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Interview dans Le Parisien

Le marathon sur le mariage pour tous s’est enfin achevé après cent heures de débats. Qui a gagné ?

Claude Bartolone. L’opposition avait déposé 5300 amendements. C’est de bonne guerre de vouloir gagner la bataille de l’opinion et ils ont mené un vrai combat parlementaire. Mais ils ont pris un risque : lequel de leurs dirigeants osera inscrire dans son programme « j’abrogerai le mariage pour tous » lors de la prochaine campagne présidentielle? Aucun! Les conséquences sont très bénéfiques pour la majorité : pour les socialistes, cela a été un débat identitaire, notamment pour les nouveaux députés qui ont compris qu’ils n’étaient pas là simplement pour être des « experts comptables de la République » mais plutôt pour faire bouger la société. On s’est aussi retrouvés avec les écologistes et les communistes sur ce texte sociétal alors que nous avions eu des désaccords avec eux sur d’autres sujets.

Vous avez présidé 90 heures sur 109 et même été salué par la droite. Avez-vous parfois été choqué par certains échanges ?

Il a fallu être solide! J’ai été très touché par la reconnaissance des députés de tous les bancs, et je salue le travail de mes vice-présidents. Il y a eu une alchimie. Pourtant, c’était risqué. Ça pouvait déraper à tout moment. Il y a eu quelques mots, c’est humain. Ce qui m’a choqué, c’est la volonté qu’il y avait d’affaiblir Christiane Taubira. Elle leur a montré son talent. Elle les a bluffés! Dans la nuit de dimanche à lundi, il y a eu une panne de chauffage à l’Assemblée. Elle était emmitouflée dans son châle, recroquevillée, fatiguée. Quand je lui ai donné la parole, soudain elle s’est levée, a écarté sa couverture, on avait l’impression qu’elle déployait ses ailes!

Des centaines de tweets ont ponctué les débats. Faut-il les interdire ?

Non. Seulement fixer la règle du jeu pour éviter les mots qui blessent. Interdire les tweets serait aussi idiot que de combattre l’invention de l’imprimerie par peur des livres diffamatoires.

Selon certaines informations, la France aurait commencé à verser une rançon de 17 M€ pour récupérer ses otages… C’est choquant ?

Je ne peux imaginer un seul instant que cette rumeur soit fondée. Ce sont les rançons versées ces dernières années qui ont permis aux terroristes et aux narcotrafiquants de s’armer et d’attirer dans leur camp une partie de la population. Ce serait donc une faute de payer une rançon qui ferait de surcroît de tous les Européens dans la région des cibles.

Le bénéfice politique que François Hollande retire de l’intervention au Mali est-il durable ?

Le regard des Français a changé sur le président de la République. Il est entré totalement dans les habits du chef de l’Etat. Les événements révèlent les personnalités. Nos concitoyens découvrent le sang-froid, l’autorité et le sens de l’Etat de François Hollande. Cela va rendre plus apparent le partage des tâches entre le président et le Premier ministre.

Justement, où est passé Jean-Marc Ayrault ?

La nouvelle dimension prise par le président de la République va accentuer le rôle de chef de la majorité du Premier ministre. La majorité parlementaire va prendre ses responsabilités et montrer sa solidité. Après le mariage pour tous vient le temps de l’emploi pour chacun. Avec des textes comme compétitivité-emploi, la transposition de l’accord entre les partenaires sociaux, la loi bancaire et le débat sur la transition énergétique, nous allons montrer que nous ne sommes pas là seulement pour gérer la crise mais pour préparer la sortie de crise et faire entrer la France dans le nouveau monde.

Faut-il changer le mode de scrutin des élections européennes prévues en 2014 ?

Ma position n’est pas arrêtée. Et d’ailleurs, ce n’est pas le mode de scrutin qui éloigne les Français de l’Europe, mais plutôt le sentiment que l’Europe s’éloigne d’eux…

Le Front de gauche espère profiter des européennes pour doubler le PS. Vous y croyez ?

C’est davantage un slogan publicitaire de préparation de congrès. Souvenez-vous, pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon jurait déjà qu’il arriverait devant François Hollande…

Est-il encore possible de conclure des accords électoraux avec le PCF pour les municipales ?

Je suis partisan du rassemblement, mais dans la clarté. Je ne crois pas aux additions de suffrages ou aux unions à la carte. Pour qu’il y ait accord électoral dans une ville, il faut que les partis qui le signent partagent l’essentiel du projet de société. C’est au PCF de choisir : on ne pourra pas venir demander les voix des socialistes pour maintenir des municipalités communistes tout en ayant comme seul objectif d’affaiblir le président de la République et le gouvernement. Cherchons d’abord à nous retrouver les uns et les autres, en assumant nos différences, dans une vision politique commune, et nous verrons bien…

Pour Harlem Desir, le non-cumul des mandats doit s’appliquer dès 2014. Vous dites que c’est impossible avant 2017. Pourquoi ?

La fin du cumul est inéluctable et va apporter de l’oxygène à la vie politique. J’ai d’ailleurs cédé mon mandat de président de département sans que la loi m’y oblige. Mais attention aux conséquences : pas de mini-dissolution en 2014! La France a besoin de stabilité et de confiance. Nous serions des irresponsables si nous décidions de provoquer dès l’année prochaine des législatives partielles aux quatre coins du pays. Ni précipitation ni punition : la fin du cumul doit être réfléchie et assortie d’un renforcement du rôle du Parlement.

Le tribunal de Nanterre vient de vous donner raison sur les emprunts toxiques. Soulagé ?

Heureux! Quatre ans que je mène ce combat contre les « subprimes à la française »… C’est une victoire du politique sur l’économie casino. Cette décision de justice est un espoir pour plusieurs milliers de collectivités locales qui peuvent désormais envisager plus sereinement l’avenir.

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