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Le Conseil général de la Seine-Saint-Denis a un nouveau président.

Je vous propose de retrouver ci-dessous le discours que j’ai prononcé lors de la séance exceptionnelle du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis. A cette occasion Stéphane Troussel a été élu Président du Conseil Général.

Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Avant de laisser la parole à Michel Teulet, qui va présider cette séance en tant que doyen d’âge, je voudrais m’adresser à vous quelques instants.

D’abord pour vous dire merci.

Merci de m’offrir encore une fois l’image de cette salle comble…

Même si elle ne l’est pas totalement aujourd’hui, puisque notre collègue et mon ami Gilbert Roger, après nous avoir fait la frayeur de l’année, poursuit paisiblement sa convalescence. Nous espérons avoir le bonheur de le retrouver d’ici à la fin de l’année. Krystina saura être notre ambassadrice pour transmettre à Gilbert nos vœux de bon rétablissement.

Merci d’être venus aussi nombreux – habitants, élus, militants associatifs, militants politiques – dans cette salle des séances.

Une salle qui représente beaucoup. Pour vous comme pour moi.

Un lieu que nous avons vu ces quatre dernières années dans tous ses états ! Dans la sérénité de nos délibérations, comme dans le bouillonnement de nos débats.

Mesdames et Messieurs, parce que la politique est aussi faite de symboles, je crois en l’esprit de certains lieux. Je crois que certains lieux parlent.

– L’hémicycle de l’Assemblée nationale, il nous souffle à l’oreille les battements du cœur de la Démocratie.

– La place de la Bastille, elle nous raconte le tumulte et le fracas de la conquête de la République.

– La place de l’Hôtel de ville de Paris, avec l’image du Général de Gaulle, elle nous parle de Liberté.
– La fenêtre de la mairie du Pré-Saint-Gervais, avec Jaurès qui harangue la foule, elle nous parle d’Egalité.

– Le parc de La Courneuve – baptisé « George Valbon » sous cette présidence – dans une dizaine de jours, il nous parlera de Fraternité.

Eh bien, au moment où je cède ce fauteuil, si je devais résumer ma volonté durant ces quatre années, je ne vous dirais rien d’autre que cela : à chaque minute de ma présidence, je me suis efforcé de faire dire des choses à ce lieu. J’ai tout fait pour que cette salle parle.

J’ai d’abord voulu qu’elle se parle en son sein, et elle s’est parlée. J’ai voulu que vive le débat démocratique, et il a vécu.

Entre la majorité et l’opposition, bien sûr.

La démocratie, Mesdames et Messieurs, ce ne peut être la guerre civile ! La démocratie, ce ne sera jamais la guerre civile !

Du moins, tant que nous prendrons garde à respecter les convictions de chacun, à assumer les nôtres et à nous référer au seul juge de paix : le mandat que nous confie le peuple.

Oui, nous avons eu des débats et nous en aurons encore ; oui, nous avons des différences et elles dureront tant que durera la démocratie ; oui, nous nous affrontons régulièrement devant les électeurs et cela arrivera de nouveau ; oui, nous défendons des visions différentes du rôle de l’Etat, des politiques à prendre ou des valeurs à porter, et c’est la richesse de la France que de donner ce choix.

Mais, plus que tout, je me suis fait un honneur de subordonner ces saines différences au devoir de respect. Respect dans le débat, respect dans l’écoute, respect dans la confrontation, même.

Chaque jour de ma présidence, j’ai tenu à ce que la qualité des rapports humains ne soit à aucun moment affectée par le clivage partisan : jamais je n’ai conditionné ma chaleur humaine à la couleur politique de mon interlocuteur.

* Mesdames et Messieurs, j’ai voulu aussi que la majorité se parle.

Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’est parlée ! Certes, dans des volumes sonores… variables. Certes, dans une unité… parfois capricieuse. Certes, dans une humeur… quelquefois changeante.

Mais j’y étais préparé. Lorsque l’on arrive après quarante ans de présidence communiste – et je veux saluer ici chacun de mes prédécesseurs, Georges Valbon, Jean-Louis Mons, Robert Clément, Hervé Bramy – on n’est pas forcément accueilli avec des roses…

Cependant, à chaque fois, nous sommes sortis grandis de ce dialogue tonique – oserais-je dire « de cet amour vache » qui donnait le sentiment d’organiser les rapports entre les groupes de la majorité.

Oui, à chaque fois, la compréhension des enjeux et la responsabilité qui est la nôtre ont pris le dessus sur les querelles historiques, les batailles locales, et disons-le, les sentiments personnels qui pouvaient traverser certains d’entre nous.

Et je suis fier qu’en 4 ans, quelle qu’ait pu être la vigueur de nos débats, aucun des projets présentés par l’exécutif n’ait jamais été mis en minorité. Qu’on le veuille ou non, ces quatre dernières années, c’est un fait : la majorité socialiste, Europe-Ecologie-Les-Verts et Front de gauche, a fonctionné.

