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Réélection à la présidence du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis

J’ai été réélu ce jour, Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, avec le soutien du groupe « socialiste, gauche citoyenne et écologiste » et du groupe  « communiste, citoyen, front de gauche pour une transformation sociale et écologique ».

Je prends toute la mesure du travail, commencé il y a trois ans, pour changer la Seine-Saint-Denis et améliorer encore le quotidien des séquano-dyonisiens. Je vous propose de retrouver ci-dessous, le discours que j’ai prononcé ce matin après ma réélection.


Claude Bartolone, réélu président du Conseil… par Seine-Saint-Denis

Discours d’investiture – Jeudi 31 mars 2011

Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Merci à chacune et chacun des conseillers généraux du groupe socialiste, gauche citoyenne et Europe Ecologie-Les Verts, ainsi qu’aux élus du groupe communiste, qui me renouvellent leur confiance en m’élisant à nouveau Président du Département de la Seine-Saint-Denis.

Je salue les élus du groupe UMP et du groupe du Centre, dont je ne doute pas qu’ils sauront marcher dans le sillage de l’opposition digne et raisonnée qui a été pratiquée ces trois dernières années dans cette enceinte. Je souhaite la bienvenue aux « nouveaux » : Martine Valleton, Jean-François Baillon, Pascal Beaudet, Belaïde Bédreddine, Hervé Chevreau et Claude Dilain (qui fait son retour dans cette assemblée).

Je salue enfin les personnes présentes dans le public – élus, militants associatifs, militants politiques, citoyens. Et j’adresse un salut particulier à tous les agents départementaux qui, jour après jour, année après année, fournissent un travail colossal pour mettre en musique la politique départementale. Ma première pensée, au moment de mon investiture, est dirigée vers ces femmes et ces hommes qui font le service public, qui sont le service public.

***
Mesdames et Messieurs, j’ai entendu ce qui a été dit par les orateurs qui m’ont précédé. Je ne relèverai pas certains propos qui ont été tenus et qui donnent une image un peu terne du rassemblement républicain pourtant vital dans la période que connaît notre pays, et singulièrement notre département.

Mes chers collègues, il y a le temps de la campagne et il y a le temps de l’action. La campagne fut animée, âpre parfois – et de tous côtés – mais elle est à présent derrière nous. Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’action et je souhaite que chacun mesure l’importance de dépasser sa rancœur et de se rassembler pour répondre aux attentes de notre département. Les seules qui comptent.

Qu’on le veuille ou non, les urnes ont rendu leur verdict. Qu’on l’accepte ou pas, la Seine-Saint-Denis a confirmé sa volonté de confier son avenir à la gauche et aux écologistes. Qu’on l’admette ou non, les électeurs ont reconduit les nouveaux équilibres de la majorité et ils ont par-là même réaffirmé leur confiance dans la nouvelle dynamique impulsée il y a maintenant trois ans.

Je conçois que cela puisse déplaire à certains. Mais la démocratie, ce n’est pas fait pour plaire ; c’est fait pour choisir. La démocratie, ce n’est pas un jeu ; c’est une lourde responsabilité qui ne tolère pas que l’on fasse de la division un divertissement. Alors plutôt que de ressasser, je souhaite que nous comprenions ensemble le sens du vote qui a eu lieu lors de ces élections cantonales.

Durant cette campagne, bien des choses nous ont été dites par nos concitoyens et nous serions bien inspirés de les entendre.

Oui, nous serions bien inspirés d’entendre qu’à l’heure où des peuples chassent leurs dictateurs et meurent au nom de la démocratie, notre département s’est une nouvelle fois distingué par un triste record d’abstention. Bien inspirés aussi de regarder droit dans les yeux la poussée inquiétante de l’extrême-droite à laquelle nous avons, hélas, assisté.

Oui, nous serions bien inspirés de comprendre que la Seine-Saint-Denis, à l’image de tous les territoires de France, a jeté sa souffrance à la figure de la République.

– Une souffrance sociale ancrée dans une réalité sociale. La réalité de cette satanée crise financière qui cause tant de destructions d’emplois, tant de peine pour certaines familles à joindre les deux bouts, tant de difficultés à payer son loyer. Et ce qui est vrai pour la France l’est encore plus pour la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et le plus pauvre de l’Hexagone.

