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50 ans du traité de l'Elysée: discours devant le Bundestag

Vous trouverez ci-dessous le discours que j’ai prononcé devant les parlementaires Français et Allemands ainsi que devant le Président de la République François Hollande et la Chancelière fédérale Angela Merkel. La vidéo de mon intervention est disponible ici.

Monsieur le Président du Bundestag, Cher Norbert Lammert,
Madame la Chancelière fédérale,
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de la République fédérale d’Allemagne,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Bundesrat,
Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de la Cour constitutionnelle allemande,
Chers collègues du Bundestag et de l’Assemblée nationale,

Que de chemin parcouru ensemble…

Que d’obstacles franchis, de prétendues fatalités évitées, de mauvaises destinées esquivées.

Ce 22 janvier 2013, nous célébrons cinquante ans d’amitié. Mais l’année prochaine, un siècle aura coulé depuis l’immense cataclysme qui fut si proche de tuer l’Europe et d’endeuiller à jamais la civilisation.

Un siècle écrit à l’encre du sang des chaos, des haines fratricides et des folies meurtrières des hommes.

Qui, au cœur des tempêtes du 20ème siècle, aurait pu imaginer que les représentants de nos deux assemblées – donc les deux peuples allemand et français – célèbrent quelques décennies plus tard, non l’anniversaire de victoires fugaces ou de trêves sourdes de revanche, mais celui d’une réconciliation qui demeure la promesse la plus audacieuse que l’on puisse brandir devant les peuples ennemis de la planète ?

Certains nous disent : « à quoi bon commémorer ? »

Comme si le navigateur lancé dans une grande traversée n’avait pas besoin de poser de temps en temps le regard sur sa boussole… Ces rencontres, une fois tous les dix ans, c’est une façon pour nos peuples de trouver le bon cap, celui de l’avenir du continent européen et de ses d’habitants.

Certains nous disent aussi : « le temps ; donnons le temps… »

Le temps n’est rien sans la détermination.

La détermination n’est rien sans la vision. La vision d’une poignée d’hommes et de femmes qui ont su avant d’autres, qui ont vu avant d’autres, plus que le chemin, la destination.

Sans ces petites initiatives du quotidien, discrètes, presque imperceptibles – je pense aux jumelages de villes – qui ont permis de faire entrer le rapprochement de nos deux peuples dans une extraordinaire banalité.

Oui, ce sont à la fois des choix politiques et des volontés populaires qui ont conduit à bâtir cette paix qui s’est transformée en réconciliation, cette réconciliation en amitié, et cette amitié en communauté de destin.

En 2013, et pour longtemps encore, dès lors que nous le décidons, France et Allemagne marchent ensemble.

Aussi, je suggère qu’au souvenir ému, nous privilégiions la mémoire active, la mémoire utile. Nous ne sommes pas unis pour célébrer mais pour préparer ; pas rassemblés pour commémorer mais pour éclairer.

Car notre amitié se conjugue au présent. Elle irrigue déjà l’ensemble de nos deux sociétés désormais intimement liées.

Je pense bien sûr à l’office franco-allemand de la jeunesse – qui a permis à 8 millions de jeunes de bénéficier de 300 000 programmes d’échanges depuis 1963 – ou encore à l’extraordinaire trame tissée entre nos collectivités, entre nos associations, entre nos entreprises.

Je pense aussi à la coopération fraternelle, quotidienne, naturelle de nos autorités politiques, dont nos assemblées se sont emparées avec énergie. La déclaration commune que nous vous soumettons reflète ce climat de confiance qui préside à nos rencontres et qui est de bon augure pour notre jeunesse et pour l’avenir.

Car notre rencontre aujourd’hui est résolument tournée vers l’avenir et les innombrables questions qu’il nous pose.

Nous sommes entrés dans un monde nouveau. Pour le meilleur et pour le pire…

Un monde de périls avec de nouvelles formes de pauvretés, de replis identitaires, de dérèglements climatiques, de violences. Mais un monde extraordinaire, avec l’allongement de la vie, le progrès scientifique, la naissance d’une véritable cause environnementale et de solidarités transnationales.

Dans ce monde nouveau, nos peuples partagent les mêmes doutes. Confrontés à une concurrence parfois sauvage, ébranlés par les excès d’une économie insuffisamment régulée, leur tentation est grande de jeter leurs souffrances à la figure de nos Républiques.

A nous de démontrer que ni la France ni l’Allemagne n’entend faire de la souffrance sociale son destin national et son dessein européen.

