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A propos de la double nationalité

M. Goasguen, rapporteur de la mission parlementaire sur la nationalité, vient d’offrir une nouvelle illustration de la confusion qui règne au sein de la majorité présidentielle. Son projet de réforme du droit de la nationalité – aussitôt présenté, aussitôt retoqué par son propre camp – s’inscrit dans la droite ligne des errements d’un Gouvernement qui, d’annonces en renoncements, navigue à vue.

Seul cap en ligne de mire : ancrer ses projets toujours plus à droite, à la frontière des terres du Front National. On notera ainsi la constance avec laquelle la majorité s’emploie à nourrir le débat sur l’immigration. A peine le débat sur l’identité nationale était-il enterré, que le sujet réapparaissait dans ce rapport de M. Goasguen, qui semble n’être qu’un laborieux plagiat de la lettre que Mme Le Pen a récemment adressée aux députés, pour leur suggérer d’abroger la double nationalité.

Que l’on ne s’y trompe pas, si M. Goasguen, sous la pression, a reculé sur les propositions les plus controversées, la même idéologie est à l’œuvre dans l’ensemble du projet : celle de la défiance et du rejet de l’immigré. La même ambition s’y exprime de part en part : restreindre drastiquement l’accès à la nationalité française, en exigeant l’abandon de la nationalité d’origine. Car la question de la bi-nationalité, et de son éventuelle suppression, est ici toujours réduite au problème de la naturalisation des résidents étrangers, notamment extra-européens, mais jamais envisagée pour les Français ayant acquis une autre nationalité.

Quelle étrange conception de la loi républicaine qui ne s’appliquerait qu’à une catégorie de citoyens ! Quelle étonnante intention de leur reprocher de n’être pas suffisamment animés du « sentiment d’appartenance nationale », sans jamais s’interroger sur les moyens mis en œuvre par la puissance publique pour y contribuer ! Et quel paradoxe de stigmatiser des étrangers prétendument réfractaires à l’insertion dans la société française, en proposant de se priver de l’un des instruments essentiels de leur intégration…

Il est aberrant de prétendre arracher totalement un étranger à ses origines pour le couler dans le moule du « bon Français », qui mérite de l’être s’il n’est que cela.

Logiquement absurde, juridiquement contestable, politiquement inacceptable, ce projet de réforme avortée ne sera certainement pas la première page du « nouveau roman national » que M. Goasguen appelle de ses voeux. Mais il donne déjà le ton d’une campagne présidentielle placée sous le signe de la démagogie et l’opportunisme électoral, que la gauche, plus que jamais, aura la responsabilité de dénoncer et de combattre opiniâtrement.