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Discours lors des journées parlementaires PS


Chers collègues,
Chers camarades,
Chers amis,

Ça fait du bien !

Ça fait du bien d’être ici à Dijon, chez toi mon cher François, pour ces journées parlementaires à la fois « normales » dans leur forme et exceptionnelles au regard de la mobilisation de cette année.

Ça fait du bien, mes chers camarades, parce que pour la première fois depuis dix ans, nous voilà réunis pour débattre de tout autre chose que de ce satané thème : « Comment construire une opposition efficace à la droite ? »

Oui, la gauche est majoritaire dans le pays.

Oui, la victoire de François Hollande, puis la campagne de Jean-Marc Ayrault ont permis d’offrir une majorité de progrès au pays.

Oui, la qualité de nos députés sortants et le travail colossal fourni par Martine Aubry pendant quatre ans, nous ont permis de nous présenter devant les Français avec les meilleurs candidats possibles, et de composer une Assemblée renouvelée, rajeunie, féminisée et aux couleurs de la France.

Oui, le coup de tonnerre historique qu’a été la conquête du Sénat, allié aux victoires dans les scrutins locaux, ont permis de rendre possible ce printemps de la gauche.

A présent, nous voilà aux commandes de la France. Et nous partageons tous la même sensation que les Français attendent de nous que nous fassions durer le printemps, à l’heure pourtant où un terrible orage économique et social s’abat sur le pays.

 ***

Mes chers camarades, à la mi-temps de cette session extraordinaire et à l’aube de la session ordinaire, je voudrais vous donner ma façon de voir les choses.

Je crois que nous avons remporté un premier pari. Malgré la campagne en disqualification menée par la droite, nous avons démontré aux Français que nous étions capables de gérer le pays.

Les conquêtes européennes de François Hollande, le discours de sérieux budgétaire prôné par Jean-Marc Ayrault, la confiance que semblent témoigner les marchés à la France : tout cela représente déjà une première victoire.

A présent, il nous revient de donner du sens à chacun de nos gestes, et de répondre à cette question : la bonne gestion, pour quoi faire ?

Pour cela, il est indispensable que nous restions fidèles à la campagne que nous avons menée devant les Français.

Si nous avons gagné, c’est parce que nous avons su convaincre nos compatriotes que notre vision politique reposait sur un équilibre : le social et le sociétal. C’est ce que j’appelle l’équilibre vertueux. Comment améliorer la vie quotidienne des Français et comment accompagner la société en mouvement ?

La vie quotidienne, d’abord. Depuis la fin de l’été, je le martèle, en cette rentrée, trois priorités : l’emploi, l’emploi et l’emploi.

L’emploi par une politique active – c’est le sens des emplois d’avenir et demain du contrat de génération. L’emploi aussi par la reconquête industrielle. L’emploi par la compétitivité-qualité. L’emploi par le dialogue social. L’emploi par la production de logements. L’emploi par l’économie de la transition écologique…

Autrement dit, nous avons la responsabilité, sur chaque texte, sur chaque initiative, sur chaque proposition, de faire apparaitre sa filiation avec l’emploi.

C’est sur cela que nous attendent les Français, et singulièrement pour rétablir la confiance des classes populaires. Et que serions-nous sans la confiance des classes populaires ?

Dans le même temps, débloquer la société est la mission de la gauche au pouvoir.

Après dix ans de replis, de dénis, de fêlures, de déchirures, les Français nous ont confié le mandat de regarder la société telle qu’elle est et d’accompagner ses grands mouvements.

La France ne comprend plus qu’au 21e siècle, certains n’aient pas le droit de célébrer leur amour en mairie. Alors, changeons cela comme nous nous y sommes engagés avec le mariage pour tous !

La France ne comprend plus que dans le pays des droits de l’Homme, certains puissent vivre ici, payer leurs impôts, participer à la vie de la cité, tout en étant condamnés à rester chez eux les dimanches d’élections. Alors, changeons cela et honorons notre promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales !

La France n’accepte plus qu’au 3e millénaire, on puisse gagner moins parce qu’on est une femme, qu’on puisse souffrir plus parce qu’on n’a pas la bonne adresse, le bon nom ou la bonne couleur de peau. Tout cela, et mille autres choses encore, c’est la gauche qui a la responsabilité historique de les changer.

Le voilà notre rôle. Le voilà l’équilibre à garantir. Chacun des députés socialiste, parce qu’il voit changer la société et parce qu’il ressent l’urgence sociale, sait mieux que n’importe quel expert à quel point la France attend que nous activions les deux leviers du social et du sociétal à la fois.

Cette attente, je la sais très présente chez les députés socialistes. Pour vous connaitre et pour avoir plusieurs fois réuni les plus jeunes d’entre vous, je sais que vous n’avez pas spécialement vocation à être les nouveaux experts comptables de la République.

Je connais votre volonté de peser sur les grands sujets. Je sais l’attente de débat. Je mesure que la discipline de groupe, si elle est indispensable, vitale même, elle ne peut naître que du débat préalable. Et je veux d’ailleurs saluer le travail de Bruno Le Roux qui anime tout cela avec beaucoup d’application.

***

Chers camarades, pour nous guider sur la voie de l’équilibre vertueux que j’évoquais, nous avons deux balises : les 60 propositions de François Hollande et le projet socialiste.

Quant au véhicule du changement, c’est le parlement.

C’est au parlement que nous pouvons faire vivre le débat et faire naître un accord de majorité.

Au parlement que nous pouvons entendre ce que nos élus ont à dire de l’état de la France, des attentes du peuple.

Au parlement que nous pouvons structurer le débat et donner leur entière visibilité à nos priorités et à notre calendrier de réformes.