J’en suis fier parce que, au-dessus de tout, je nourris ici cette conviction : sans rassemblement, pas d’action, et sans action, plus de crédibilité pour le service public.

Car la question de l’existence même du service public local a irrigué les quatre années que nous venons de vivre ensemble.

***

Et c’est précisément pour répondre à cette préoccupation littéralement existentielle que j’ai souhaité que cette salle parle à l’extérieur, que vos voix portent au-delà, que nos idées passent les portes de cette enceinte et pèsent dans d’autres lieux où se joue notre avenir.

Le Département a fait entendre sa voix, et voilà sans doute ma plus grande satisfaction.

En quatre ans, nous avons posé – que dis-je, imposé – le débat sur l’avenir de la décentralisation et du service public.

Nous avons été le premier département de France à adopter un budget de révolte pour faire prendre conscience aux Français du rôle des départements, de la détresse budgétaire du nôtre et de notre intention de ne pas subir.

Nous avons été le premier département de France à dénoncer le scandale de cette dérive du capitalisme financier que sont les emprunts toxiques, passé aujourd’hui au rang de scandale financier international, et qui, je l’espère, d’ici à la fin de l’année, trouvera une issue.

Nous avons été le premier département de France à alarmer l’opinion publique sur les menaces pesant sur la culture, sur la condition des mineurs isolés étrangers, sur la situation de la sécurité publique dans certains de nos quartiers.

Nous avons été le département qui a obtenu d’une Région – et j’en remercie encore Jean-Paul Huchon et la majorité de gauche du Conseil régional – un contrat de plan pris en charge à 60% par la Région. Sans ce contrat de plan, nous n’avions pas de budget.

Nous avons été le département qui a obtenu dans le cadre du projet du Grand Paris que l’on prenne en compte ses retards et que l’on prépare son avenir.

En 4 ans, en votre nom, j’ai voulu que la Seine-Saint-Denis ait confiance en elle-même. J’ai voulu qu’elle soit forte, qu’elle puisse se défendre toute seule. J’ai voulu qu’elle n’ait plus peur de personne. Ni de l’Etat mauvais décentralisateur, ni des banques mauvaises conseillères.

Aujourd’hui, je vous le dis : nul ne pourra désormais compter sans la Seine-Saint-Denis.

***

Mes chers collègues, Mesdames et Messieurs, j’ai consacré aussi ces quatre ans à faire en sorte que notre assemblée se tourne vers les habitants, les entende, leur parle de leur vie quotidienne, leur dise sa volonté de la rendre plus simple, plus juste.

C’est pour cela que j’ai banni certains mots de notre vocabulaire – qui pouvaient donner le sentiment que nous étions un département miséreux réduit à réclamer l’aumône – et que j’ai fait le choix d’en prononcer d’autres et de les assumer :

« Gestion » : j’assume. Parce que les habitants n’attendent pas de nous des excuses, mais des résultats. Et que rien n’est possible sans des finances saines, sans une gestion à l’euro près, sans un soin porté à la sobriété de nos dépenses. Je rends hommage à Philippe Yvin et à l’ensemble de ses collaborateurs, qui ont fourni un travail colossal en ce sens.

« Solidarité » : j’assume. Tout a été orienté vers notre conviction que dans une société moderne, nul ne devait rester au bord du chemin. C’est le sens du microcrédit solidaire, des mesures en direction du grand âge et du handicap, de la pauvreté et de la solitude. C’est le sens aussi de nos actions exemplaires contre les violences faites aux femmes – et je salue l’héritage de mes prédécesseurs dans ce domaine.

« Expansion économique » : j’assume. Nous avons besoin que les entreprises s’installent chez nous pour que l’emploi y ruisselle et que le département aille de l’avant.

« Jeunesse » : j’assume. C’est pour elle que nous avons mis en place un programme inédit d’accueil de la petite enfance et que nous avons atteint nos objectifs en seulement trois ans, avec 3500 places d’accueil. Pour elle aussi que nous avons investi comme jamais auparavant dans le projet éducatif, dépassant largement nos compétences obligatoires. Pour elle que nous avons ouvert l’horizon de nos collégiens avec Odyssée Jeunes.

« Ordre républicain » : j’assume. Parce que sans sécurité, pas d’école attractive, pas d’entreprises qui s’installent, pas d’emploi qui se crée, pas de mixité urbaine et sociale. Au fond, sans sécurité, pas de liberté.

« Investissement » : j’assume. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que coule le ciment, chauffe le goudron et se posent les rails. Je pense à ces investissements colossaux dans les transports, dans les tramways, dans les lignes de métro. Je pense à la RN3, je pense à l’Ourcq en mouvement qui nous ont permis de dessiner les courbes d’un département plus équilibré.

