

Pour autant, je suis aussi, chers amis… empli d’espoir.

Empli d’espoir, lorsque je pense à ce moment de la campagne présidentielle, pendant lequel tous les Français se sont réunis autour des victimes de Toulouse, faisant bloc face à nos ennemis.

Empli d’espoir, lorsque j’entends le Président de la République ériger la protection des juifs de France en cause nationale.

Empli d’espoir, lorsque j’entends le ministre de l’Intérieur affirmer que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sera intraitable.

Empli d’espoir, lorsque je vous vois tous ici, devant moi, dans la maison des représentants de la Nation.

Oui, je suis empli d’espoir, car je sais que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour lutter contre l’antisémitisme.

Nous ne le ferons pas simplement pour nos compatriotes juifs.

Nous le ferons pour la République et pour la France.

***

Nous le savons : l’antisémitisme n’avance que là où la République recule.

L’antisémitisme ne règne que lorsque la République abdique.

Ce n’est pas un hasard si en 1940, le régime de Vichy a décidé de mener, au moment même où il instaurait un statut des juifs, une lutte acharnée contre les écoles normales d’instituteurs, contre les syndicats, et tout ce qui faisait la République.

De même, ce n’est pas un hasard si le fanatique qui a récemment assassiné de jeunes enfants juifs, avait, quelques jours auparavant, tué froidement deux de nos soldats, au seul motif qu’ils s’étaient engagés à défendre leur pays et ses valeurs.

A l’inverse, notre histoire nous l’enseigne : lorsque la République est forte, l’antisémitisme est faible.

Je pense à la révolution française, qui a consacré le principe selon lequel « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuse, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Cette même révolution française, dont le rabbin de Nîmes, lors d’un service célébré dans sa synagogue à l’été 1889, a dit : « c’est notre sortie d’Egypte. C’est notre Pâques moderne ».

Je pense aussi à l’affaire Dreyfus et à son rôle fondateur dans l’histoire républicaine.

Cette affaire, c’est une exception française. Non pas en raison de l’antisémitisme virulent dont elle est le symptôme, et qui régnait alors partout en Europe.

L’exception française, c’est que le destin de ce jeune capitaine est devenu le destin de notre pays.

Que l’affrontement des dreyfusards et des antidreyfusards a redessiné notre paysage politique et notre histoire.

Et qu’après douze années d’une lutte acharnée, le droit et la République ont, enfin, triomphé.

Depuis ce jour, nous le savons : là où la République triomphe, l’antisémitisme périt.

Au fond, la lutte contre l’antisémitisme, est un combat pour la France.

Parce que lorsqu’une composante de notre pays est touchée, c’est notre pays qui vacille.

Les juifs de France portent en eux, comme chacune des familles de notre patrie, un fragment de notre histoire et de notre identité.

C’est pour cette raison que tout acte antisémite commis sur notre territoire est un acte antifrançais. Que tout meurtre antisémite est un meurtre antifrançais.

Et parce que c’est la communauté française qui est aujourd’hui meurtrie dans l’une de ses composantes, c’est à la communauté française de combattre, dans l’unité, l’antisémitisme.

***

Combattre l’antisémitisme, c’est d’abord le dénoncer sous toutes ses formes, quel que soit son visage.

On le sait, l’antisémitisme ne cesse de s’adapter pour mieux séduire. Il s’est mis au parfum de l’époque. Il tchate sur Internet, il twitte sur les réseaux sociaux et n’hésite pas aller sur Facebook pour recruter de nouvelles têtes.

Oui, l’antisémitisme a muté. Cette conférence, aujourd’hui, nous permet d’en cerner un peu mieux le visage.

A l’antisémitisme des années 30, a succédé un antisémitisme nourri de fondamentalisme religieux. Un terrorisme, celui-là même qui a sauvagement assassiné des enfants sur notre territoire.

Un antisémitisme qui dévoie une religion que tant de nos compatriotes pratiquent, dans la paix et le respect.

Les mots ont un sens.

L’Islam est une grande religion.

Et l’Islamisme, une grande profanation. Parce qu’il bafoue les valeurs et les principes de l’Islam.

Parce qu’il bafoue les valeurs de millions de Français, qui ne se sont jamais reconnus dans l’islamisme et qui ne s’y reconnaitront jamais.

Ces musulmans de France, ces héritiers de l’Islam des Lumières. Ces millions de nos compatriotes qui souffrent aujourd’hui d’être stigmatisés et d’être assimilés à tout ce qu’ils exècrent.