Dans le programme de nos journées parlementaires, vous avez introduit, en face de mon nom, l’intitulé « Le parlement du changement ». C’est un choix judicieux. Je suis convaincu que, plus que partout ailleurs, c’est au parlement que nous inscrirons le changement dans la durée.

Mais pour cela, nous avons un premier rendez-vous. Pour façonner le « parlement du changement », il faut d’abord veiller au « changement du parlement ».

Pourquoi ? Parce que nous sommes l’Assemblée nationale « de l’entre-deux ».

Qu’on le veuille ou non, la place croissante prise par la norme européenne et par la décentralisation, a dépossédé le parlement de pans importants de son activité.

Qu’on le veuille ou non, le balancier de l’Histoire penche vers la société du non cumul.

Aussi, le rôle que je me suis assigné, c’est d’être le président qui façonne le travail parlementaire du 21e siècle. C’est de donner corps au député du 21e siècle.

Pour cela, je crois indispensable d’ouvrir 3 chantiers.

Le chantier de l’initiative de la loi, d’abord.

Il est temps d’aller vers un rééquilibrage entre le parlement et le gouvernement en ce qui concerne l’origine des textes de loi. Cela ne se fera ni d’un simple claquement de doigts ni par une réforme constitutionnelle complexe.

Commençons déjà par revisiter nos comportements. Laissons « l’assemblée godillot » à la droite ; la majorité de gauche doit être une ruche.

Les parlementaires de la majorité peuvent et doivent prendre l’initiative de propositions de lois, anticiper les calendriers, défricher les sujets, faire remonter les préoccupations des territoires.

C’est pour cela que je défends une Assemblée ouverte sur la société, ouverte sur les forces vives, ouverte sur les partenaires sociaux (que j’ai déjà tous reçus), ouverte sur les territoires (dont j’ai rencontré tous les présidents d’associations d’élus). Ouverte sur l’Europe aussi.

La majorité parlementaire dispose donc d’une force considérable – avec les moyens que lui offre l’Assemblée et avec les passerelles nouvelles que nous allons créer – pour travailler de manière très approfondie sur les textes. Il faut s’en saisir.

Le président de la République a réaffirmé à de nombreuses reprises son attachement à ce que la France demeure une République parlementaire. Chiche.

Autre chantier, celui du temps parlementaire.

Les plus mitterrandiens d’entre nous savent bien que, dans la vie, il faut donner du temps au temps… Eh bien, au parlement, c’est pareil.

Je conçois très bien que certains textes – en début de législature et au lendemain d’élections présidentielles et législatives – puissent faire l’objet d’une procédure accélérée. Déclarer l’urgence sur les emplois d’avenir, voilà un signal de mobilisation pour l’emploi.

En revanche, si cela devenait une habitude, celle-ci deviendrait vite fâcheuse…

Le parlement a besoin de temps pour légiférer et je veillerai à ce que la procédure accélérée devienne l’exception, pas la règle.

Et tant pis si cela dure un peu plus longtemps ; les séances de nuit ne nous font pas peur !

Tant pis aussi si certains s’agacent, s’irritent, s’impatientent sur les bancs du gouvernement ; ce sont les joies de toutes les fonctions exécutives !

Le gouvernement n’a rien à perdre et tout à gagner à laisser vivre le débat, la contradiction et au final, l’amélioration de la loi.

Enfin, chers collègues, le chantier de l’image de l’Assemblée et de ses élus.

Dès mon discours d’investiture, je vous l’ai dit : je veux que l’Assemblée nationale soit « une maison de verre, transparente, exemplaire, irréprochable. » Je n’ai pas varié d’un iota. C’est sous cette législature que nous avons la responsabilité de rénover la démocratie et d’améliorer l’image de ses élus trop souvent en proie à l’antiparlementarisme.

Ma ligne de conduite est claire : ni populisme ni immobilisme.

Pas d’immobilisme. Nous devons donner des signes de transparence et de sobriété à nos compatriotes.

C’est pourquoi, en osmose avec mon collègue président du Sénat, je formulerai la semaine prochaine des propositions précises en ce sens. Partenariat avec la Cour des comptes, efforts de gestion, réforme de la réserve parlementaire, réforme de l’IRFM : il n’y aura ni tabou ni hystérie.

Pas de populisme. Assumons que la démocratie a un coût, c’est celui de l’indépendance de ses élus.

Le jour où, pour satisfaire les antiparlementaires de tous poils, vous vous mettez à décider qu’un élu, pour être pur, ne doit pas être indemnisé, vous ouvrez la voie à un redoutable compte à rebours historique : le temps où pour pouvoir être député, il fallait être le notable local.

Défendons cet équilibre : ni populisme, ni immobilisme. Je serai un président réformateur mais je serai tout aussi intransigeant – que dis-je, intraitable – dans la protection de l’indépendance des députés.

 ***

Chers Camarades, chers Amis, j’en arrive à ma conclusion.

Vous savez ce qu’on dit parfois : « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ».

Eh bien moi, comme chacun d’entre vous et comme tous les Français, je veux les deux !

Bien sûr l’ivresse du changement, celle que les Français attendent depuis si longtemps ! Et nous serons à ce rendez-vous dès lors que nous veillons à garder les idées claires et faire vivre cet équilibre vertueux entre l’urgence sociale et la société en mouvement.

Mais le flacon aussi. Ce flacon traditionnel qu’est le parlement, et à qui nous devons donner une seconde jeunesse en le réformant, en le modernisant, mais surtout en le réarmant et en le protégeant.

Si la gauche ne le fait pas, qui le fera ?

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