– Une souffrance sociale qui, laissez-moi vous le dire, mijote depuis trop longtemps dans la marmite d’une politique gouvernementale qui exige des plus humbles qu’ils entretiennent les plus fortunés. Une politique qui frappe l’école, la santé, la protection sociale et la sécurité au cœur pendant qu’elle caresse et qu’elle protège les privilèges de quelques uns. D’autres échéances en d’autres lieux permettront bientôt aux Français de trancher ce débat.

– Et puis, disons-nous les choses franchement, une souffrance sociale excitée, hystérisée, exploitée par des discours haineux pointant du doigt « le Musulman », promu bouc-émissaire officiel de tous les maux français ! « Ce Musulman », décrété responsable à la fois d’une dissolution nationale et d’une dégradation sociale ! « Le Musulman », ce soi-disant incompatible, ce prétendu prieur de rue, cette supposée menace pour la laïcité !

Et lorsque j’entends un ministre de la République parler de croisade, je me dis qu’il est des moments où les Républicains, à force de ministres incontrôlés, ont le sentiment de ne plus être chez eux en République !

Eh bien, laissez-moi vous dire que cette stratégie de la honte, cette parole indigne dans laquelle se sont abandonnés certains responsables politiques, jamais elle ne sera tolérée dans cette assemblée républicaine !

Mesdames et Messieurs, si la Seine-Saint-Denis a décidé de réaffirmer sa confiance à la gauche et aux écologistes, c’est avant tout pour dire qu’elle ne veut pas faire de cette souffrance sociale son destin social. Nous ne voulons pas de ce destin-là.

***
Aussi, les habitants de Seine-Saint-Denis nous ont confié une feuille de route que je m’efforcerai de suivre avec vous pour les trois années qui viennent.

Pour cela, je vous propose d’abord que nous assumions ce que nous sommes. Une collectivité et des élus profondément marqués par la question sociale, ardemment animés par le « goût du social ». Non par idéologie, par manie ou par tradition. Simplement parce que c’est juste et parce que c’est nécessaire. Pourquoi ?

Le rôle d’un élu, c’est de savoir où il veut conduire une collectivité humaine dans les trente ans à venir. Et nous savons tous, certes avec des approches différentes, ce que nous voulons faire de ce département que nous aimons.

Mais dans ce moment de souffrance sociale et de peur du lendemain – parfois au sens propre du terme – croyez-vous que nos concitoyens puissent accorder quelque crédit à une promesse sur plusieurs décennies ? Croyez-vous qu’un seul habitant consente à appartenir à une génération sacrifiée à qui l’on jure qu’une fois sa vie écoulée, le territoire connaitra un avenir meilleur ?

Je ne le crois pas et je ne le souhaite pas. La question sociale, c’est aujourd’hui qu’elle se pose, pas demain. Et si nous voulons faire renaitre cette confiance dans la politique, cette « foi républicaine » que le souffle de l’abstention a balayée, nous devons donner des preuves maintenant.

Nous devons entendre le message de ces milliers d’électeurs qui nous demandent de préserver les services publics et qui attendent du Conseil général qu’il soit pour eux un bouclier social. En un mot comme en cent, nous devons proposer les conditions de l’égalité réelle.

– L’égalité réelle, c’est de pouvoir vivre aussi longtemps en Seine-Saint-Denis que partout ailleurs. C’est de pouvoir se soigner en Seine-Saint-Denis comme partout ailleurs.

Je souhaite donc que le Département s’impose comme un « coproducteur de santé publique ». Des assises de l’offre de soins se tiendront dès cette année. J’aurai alors l’occasion de vous proposer un « Pacte de la santé publique pour la Seine-Saint-Denis » dont nous débattrons ensemble.

Mais pour rendre nos projets pleinement efficaces, nous avons besoin d’un Etat qui joue pleinement son rôle. Nous connaissons tous les inquiétudes des professionnels de santé en matière de moyens, d’effectifs et de conditions de sécurité dans l’exercice de leur métier. Il est temps que l’Etat y réponde et nous ne cesserons de l’interpeler dans ce sens.

– L’égalité réelle, c’est également de pouvoir vieillir en Seine-Saint-Denis comme partout ailleurs. C’est aussi de vivre son handicap dignement lorsqu’il survient. Le Département prendra toute sa part pour répondre à ces défis. Je vous ferai des propositions prochainement.

