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RSA: derrière la guerre aux pauvres, la guerre des droites

Un rapport parlementaire, rédigé sans surprise par un député UMP, vient de fustiger les fameux abus et fraudes aux prestations sociales. Détonant hasard de calendrier lorsque l’on sait que ce rapport vient couronner plusieurs semaines durant lesquelles le RSA, et plus largement tout l’arsenal de nos outils de solidarité, ont fait l’objet d’une remise en cause, disons-le, un peu chaotique.

Acte inaugural, M. Wauquiez lance un ballon d’essai osé en proposant de faire travailler gratuitement les allocataires du RSA… Ministre immédiatement recadré par l’Elysée et rappelé à l’ordre par Matignon… avant d’être soutenu par M. Bertrand… tout en étant rejeté par Mme Bachelot qui dénonce la « beaufitude » de ses propos… ceux-ci finissant par être réhabilités par M. Copé et couchés sur le papier de ce fameux rapport parlementaire.

Bref, à en croire cette droite-là, le RSA serait le « cancer de la société »… Tout se discute et rien ne serait pire que de décréter un sujet « tabou ». Il n’en reste pas moins qu’en l’espèce, cette idée réussit le tour de force d’être à la fois un mensonge et une violence.

Un mensonge car, à en écouter les promoteurs, il n’existerait aucune contrepartie à l’octroi du RSA. Ignorent-ils que le bénéfice du RSA est soumis à un contrat par lequel l’allocataire s’engage à s’inscrire dans une démarche d’insertion et que cet engagement fait l’objet d’un suivi précis ? A écouter les mêmes, un couple au RSA cumulant les divers systèmes d’aides gagnerait plus qu’un couple dont un seul membre travaille au smic. Ignorent-ils qu’à configuration de ménage équivalente, le RSA permettra toujours de gagner davantage en reprenant un emploi, et qu’il s’agit même là de son principe fondateur ?

Mensongère, cette idée n’en est pas moins violente pour ces millions de gens qui connaissent une souffrance durable ou rencontrent un accident de la vie, et à qui l’on jette subitement à la figure l’image à la fois de leur inutilité sociale et désormais de leur nocivité financière.

Mais à y regarder de près, derrière cette guerre déclarée aux pauvres, s’en cache une autre : une véritable guerre des droites dont on ne mesure pas encore pleinement la brutalité, mais dont on perçoit déjà clairement les deux grands signes.

Premier signe, l’assaut idéologique. A peine la précampagne présidentielle lancée, déjà elle met en scène une véritable offensive idéologique « à droite toute ».

Dénonciation de l’assistanat et activation du mythe du « fainéant-fraudeur » à travers le RSA ; promotion de la prison avec le projet de réforme de la justice des mineurs ou encore le rapport parlementaire sur le durcissement de l’exécution des peines ; clémence fiscale pour les grandes fortunes avec l’allègement de l’ISF ; xénophobie décomplexée avec la proposition d’abolir la binationalité ; homophobie assumée avec le mariage homosexuel qualifié d' »aberration anthropologique »… Ces prises de position ne sauraient être regardées indépendamment les unes des autres. Ces vieilles lunes conservatrices forment un tout cohérent qui correspond à une volonté de l’aile la plus à droite de l’UMP de prendre la main sur la campagne présidentielle, sans réaliser que par-là même, c’est une remise en cause frontale – frontiste ? – de ce quinquennat qui est à l’œuvre.

Car en voulant revenir sur le RSA et en mettant en cause la politique de sécurité publique, ce sont les deux totems des années Sarkozy qui sont attaqués par la droite en son sein.

Second signe de cette guerre des droites, le choc stratégique. Le RSA apparaît clairement comme le point de bascule d’une stratégie électorale. En promouvant une personnalité issue de la gauche et en incarnant une ambition sociale, le RSA était hier le symbole de l’ouverture à gauche. Triste ironie de l’Histoire, en l’attaquant de façon aussi brutale, il devient aujourd’hui le symbole de l’ouverture au FN et de la stratégie du siphon de son électorat.

C’est à ce choix stratégique que répond l’offensive idéologique « à droite toute ». Un choix à haut risque quand on sait retenir les leçons du passé. A vouloir jadis ramener les électeurs du FN dans le jardin de la droite républicaine, cette stratégie n’a hélas abouti qu’à ramener les thèses lepénistes dans le champ de la République.

Quelques uns à droite n’ont pas tout oublié d’une doctrine strictement républicaine et toussotent encore un peu. Faut-il entendre dans l’humour corrézien de l’ancien président de la République l’expression d’un profond malaise face à cette stratégie d’accommodement délétère ?

Assaut idéologique et choc stratégique, voilà les deux signes de guerre que révèle le débat sur le RSA et qui, par effet de surenchère, pourraient conduire la France à une inquiétante dérive conservatrice. La gauche doit y puiser l’inspiration inverse pour l’avenir proche.

D’une part sur les valeurs, dont je suis intimement convaincu que, bien plus que le projet, elles feront gagner ou perdre la prochaine élection présidentielle. Rien ne doit détourner la gauche de ses fondamentaux, au premier rang desquels la solidarité.

Assumons cette idée simple en vertu de laquelle porter assistance à des gens qui souffrent, ce n’est pas en faire des assistés mais des citoyens. Face à une droite populiste, affirmons notre attachement à un « socialisme populaire » qui place la question sociale au cœur. L’emploi, le logement, le savoir et les sécurités doivent être nos quatre points cardinaux.

D’autre part sur l’approche. Le « diviser pour mieux régner » de M. Sarkozy, qui n’a cessé ces dernières années d’opposer les Français les uns aux autres, n’a abouti qu’à faire douter la République de sa capacité à aller de l’avant. Comment forger société commune dans un pays qui a peur de sa jeunesse, de ses couleurs, de sa culture populaire et finalement de lui-même ? Cette France que de trop longues années de droite ont fragmentée, il faudra demain la rassembler.

C’est de cela dont il sera question lors de la campagne présidentielle, et singulièrement à l’occasion des primaires.

Laissons les droites à leur guerre. Quant aux socialistes, gage à eux de se transcender. Ne faisons pas de notre processus de désignation un processus de destruction de la précieuse unité de valeurs et d’approche qui nous lie aujourd’hui. Telle est la première condition pour rassembler la gauche et demain unir le pays.

Claude Bartolone, président du conseil général de Seine-Saint-Denis et député de la Seine-Saint-Denis

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