Car nos peuples partagent aussi les mêmes aspirations fondamentales : démontrer qu’une société d’épanouissement individuel, de bien-être collectif, de justice et d’attention aux plus fragiles, est non seulement possible, mais qu’elle constitue le plus solide socle de la paix et du progrès.

L’instrument de ce dessein, c’est celui qui a, dès le début, accompagné et noué l’amitié de nos deux Nations : l’âme de notre amitié, c’est l’Europe ! Et il nous incombe à présent de retrouver la fierté de porter ce projet. Dans une démarche active, dans un compromis combatif.

Le jour où nous nous résignons à réduire le projet européen à une Union procédurale et comptable figée dans le déclin, ce jour-là, il n’y a plus de projet européen, ce jour-là, il n’y a plus d’Europe.

Le couple que forment nos deux pays est le moteur de l’Europe. Lorsque nous nous opposons, l’Europe s’enlise. Lorsque nous unissons nos efforts, elle va de l’avant.

Nous sommes le moteur de l’Europe, mais nous n’en sommes pas le directoire. Notre alliance est au service de tous et elle est ouverte à tous. Elle n’écrase pas, elle entraine.

L’Histoire nous l’enseigne. Notre coopération témoigne de ce que peut accomplir la volonté, à l’heure où il est de bon ton de pointer la faiblesse du politique dans la mondialisation.

Ensemble, nous avons établi une paix durable sur notre continent, dévasté pendant des siècles par les guerres. Nous avons réunifié l’Europe sous le drapeau du Droit, de la Démocratie et de la Culture.

Ensemble, nous avons édifié, et jusqu’à présent, pour l’essentiel, préservé, un modèle social sans équivalent dans le monde. Demeurons attentifs à ce qu’il le reste. Les négociations sur l’aide européenne aux plus démunis sont un rendez-vous que nous ne saurions manquer.

Ensemble, nous avons créé le Marché Unique et l’Euro. Nous avons su faire face à la crise des subprimes en 2008, puis à celle des dettes souveraines qui fut son prolongement.

Ensemble, nous cherchons à sortir de la récession dans laquelle s’enfonce l’Europe, et de favoriser le retour à une croissance forte, solidaire et durable.

Sans le retour à une telle croissance, rien n’est possible en Europe, nous le savons : ni le retour à l’équilibre des comptes des Etats surendettés, ni la transition de nos sociétés vers l’économie verte, ni leur redéploiement vers les industries d’avenir.

Au cours de ces cinquante dernières années, nous avons démontré qu’il n’y a pas de fatalité à la guerre, au despotisme, à l’inflation en Europe. Nous devons démontrer maintenant qu’il n’y pas davantage de fatalité à la stagnation, au chômage, à la précarité, aux insécurités.

Ensemble, nous devons désormais aussi pleinement assumer notre Défense et notre Sécurité, à l’heure où l’offensive du narco-djihadisme se déchaine en Afrique et au Proche-Orient. Le peuple malien nous regarde aujourd’hui. Et il nous attend.

« L’Europe ne progresse que sous l’aiguillon de ses crises », disait Jean Monnet. Nous pouvons mettre à profit cette crise pour accomplir un bond en avant : parachever l’Union économique et monétaire, aujourd’hui au milieu du gué ; mais aussi fonder une Union politique et sociale capable de démontrer que, dans le tourbillon de la mondialisation,  l’Europe, ce « vieux continent », a su trouver son élixir de jeunesse.

Il nous faut faire Europe, comme hier nous avons su faire Nation. Pour cela, le moteur franco-allemand doit tourner à plein régime.

Paris et Berlin ont destin lié.

Il n’y a pas de pause possible.

Ou bien nous progressons ensemble, ou bien nous régresserons chacun de notre côté.

Mesdames et Messieurs, j’en termine.

En janvier 1963, en France comme en Allemagne, les « Une » des journaux titraient sur les négociations relatives au désarmement, au lendemain de la terrible alerte de la crise des missiles.

Symbole d’un monde alors coupé en deux et tremblant de la menace d’une apocalypse nucléaire, l’Allemagne divisée explorait les voies de l’avenir en signant le traité de l’Elysée, au moment même où se réunissait sur son sol, de l’autre côté du rideau de fer, le Congrès des partis communistes…

Tout cela pour vous dire que le monde n’a pas changé : nous avons changé le monde !

En étant rassemblés ici, à Berlin,

Français et Allemands,

Fils et filles des guerres et des chaos,

M. le Président, Mme la Chancelière, M. le Président de la République, Mesdames et Messieurs les députés,

Nous marchons encore,

Conscients du passé,

Résolument tournés vers l’avenir,

Main dans la main.

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