L’enjeu pour notre pays, n’est pas de savoir si l’Islam est compatible avec la République.

Des millions de Français l’ont déjà prouvé. Et cela depuis si longtemps…

Je le dis ici : affirmer l’inverse c’est faire le jeu des islamistes. C’est abandonner des millions de nos concitoyens qui croient en leur religion et en leur pays.

L’enjeu pour la République, c’est au contraire, d’affirmer aujourd’hui, haut et fort, que l’Islam n’a rien à voir avec l’islamisme et avec cet antisémitisme qui en est le fruit.

***

Mais à côté de cet antisémitisme nourri de fondamentalisme religieux, il existe aussi un autre antisémitisme. Un antisémitisme qui au lieu de marcher au grand jour, avance tapi dans l’ombre.

Un antisémitisme qui n’assume pas son nom et préfère se cacher derrière un apparent antisionisme.

Un discours, plein de fureur et d’amalgames, qui ouvre la porte à tant de haine et de violences.

***

A la plasticité de l’antisémitisme, doit répondre, aujourd’hui, l’intransigeance de la République.

Tous les pouvoirs publics sont d’ores et déjà mobilisés.

Le gouvernement présentera prochainement, un plan d’action contre le racisme et l’antisémitisme. On ne peut que s’en féliciter.

Le Parlement veillera à ce que ces engagements soient remplis, et à ce que tout soit fait pour que la sécurité de nos compatriotes soit pleinement assurée.

Comme chacun des députés de la Nation, soyez certain que j’y veillerai personnellement car ce combat est au cœur de mon mandat.

Je l’ai dit le jour de mon élection en tant que Président de l’Assemblée nationale. Je le redis aujourd’hui devant vous : la défense et la promotion des valeurs républicaines, tel est mon projet.

A ce titre, la lutte contre l’antisémitisme et le racisme a été et sera toujours pour moi une priorité.

Comment combattre l’antisémitisme ?

Combattre l’antisémitisme, c’est d’abord ne pas le sous-estimer. C’est refuser de passer sous silence la moindre de ses manifestations. C’est dénoncer, fermement, toutes ses formes d’expression.

A ce titre, je souhaite saluer ici le remarquable travail accompli par Sammy Ghozlan, ainsi que par les Conseil des Communautés Juives et le Bureau de Vigilance Contre l’Antisémitisme.

Combattre l’antisémitisme, c’est aussi ne jamais l’excuser : nul motif politique, religieux, ou sociologique ne saurait justifier ou même atténuer la violence d’un acte antisémite.

Combattre l’antisémitisme, c’est le combattre sur tous les fronts, quel que soit le lieu où il a choisi de s’exprimer. Nous le savons : notre tâche ne sera pas simple, en particulier lorsqu’il se répand sur Internet depuis des sites basés à l’étranger.

Combattre l’antisémitisme, c’est veiller à ce que les horreurs du passé ne tombent pas dans l’oubli. C’est continuer à remplir notre devoir d’éducation et de Mémoire. C’est mettre l’Histoire au service de l’avenir.

Certes, l’Histoire ne se répète jamais tout à fait. Cependant, elle nous enseigne que même l’inimaginable est envisageable, que ce que l’homme peut faire à l’homme n’a pas de limite, et que toute compromission vis-à-vis de l’intolérance engage notre responsabilité individuelle et collective.

Combattre l’antisémitisme, c’est refuser de voir le peuple français se diviser au nom de guerres qui ne sont pas les siennes.

C’est refuser que le conflit israélo-palestinien devienne un produit d’importation. C’est refuser de lire l’antisémitisme comme un acte de rébellion.

Enfin, combattre l’antisémitisme, c’est renforcer le sentiment d’appartenance à notre Nation.

Car, qu’on se le dise : rien ne sera jamais plus efficace pour combattre les forces de l’ombre que l’amour de la France. Et que la foi inébranlable de nos concitoyens en la puissance de ses principes.

***

Voilà, chers amis, les batailles qui nous appellent. Voilà les combats que nous allons mener.

Nous le ferons pour l’unité de notre pays et l’avenir de nos enfants.

Nous le ferons pour que tous les juifs de France puissent pleinement vivre leur identité.

Je tiens, ici, à le dire solennellement : oui, l’identité des juifs de France sera pleinement préservée.

Non pas simplement parce que la communauté juive de France est la plus grande communauté juive d’Europe. Non pas simplement parce que la communauté juive de France est la troisième communauté juive du monde.

Mais parce que sans cette part d’identité juive, sans cette part de son passé, de son présent, de son avenir : la France ne peut être grande.

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