– L’égalité réelle, Mesdames et Messieurs, c’est aussi une école qui fait grandir tous les corps et tous les esprits. Une école qui ne laisse pas un seul de nos enfants dériver sur « l’itinéraire bis » de l’accès à l’égalité républicaine – un chemin plus long, mal indiqué, souvent barré, où l’on peut aisément se perdre.

L’éducation demeurera donc la grande cause départementale. Nous nous concentrerons à la fois sur la pierre et sur l’intelligence. Sur la pierre bien sûr avec la mise en œuvre du Plan exceptionnel d’investissement qui va donner naissance à nos 21 nouveaux collèges. Mais sur l’intelligence aussi grâce à un vaste « projet éducatif » que je vous proposerai et qui s’adressera à chaque adolescent de 11 à 16 ans, collégien ou non.

Mais quel que soit l’engagement du Département, aucune ambition éducative ne sera possible si le gouvernement s’entête dans sa politique de suppressions de postes dans l’Education nationale. Je veux d’ailleurs témoigner ma solidarité aux enseignants et parents d’élèves mobilisés aujourd’hui en Seine-Saint-Denis contre les non-remplacements et les suppressions de postes.

– L’égalité réelle, Mesdames et Messieurs, c’est aussi le droit à un logement décent. Nous ferons vivre ce droit en poursuivant nos efforts en matière de lutte contre l’habitat indigne, d’accession à la propriété et de logement des jeunes.

Là encore, ce que nous ferons ne compensera jamais le devoir de l’Etat de répondre à la crise du logement social. Nous avons besoin de 500 000 logements sociaux en région parisienne dans les 5 ans. Nous saurons interpeler l’Etat pour lui rappeler cette urgence.

– L’égalité réelle, c’est encore un emploi pour chacun, quel que soient son âge, ses origines ou sa couleur de peau. Si vous en êtes d’accord, nous poursuivrons le développement des partenariats avec les entreprises et nous renforcerons notre action dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

– L’égalité réelle, enfin, c’est de permettre aux partenaires privilégiés du service public que sont les associations de faire leur travail. Je vous l’ai dit, je vous le proposerai : le budget dédié aux associations culturelles et sportives sera sanctuarisé.

Mesdames et Messieurs, c’est en donnant des preuves sur l’emploi, le logement, l’école, la santé et la dépendance que nous pourrons donner un sens à ce « goût du social » et convaincre les habitants qu’il y a un avenir en Seine-Saint-Denis. Car à côté de ces réponses immédiates, je veux que le Département demeure cet acteur visionnaire et stratège qui propulse le territoire vers l’avenir.

***
Notre vision, notre stratégie pour préparer l’avenir, c’est la social-écologie. L’écologie, la Seine-Saint-Denis la mérite aussi. Car au-delà des enjeux planétaires de réchauffement climatique ou de raréfaction des ressources naturelles, la question écologique est une question sociale et concerne d’abord la vie quotidienne des familles modestes.

L’écologie en Seine-Saint-Denis, c’est le pouvoir d’achat des ménages avec la question de la facture énergétique, c’est la santé des enfants avec l’exigence de réduire leur exposition aux polluants, c’est le cadre de vie des familles.

C’est pourquoi je souhaite que le Conseil général actionne tous les leviers pour rendre la Seine-Saint-Denis exemplaire en matière écologique.

– D’abord en améliorant les déplacements, car nous savons que tout commence par les transports. Beaucoup de projets ont été portés sur le devant de la scène depuis trois ans : Arc Express, le « Grand Huit », la tangentielle Nord… Le Département a obtenu en janvier 2011 du Gouvernement un soutien à ses deux tracés complémentaires de métro automatique à l’Est.

Mais bien au-delà de ces projets indispensables pour réduire la place de l’automobile, favoriser le développement économique, le renouvellement urbain et désenclaver certains quartiers, le Département agira sur des projets de plus court terme.

Je pense à la poursuite de notre effort exceptionnel sur les tramways, je pense au projet de Bus à Haut Niveau de Service le long de la RN3, sans oublier les prolongements de lignes de métro que nous continuerons de soutenir.

– D’autre part, je vous propose de donner un coup d’accélérateur au développement du territoire. Je pense avant tout au projet « Territoires de l’Ourcq en mouvement » liant l’ex RN3 et le canal de l’Ourcq, du Bassin de la Villette à Paris jusqu’à la Seine-et-Marne. Je réunirai les maires des communes concernées dès le mois de mai pour élaborer une charte de développement de ce territoire.

