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Hommage à Joseph Di Martino

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Cher Tony,
Chère Claudine,

Une voix chaude, au timbre chantant, s’est éteinte. A pas lents, une silhouette s’éloigne, sans ses habituelles accolades et embrassades, sans adieu ni au revoir.

Dans la nuit du 4 février, Joseph DI MARTINO nous a quittés.

Sa famille a perdu un être cher, ses proches un ami, les socialistes un camarade… et c’est tout Bagnolet qui pleure l’une de ses grandes et belles figures.

Pour moi, il n’y a pas d’honneur plus cruel que celui qui me porte aujourd’hui à célébrer sa mémoire.

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Et pourtant, en ces heures si tristes, je me souviens de ses yeux malicieux, de ses tapes amicales, de ses colères grondantes qui pouvaient être suivies d’un rire éclatant.

Oui, Joseph était un ami…. un ami avec lequel nous avons beaucoup partagé, un ami sans lequel mon parcours politique aurait probablement été tout autre.

Je veux parler de ce qui restera, pour nous, un acte fondateur : l’acte fondateur d’une amitié, l’acte fondateur d’un destin. Soyez en sûrs, s’il est bien une anecdote qui doit faire sourire Joseph, c’est bien celle-ci !

C’était il y a un peu plus de 30 ans ! François Mitterrand venait d’être élu président la République, et j’avais été propulsé candidat aux élections législatives, « pour la forme » comme on disait à l’époque.

Notre défaite était annoncée…cela était écrit : cette circonscription était imprenable. Pourtant, plus le scrutin approchait, plus nous ressentions les effets de ce que l’on appellera, plus tard, « la vague rose ». Nous pensions possible une victoire qu’aucun n’aurait pu imaginer.

Cette histoire beaucoup la connaisse.

C’est l’histoire de la vigilance, c’est l’histoire d’un homme… d’un méditerranéen au tempérament bien trempé, c’est l’histoire d’une poignée d’amis capable de renverser des montagnes.

Sans l’aide et la prudence de Joseph, sans ce coup du destin, je n’aurais probablement pas fait mon entrée à l’Assemblée nationale.

Jamais… Jamais, je n’oublierai cette épopée de 1981, où nous avons fait nôtres ces paroles de Jaurès : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ! »

**

Joseph,

1981, c’est aussi ton histoire…. toi qui avais créé, 10 ans plus tôt, la section socialiste de Bagnolet.

J’ai encore en mémoire cette manière passionnée avec laquelle tu racontais l’élection de François Mitterrand.

C’était « ton » 10 mai 1981.

Tu avais 46 ans et tu assurais, pour la soirée, le service d’ordre rue de Solférino. A 18h, tu savais. Impossible de retenir tes larmes, cela faisait tellement longtemps que tu attendais cette victoire.

Tu avais été de tous les collages, de tous les marchés, de tous les meetings où tu emmenais ton fils Tony. Ce jeune adolescent, alors âgé de 13 ans, fut pris lui aussi par le virus de la politique et n’a pas tardé à nous rejoindre dans nos aventures…

Cette nuit du 10 mai, tu es resté à Solferino jusqu’à 4 heures du matin. Et à 7 heures, tu es retourné à ton travail, chez Air Liquide, à Neuilly-sur-Marne, pour savourer… savourer une dernière petite victoire : ton directeur t’avait vu à la télévision et avait, du coup, un peu peur de toi !

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Je voudrais dire à quel point j’appréciais chez toi cette constante fidélité, cette détermination à défendre tes convictions.

Nous avons eu maintes fois l’occasion d’échanger et, au delà des inévitables débats passionnés et désaccords, nous avons toujours eu un profond respect et une véritable amitié. Il faut dire qu’on oubliait tout devant une assiette de « pasta » en famille.

La politique, pour toi, c’était comme le football ! Dans une équipe, il faut se parler, jouer collectif au risque de perdre ! C’est ainsi que tu voyais l’union de la gauche. C’est cette culture que tu auras mis au service des Bagnoltais et des Bagnoltaises pendant plus de 30 ans dans tes différentes responsabilités municipales.

Bagnolet ! Jusqu’au bout, dans tes éclats et tes soupirs, inlassablement, tu racontais, ici, l’Histoire de « ta » ville et le chemin parcouru ; là, tu préparais l’avenir et servais l’intérêt général.

A ceux qui ont regretté de ne pas t’avoir vu assumer de plus hautes fonctions locales, qu’ils se rappellent les mots de Camus : «Le héros est celui qui fait non ce qu’il veut mais ce qu’il peut».

Toi, l’enfant des Abruges, le natif de Furci, le prolétaire, tu fus le héros d’une vie qui ne te promettait rien mais que tu dressas de toutes tes forces vers tes rêves.

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Oui, Joseph… c’est probablement ce qui nous aura rapproché le plus.

L’un et l’autre, nous avons quitté la caresse du soleil de la Méditerranée, pour la vie des usines de ce département qui ne s’appelait pas encore la Seine-Saint-Denis.

L’un et l’autre, nous nous sommes construits ici, dans ce département monde, de toutes les origines, couleurs et religions.

L’un et l’autre, nous avons donné notre vie pour cette belle dame qu’est la République : celle qui permet aux hommes et aux femmes de vivre libres et égaux en droit, en toute fraternité.

En cette matinée où remontent de vieux souvenirs,

En cette matinée, où toutes ces fleurs rappellent combien tu as compté pour chacune et chacun d’entre nous, me reviennent en mémoire les dernières paroles du chant des partisans italiens :

« Quest’è il fiore del partigiano /C’est la fleur du partisan
Morto per la libertà »/ Mort pour la liberté

Ciao mon ami.

Mes dernières paroles iront à toi chère Claudine, à toi mon cher Tony.

Vous pouvez avec raison être fiers de Joseph, fiers de ce qu’il a accompli. La présence aujourd’hui de nombreux Bagnoltais venus lui rendre un dernier hommage témoigne de la nature sincère des liens personnels qu’il avait tissés.

Vous entourer, en ces moments si pénibles, de notre affectueuse sollicitude et de notre fidèle amitié, vous permettra, je l’espère, de supporter le choc du destin.

Je vous remercie.

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