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Interview pour "Les Echos"

Qu’attendez-vous de l’intervention télévisée de François Hollande dimanche ?

J’attends de François Hollande qu’il donne du sens à l’action déjà engagée et qu’il l’inscrive dans sa vision de là où il veut conduire le pays, c’est-à-dire le service après vente. Au moment du collectif budgétaire, les Français n’ont pas toujours perçu ce que représentaient ces premières mesures pourtant toutes utiles.

La gauche a été élue sur le slogan « le changement, c’est maintenant ». Il faut se soucier du « maintenant ». Le temps médiatique nécessite sans doute une présence plus importante du président de la République. Il est en train de montrer aux Français que, même s’il a été élu pour cinq ans, le contrat passé avec le pays avance concrètement et chaque jour un peu plus.

La montée au créneau de Hollande n’est-elle pas l’aveu d’une absence de Jean-Marc Ayrault ?

Non. François Hollande et Jean-Marc Ayrault fonctionnent comme des joueurs de double en tennis. Lorsque le chef de l’Etat a été accaparé par l’actualité européenne et internationale, c’est le Premier ministre qui est monté au filet. Cet été, le président a été très présent, notamment sur les questions de sécurité, ce qui a permis à Jean-Marc Ayrault de rester en fond de cours. C’est un bon dispositif. Car l’inquiétude réelle et compréhensible des Français interdit la moindre pause dans l’action gouvernementale et législative.

En revanche, on peut souhaiter davantage de cohésion entre les ministres et qu’ils évitent de s’éparpiller sur des sujets où ils mettent en péril la crédibilité gouvernementale. Je pense au débat sur la publicité à la télévision. Plutôt qu’une querelle de ministres, je préférais un débat abouti au Parlement sur le périmètre et le financement de l’audiovisuel public. De même, dans la pédagogie du changement, soyons moins « techno » et plus politique.

Enfin, l’annonce du cap des 3 millions de chômeurs nous le rappelle, sur tous les sujets, un ministre doit impérativement faire apparaître la filiation entre son texte et la question de l’emploi. Il faut que nous soyons plus professionnels à tous les étages.

Un certain nombre de parlementaires socialistes sont hostiles au traité budgétaire européen.

L’écrasante majorité du groupe est prête à voter ce traité et ceux qui hésitent sont encore ouverts aux explications. Moi qui ai été parmi les plus fervents opposants à la Constitution européenne en 2005, je peux vous dire que le plan B que nous souhaitions alors, François Hollande l’a arraché à Bruxelles !

En 2005, le traité constitutionnel était un carcan, le texte qui nous est présenté est au contraire un élan grâce au pacte de croissance que la France a obtenu et aux mentalités qui bougent chez nos voisins européens. Pour contribuer à cet élan, il faut obtenir la majorité grâce aux voix de la gauche.

Réfléchissons au signal politique que constituerait une majorité défaillante et ainsi dépendante du bon vouloir des élus de droite. Pour obtenir l’assentiment des écologistes, il faut d’abord que nous soyons rassemblés entre socialistes. On ne peut pas demander aux alliés une solidarité qui n’existerait pas au sein du groupe PS.

Est-ce la bonne méthode vis-à-vis des écologistes de procéder par menaces et rappels à l’ordre ?

L’alliance avec les écologistes est un choix de long terme. On ne va pas tout casser dès le premier texte venu. Même avec des alliés exigeants, il faut qu’on prenne l’habitude de donner toute sa chance au débat.

Le cap des 3 millions de chômeurs a été franchi. Les emplois d’avenir et les contrats de génération sont-ils une réponse suffisante au problème ?

Suffisante, non. Indispensable, oui. Ce sont les deux premiers wagons du train de la vertu. Dans certains quartiers, dans certaines campagnes, Outre-mer, on a atteint des taux de chômage des jeunes insupportables. Regardez ce qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille. Si on veut réussir à casser les pratiques mafieuses, il faut de la police bien sûr, mais aussi des mesures pour l’emploi des jeunes.

Je me félicite que le gouvernement ait accéléré le pas sur les contrats d’avenir. Une proposition de loi sur la reprise des sites industriels rentables est prête. Il serait souhaitable que les partenaires sociaux soient saisis rapidement de ce texte. Plus largement, il est à mon sens crucial d’installer un lien de confiance avec les partenaires sociaux. Il était utile que les membres du gouvernement se rendent à l’université d’été du Medef. Tout doit être fait pour restaurer l’image de l’entrepreneur, que certains patrons du CAC 40 ont détériorée.

La taxe de 75% sur les revenus ne va-t-il pas à l’encontre de cet objectif ?

Non, dès lors qu’on sort du slogan et qu’on explique quelle est la règle du jeu. Le dispositif devra, selon moi, faire la différence entre la rente et l’initiative. L’impôt ne doit pas décourager la prise de risques. La priorité, c’est l’emploi, l’emploi, l’emploi. Cette mesure doit être placée sous le sceau de la justice et non de la punition.

Les prélèvements sur les entreprises ont aussi été fortement alourdis lors du dernier collectif budgétaire.

On ne pouvait pas tuer tel ou tel moteur de l’activité. Il fallait répartir les efforts nécessaires pour redresser les comptes publics très dégradés par dix ans de mauvais choix. Tout faire reposer sur les ménages aurait été très dangereux pour la consommation et au final pour les entreprises. Ce collectif était un bon compromis.

La loi Duflot sur le logement vous satisfait-elle ?

Cécile Duflot porte une loi fondamentale de ce début de quinquennat. Le renforcement de la loi SRU et son articulation avec la mise à disposition facilitée de terrain de l’Etat sont de bons instruments au service de la construction de logements. C’est une première étape qui devra être renforcée dans la loi de Finances 2013. Il faudra des crédits pour la construction de logements sociaux et un nouveau dispositif à forte dimension sociale pour remplacer le Scellier.

Il faut aussi trouver un système qui permette aux classes moyennes et supérieures d’accéder au logement, en encourageant le retour des compagnies d’assurances et des investisseurs institutionnels sur ce marché. C’est à cette condition que nous obtiendrons la construction de 500.000 logements par an promis par François Hollande.

Faut-il un traitement différencié entre députés et sénateurs sur le non-cumul des mandats ?

Surtout pas. Il ne peut pas y avoir une dissymétrie entre parlementaires. Je rappelle à mes amis sénateurs que leur collège électoral assure déjà leur lien avec les élus locaux. Et puis autoriser les seuls sénateurs à cumuler leur mandat avec la présidence d’un exécutif local affaiblirait l’Assemblée nationale et déséquilibrerait nos institutions. Je ne suis pas non plus pour l’instauration de seuils : on ne peut pas avoir un règlement qui favoriserait telle ou telle partie du territoire national.

Les membres du gouvernement se divisent sur le choix du futur premier secrétaire du PS…

Je dis à mes camarades : attention à ne pas reproduire la faute de 1988. Dès le lendemain de la victoire de François Mitterrand, on s’est concentré sur une guerre de succession, on s’est permis n’importe quoi et cela a abouti au funeste congrès de Rennes. En mai, nous avons gagné mais pas avec 90% des voix. Nous sommes attendus sur le changement maintenant mais aussi sur les attitudes qui vont être les nôtres.

PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE DUPONT, ELSA FREYSSENET ET GUILLAUME TABARD

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