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Un G20 pour rien

Au sortir de la Guerre froide, les G8, G7 et autres instances de réunion des grandes puissances économiques ont fait leur entrée en scène, et on a pu penser qu’elles introduiraient de l’ordre dans un monde déjà chahuté par les crises financières. Cet espoir, on le sait, a fait long feu. L’Europe, elle, devait être ce modèle de régulation économique, cet espace où l’exigence de compétitivité économique ne serait pas obtenue en sacrifiant la protection sociale des citoyens. Cette Europe est désormais l’épicentre de la crise. La première victime en est la Grèce où la crise des dettes publiques européennes a commencé au début 2010, mais ce sont tous les citoyens européens qui ont à subir les conséquences d’une crise bancaire doublée d’une crise de coordination des politiques au sein de l’Union européenne, c’est-à-dire d’une faillite de l’intelligence de la régulation doublée d’une éclipse de la volonté politique. C’est aux citoyens européens que l’on propose comme seule perspective, après la spirale de l’endettement, la cure d’austérité. Annoncer l’austérité à venir, c’est annoncer que l’on s’apprête à administrer la pauvreté et le déclassement social en guise de politique. Aujourd’hui, les gouvernants européens, comme les médecins chez Molière, ne conçoivent que la saignée pour remédier à l’anémie des peuples.

Et pendant que les peuples subissent l’austérité, Nicolas Sarkozy a animé un G20 pour rien. Je le dis: il ne fallait rien attendre de ce sommet, rien sinon une photo de famille ou un communiqué inutilisable. On ne pouvait même pas espérer que les décideurs rassemblés à Cannes, qui avaient déjà échoué à apprivoiser la finance mondiale en 2008, parviennent enfin à s’entendre sur une taxation des transactions financières au taux de plus en plus dérisoire au fil des négociations. Nicolas Sarkozy peut se mettre en scène auprès des grands de ce monde tant qu’il veut, plus personne n’est dupe de ses gesticulations. Qui peut croire une seule seconde à la volonté du Président des riches de moraliser le capitalisme, alors qu’il n’a cessé pendant cinq ans de protéger la rente et les patrimoines ? Cela fait quatre ans que la crise offre au Gouvernement l’occasion de changer de stratégie pour la croissance, ou de politique fiscale. Cela fait quatre ans pourtant qu’il maintient une fiscalité régressive, tout en cassant les ressorts publics de l’ascension sociale que sont l’école et les politiques de solidarité. Non, ce ne sont pas les sourires de Cannes qui masqueront le cynisme de la droite dans notre pays, ou qui voileront la guerre aux pauvres que cette droite mène en fin stratège au peuple français, mais aussi au peuple grec.

Le grand économiste John Maynard Keynes avait raison, en son temps, d’évoquer le pouvoir oppresseur de la finance. Alors que le destin des peuples européens et du reste du monde est en jeu, nous devons redonner un souffle à une Europe qui se désagrège en égoïsmes, et rassembler toutes les forces progressistes pour retrouver l’intelligence des solutions collectives. Nous devons réparer la France en nous rapprochant de l’Allemagne, et construire une Europe où les plus vulnérables, citoyens comme pays, ne seront pas laissés sur le bord de la route. Nous devons, au-delà des solutions techniques de gouvernance économique, redonner aux peuples une prise sur leur destin. Nous devons être solidaires dans la crise, c’est-à-dire être de gauche.

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