– Enfin, Mesdames et Messieurs, je vous propose que le Département poursuive sa politique de développement de la « trame verte », qu’il s’agisse des parcs ou des corridors écologiques. Je souhaite que nous développions leur fréquentation et leur usage par les habitants dans le respect des impératifs de la biodiversité.

***
Mesdames et Messieurs, on dit souvent que « là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Certains prêtent cette phrase à Jaurès. D’autres à Lénine… Gageons qu’elle participera à renforcer davantage encore le rassemblement de la majorité…

La volonté, nous l’avons. Le chemin, il existe. Mais nous le savons étroit et nous le voyons se rétrécir à chaque mauvais coup porté à notre autonomie financière. Aussi, rien ne sera possible si, ce chemin, nous ne le dégageons pas. En cela, la social-écologie que nous devons porter ensemble, elle ne peut être qu’une social-écologie de combat.

– Mais nous devons veiller à ce que ce combat ne soit pas un combat contre la vérité. Ou pire, un combat contre nous-mêmes. En aucun cas, notre ambition ne doit conduire à éluder la situation réelle dans laquelle se trouve notre département.

Car la Seine-Saint-Denis, comme la France, est entrée de plain-pied dans l’ère de l’argent public rare. Ne pas le dire, serait mentir.

Notre devoir, notre responsabilité, notre honneur, c’est non seulement de déterminer les grandes priorités du Département que je viens de vous énoncer, mais surtout de mettre le Conseil général en situation d’assumer ces priorités. Pour cela, je vous propose de poursuivre l’assainissement des comptes départementaux.

Les efforts doivent être maintenus pour dégager des moyens pour nos investissements, pour faire reculer les emprunts toxiques par la renégociation, pour aller chercher des financements extérieurs, pour faire la chasse aux gaspis.

C’est une discussion que nous aurons lors du débat budgétaire, mais dès maintenant je peux vous dire que ces efforts seront vains si nous ne parvenons pas à obtenir compensation de la dette de l’Etat.

– Oui, il va falloir continuer à se battre contre les coups portés à la République décentralisée.

Il y a un an, avec le budget de révolte, nous avons été les précurseurs et les moteurs de ce combat au nom du maintien des services publics locaux, et je crois que nous sommes parvenus à sensibiliser l’opinion, de même que nous avons su rassembler une majorité de départements, toutes couleurs politiques confondues.

Depuis lors, nous nous sommes emparés de la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel. Je vous propose que nous poursuivions ensemble ce combat pour obtenir le remboursement de la dette de l’Etat et les moyens d’une décentralisation réelle.

***
Mesdames et Messieurs, j’en arrive à la fin de mon propos. Lorsque l’on connait « l’histoire vraie » notre département, on sait que nul n’en est propriétaire.

Au cœur des Trente Glorieuses, la Seine-Saint-Denis a bâti une petite société urbaine sur le sol du plein-emploi. Cette petite société a accueilli des gens d’ici et d’ailleurs, heureux de trouver un logement moderne et confortable. Heureux de fabriquer une France en miniature où les apports de l’immigration pouvaient se mélanger aux traditions françaises. Heureux d’essuyer les plâtres d’une culture populaire qui ne voyait pas dans ces barres et ces tours des morceaux de béton mais un concentré de chaleur humaine, d’entre-aide, de solidarités.

Et puis soudain, le sol du plein-emploi s’est effondré. Et tout ce qui était notre force est injustement devenu l’épouvantail des autres. Cette population jeune, vivier de la France, a été injustement regardée comme une menace. Cette culture populaire, a été injustement perçue comme un code des cités. Ce métissage, cette immigration, cette nouvelle France, sont devenus des raisons injustes de se regarder en chiens-de-faïence.

C’est cela l’histoire vraie de la Seine-Saint-Denis. C’est l’histoire d’une crise, d’un abandon de l’Etat et d’un colossal besoin de social et de service public.

Cette histoire, nul besoin de la réécrire, elle fait partie de nous-mêmes. Ecrivons-en simplement la suite. Et je suis certain qu’elle peut être belle si nous savons renouer avec quelques fondamentaux. Se rassembler, avant tout, car c’est la condition de la force. Se détourner des petits enjeux pour se tourner vers nos concitoyens. Se battre pour défendre des valeurs, des idées, au premier rang desquelles la République. Et agir juste, pour contrarier les mauvais destins.

C’est cet espoir que je souhaite nous voir porter ensemble.

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