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Interview dans Libération

J’ai répondu aux questions de Libération, l’interview est disponible dans l’édition en date du 7 février.

Limitation des mandats, droit de vote des étrangers, déficits : le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, démontre sa liberté de pensée et de ton.

Par LAURE BRETTON, JONATHAN BOUCHET-PETERSEN

Depuis une semaine, Claude Bartolone est scotché à son perchoir de l’Assemblée nationale. Président au long cours du débat parlementaire sur le mariage pour tous, le plus houleux de ce début de quinquennat. Troisième personnage de l’Etat mais libre, contrairement aux ministres, de toute solidarité gouvernementale, «Barto» se plaît à jouer les aiguillons de la majorité.

Le marathon parlementaire sur le mariage pour tous va-t-il servir de ciment à la majorité ?

Pour nous, c’est un texte qui tombait bien, c’est une bataille identificatrice. Je le dis souvent, mais quand la gauche arrive au pouvoir, c’est que ça va mal. S’il n’y avait pas eu de crise, s’il n’y avait pas eu de chômage, Sarkozy serait encore président. Quand la gauche est arrivée au pouvoir, il pouvait très vite s’installer l’idée que nous n’étions là que pour réparer, que nous n’étions que les nouveaux experts comptables de la République. Avec le mariage pour tous, nous montrons aussi la société nouvelle que nous voulons. Je ne peux pas vous dire que je me sentais bien dans mes baskets pendant les premières semaines. Je disais au Président : «Comme vendeurs, on n’est pas très bons.» Mais, avec le pacte de compétitivité, l’accord entre partenaires sociaux et ce texte, je crois que nous avons mis en place les fondamentaux du changement.

Ce texte a-t-il répondu à un besoin de fierté chez des députés PS ?

Ce texte a été bénéfique à la gauche dans son ensemble. Jamais Marie-George Buffet (Front de gauche) n’a été autant applaudie par les socialistes. Ça a été la même chose pour les Verts. Nous avons mené un combat commun.

Quel bilan personnel en tirez-vous ?

Je ne veux pas jouer le faux modeste, je sais que les députés socialistes sont fiers de ma présidence, et je sais qu’à droite ils sont satisfaits aussi.

Cela peut-il vous aider à mieux faire passer le non-cumul des mandats auprès des élus réfractaires ?

Les députés m’écoutent, alors aujourd’hui je leur dis : « Attention, vous ne pourrez pas aller devant le peuple français défendre le cumul des mandats, donc acceptez une sortie par le haut » : même règle pour tous les parlementaires – députés et sénateurs -, pas de seuil d’application en fonction de la taille de la ville pour éviter la surreprésentation de la ruralité. Et surtout, pour éliminer tout risque de mini-dissolution, un élu renonçant à son siège de député doit être remplacé automatiquement par son suppléant. Comme cette évolution nécessite une révision constitutionnelle, le non-cumul ne pourra pas s’appliquer d’ici les municipales. Notre contrat avec les Français sera de l’appliquer en 2017.

Avez-vous définitivement renoncé à un référendum sur le droit de vote des étrangers ?

Un référendum perdu sur le sujet, c’est l’assurance d’un enterrement définitif. Je veux qu’on convainque jusqu’au bout les élus des territoires urbains où il y a une population issue de l’immigration importante en leur disant : « Prenez vos responsabilités devant vos électeurs. » Il faut en finir avec la peur des musulmans. Si tous les immigrés qui sont en situation de pouvoir voter s’inscrivaient sur les listes, cela représenterait 4% du corps électoral au maximum. Mais nous avons besoin de ce symbole pour leurs enfants, qui sont français. Ce n’est pas une question d’intégration mais bien d’égalité républicaine.

Auront-ils le droit de voter lors des municipales de 2014 ?

Ça me paraît difficile. Toute nouvelle règle électorale doit être connue un an avant un scrutin, soit dans deux mois.

Certains députés pointent le risque d’un embouteillage parlementaire. L’Assemblée pourrait-elle siéger jusqu’en août ?

Oui et s’il le faut, on recommencera dès le 1er septembre en rognant sur la pause estivale. Nous ferons des choix, mais je ne veux pas que le calendrier parlementaire serve d’excuse pour affaiblir le besoin de changement.

Vous avez été le premier à remettre en cause l’objectif des 3% de déficit, mais le gouvernement ne vous suit toujours pas…

On ne peut pas agir comme si la crise n’était pas là. D’autant plus que je suis persuadé que même pour ces satanés marchés qui nous observent à la loupe, ce qui est important, c’est notre trajectoire. Le pacte de compétitivité ou l’accord entre partenaires sociaux compteront beaucoup plus qu’une question de pourcentage. Autour de nous, de François Baroin au FMI, ils sont en train de constater que trop de rigueur provoque la rigueur. On ne va pas sacrifier la construction de l’avenir. Les Etats-Unis se réindustrialisent, de nouveaux pays apparaissent sur la scène économique : la Thaïlande va cette année produire autant de voitures que la France. Et nous, nous en resterions à une approche sacrifiant l’avenir ? Assouplir cette règle des 3%, c’est une sommation qui ne s’adresse pas au gouvernement, mais à l’Europe. Elle s’est construite sur la communauté du charbon et de l’acier. Sur Mittal ou Petroplus, on n’a pas eu d’approche européenne, alors que le charbon et l’acier d’aujourd’hui, ce sont la sidérurgie et le pétrole.

On serait passé de «trop d’Europe» à «pas assez d’Europe» ?

On ne peut plus simplement commémorer ou célébrer l’Europe, il est de nouveau temps de préparer. Dans ce moment de doute, il y a enfin la place pour un discours volontariste.

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