« PPP » : j’assume. Je suis même fier que nous ayons su résister à la tentation du conservatisme et que nous soyons allés au bout de notre idée. Rendez-vous compte, d’ici à 2015, il y aura pas moins de 17 inaugurations de collèges.

« Laïcité » : j’assume. J’assume aussi d’avoir articulé ce principe intangible avec les besoins légitimes de nos concitoyens d’une confession ou d’une autre. Désormais, en Seine-Saint-Denis, on peut fêter l’Aïd-el-Kébir dignement grâce à un abattoir mobile temporaire, comme on fête Yom kippour ou Pâques.

Alors, bien sûr, nous n’avons pas tout réussi. Qui peut s’en prévaloir ? Mais je suis persuadé que les habitants nous reconnaissent des avancées et savent que nous nous sommes battus pour eux de toutes nos forces.

***

Mesdames et Messieurs, au moment où je cède ce fauteuil de président du Département de Seine-Saint-Denis, vous devinez sans doute les sentiments contradictoires qui peuvent me traverser. A la fois l’honneur que m’ont fait mes pairs en m’élisant 12e Président de l’Assemblée nationale le 26 juin 2012, faisant monter la Seine-Saint-Denis au perchoir. Et dans le même temps, le souci de ne pas vous échapper.

Parmi toutes les responsabilités que la vie m’a offertes et que les électeurs m’ont confiées, présider ce département est sans doute celle qui a été la plus haletante. Par l’ampleur de la tâche, par la noblesse du défi, par l’amour de celles et ceux pour qui l’on se réveille le matin…

Certains pourraient dire qu’une parenthèse se ferme. Je ne crois pas aux histoires de boucles que l’on bouclerait. Je crois plutôt aux lignes de vie, je crois aux passages de témoin.

Dans quelques minutes, la Seine-Saint-Denis aura un nouveau président. Il m’est difficile de parler de lui car, à cette heure-ci, je ne peux pas savoir de qui il s’agit…

Mais si jamais il s’avérait que le nouveau président était un jeune président, enfant de la Courneuve, fin connaisseur des questions de logement et d’égalité territoriale, et ayant passé 4 ans à mes côtés comme vice-président, je lui dirais : « Tu es l’homme qu’il faut à ce département ! »

Je lui dirais aussi : « Ne copie jamais aucun de tes devanciers. Assume ta filiation. Mais trouve ta propre voie, ton propre style, tes propres mots. »

Je lui dirais : « Tolère la critique, écoute les conseils, concerte, fais participer… Mais sache trancher ».

Je lui dirais : « Appuie-toi autant que possible sur l’administration de cette maison. Fais confiance à ses 8000 agents. Ils ne sont pas simplement de bons professionnels, ils sont les premiers ambassadeurs de notre réussite ».

Je lui dirais : « N’aie pas peur de transgresser les tabous lorsque c’est nécessaire. C’est toujours de là que jaillit le progrès ».

Je lui dirais : « La gestion comme fin en soi n’est finalement qu’une affaire d’expert-comptable. Soumets-la toujours à ta vision de ce que doit devenir ce département dans les trente ans qui viennent. »

Je lui dirais : « Attention, ici aussi on peut vite se sentir « haut perché »… Assume d’être le premier d’entre nous. Mais reste à notre portée. »

Je lui dirais enfin, si par hasard il devait se prénommer Stéphane : « Cher Stéphane, tu as toute ma confiance ! Et je serai à tes côtés, à la place qui sera la mienne ».

***

Car, Mesdames et Messieurs, mes chers collègues, la Seine-Saint-Denis est mon territoire d’attache. Et il le restera. La Seine-Saint-Denis est le département de mon engagement politique. Et il le restera.

A ma place, dans mon rôle, j’entends me tenir aux côtés des élus pour les combats à venir. Et ils sont nombreux.

Le combat politique d’abord, celui qui consiste à inscrire le Département dans la dynamique de justice voulue par le président de la République et mise en œuvre par le gouvernement.

Le combat institutionnel ensuite, qui m’amènera à une vigilance intacte à l’égard de l’Etat quant aux exigences portées par notre département. Je pense notamment aux moyens d’assurer nos missions de service public.

Le combat industriel, bien sûr, avec une réaction et une action du Département qui doivent être fortes face aux situations difficiles que connait ou que pourrait connaitre demain la Seine-Saint-Denis. PSA, chacun le mesure. Mais aussi Sanofi, Air France et hélas d’autres encore.

Le combat francilien enfin, pour lequel nous devons convaincre que la péréquation à l’échelle de notre région est la seule issue possible pour assurer l’égalité territoriale et sortir la Seine-Saint-Denis de l’ornière.

***

Aussi, mes chers collègues, aujourd’hui, je mets à jour le contrat qui me lie à vous et aux habitants de Seine-Saint-Denis.

Président de l’Assemblée nationale, je reste des vôtres.

Nous avons encore beaucoup de travail.

Et maintenant, passons à la suite.

Merci.

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