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17 octobre 1961

La France, toujours prompte à commémorer les heures glorieuses de son « roman national », a aussi longtemps vécu dans l’oubli de ses heures noires, tenant volontairement dans l’ombre des dates, des lieux, des noms associés aux douloureux épisodes de son passé. Les massacres d’Algériens perpétrés, sous l’autorité du préfet Papon, le 17 octobre 1961, sont hélas de ceux-là.

Cinquante ans après, notre pays regarde enfin avec lucidité ces événements, auxquels les historiens ont difficilement et patiemment rendu leur insoutenable vérité. La vérité d’une nation dont la police tire aveuglément sur des dizaines d’hommes, de femmes, d’enfants désarmés qui manifestent pacifiquement pour crier l’injustice du sort qui leur est réservé, dans ces bidonvilles de la région parisienne où ils ont accepté d’être relégués. La vérité d’une administration qui jette les corps des suppliciés, morts ou vivants, dans la Seine, pour couvrir son forfait de l’épais linceul du mensonge. La vérité d’un crime d’Etat qui reste une tache indélébile sur notre histoire commune avec l’Algérie et son peuple.

La lumière qui s’est enfin levée sur ce drame, notamment grâce à l’ouverture des archives voulue par Lionel Jospin, il y a quinze ans, permet aujourd’hui de rendre l’hommage qui leur est dû aux victimes de cette ignoble « ratonnade ». C’est avec émotion et respect que je pense à elles, à leurs enfants, à leurs familles, et tout particulièrement à Fatima Bédar, jeune Algérienne de 15 ans installée à Stains, retrouvée noyée dans le canal de Saint-Denis.

Notre département a payé un lourd tribut à cette tragédie et c’est de longue date que la Seine-Saint-Denis célèbre la mémoire de ses disparus. Cette année encore, outre les commémorations officielles organisées dans différentes villes, et notamment à Bagnolet en présence du Consul d’Algérie, une place portant la date de ces événements sera inaugurée au Blanc-Mesnil. Comme d’autres lieux avant, je salue cette initiative qui inscrit au cœur de la cité le souvenir de ces victimes, que la responsabilité commande de ne pas oublier et, surtout, d’honorer.

Chacun sait qu’on ne fait pas mémoire seulement pour lutter contre l’oubli, mais aussi pour construire un avenir commun sur le socle d’une histoire assumée, respectée et partagée. C’est tout le sens de la convention de partenariat que le Département a signée, en septembre dernier, avec la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. D’abord, pour affirmer sa fierté d’être une terre d’immigration forte et ancienne, dans un pays qui s’est construit par ceux qui l’ont choisi et l’ont aimé. Et aussi, pour contribuer à faire œuvre de vérité sur une histoire faite de douleurs autant que de richesses, qui constituent aujourd’hui notre patrimoine commun.

En ce jour où la France commémore le cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961, c’est le message de responsabilité et de dignité que nous devons porter si nous voulons construire cette France de la diversité, unie dans ses différences et rassemblée autour d’une même identité : liberté-égalité-fraternité.

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