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Discours à l'église des Lilas

Monseigneur,
Monsieur le Curé,
Monsieur le Maire,
Madame la Conseillère Régionale,
Mesdames et messieurs les élus du Pré-Saint-Gervais et des Lilas

Je tiens à excuser le Maire du Pré-saint-Gervais qui est en mission à l’étranger et qui ne pouvait être présent aujourd’hui.

Ce n’est pas tous les jours que l’on intervient dans une telle assemblée et dans un tel moment. Un moment qui nous fait vivre l’Histoire, la grande histoire, celle qui rappelle la présence de la chrétienneté sur les terres de la Seine-Saint-Denis. Comment oublier – Monseigneur n’y voyez aucune menace – Saint Denis, 1er évêque de Paris, qui après avoir été exécuté par les Romains, s’est levé après son supplice et a marché avec sa tête dans les mains jusqu’à Saint-Denis ?

Comment oublier le bon roi Dagobert qui en 630 a eu cette incroyable idée de construire cette basilique devenue la nécropole des rois de France ?

Comment oublier cette présence des valeurs chrétiennes sur ce territoire et tout ce que ces valeurs ont pu lui apporter ?

L’Histoire encore, et Claude Ermogéni vient de l’évoquer avec cette loi du 9 décembre 1905, qui a eu l’occasion, dans le cadre de l’établissement de la République, de séparer l’Eglise de l’Etat et d’essayer de trouver avec la laïcité, le cadre historique qui allait faire de notre pays un modèle pour bon nombre d’autres contrées.

Cette laïcité républicaine, qui même si sous la IIIe République certains ont tenté de la caricaturer comme une sorte d’affrontement entre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas, définissait ce qui relevait de la religion et ce qui relevait de la République; ce qui relevait de la part privée de l’individu et de la part publique de l’individu.

Aujourd’hui lorsque l’on voit cette pratique des valeurs de la République et lorsque l’on voit les désordres qui peuvent exister dans le monde, lorsque l’on réussit à reconjuguer religion et laïcité, je pense que la République Française a réussi à trouver un bon niveau de compromis, un compromis qui fait bouger, pas qui enlise.

L’histoire locale – si vous me permettez un clin d’œil – car ce n’est pas anodin d’inaugurer cette nouvelle église. Ici aux Lilas, une ville dirigée par un maire socialiste de famille protestante, avec un premier adjoint communiste chargé des travaux et qui suit l’ensemble de ce dossier. C’est un clin d’œil à la fois à l’histoire des religions et à celle des partis politique, quelle belle manière de faire vivre la laïcité.

Je sais cher Daniel, les débats qui ont pu exister au sein du conseil municipal, dans une ville qui connaît comme bon nombre de collectivités des difficultés financières, autour de ce choix qui a été fait pour permettre à ce lieu magnifique, ce symbole, ce monument de participer à la vie des Lilas. Je sais les débats que tu as eu l’occasion de mener, je crois que tu as bien fait.

L’histoire qui fait que ce département, non seulement après avoir accueilli la tête de Saint Denis, les décisions du Roi Dagobert, est aujourd’hui un département un peu exceptionnel, un département monde, de toutes les couleurs, de toutes les religions. La religion juive est présente en Seine-Saint-Denis depuis 2000 ans, et aujourd’hui nous nous devons d’accueillir nos compatriotes musulmans, pour forger cette société, cette république du 21e siècle. C’est aussi ce message de tolérance et de vivre ensemble, que peut représenter la présence de l’élu, du député, du représentant de la République, mais aussi du président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, que je suis, parce que nous sommes regardés dans notre capacité de vivre les uns avec les autres.

L’histoire qui amène les chrétiens, comme un certain nombre de responsables politiques, dans ce département en particulier, à se côtoyer de manière régulière, même en dehors des lieux de cultes. Comment ne pas évoquer le secours catholique ? Comment ne pas évoquer tous ces combats dans lesquels nous nous retrouvons, les uns à côté des autres sans demander quelle est religion de l’un et quelle est la religion de l’autre ?

Lorsque je vois ces jeunes, ces femmes, ces hommes qui au nom de leur engagement chrétien se retrouvent avec les élus politiques devant les bâtiments de la préfecture pour essayer d’améliorer l’accueil des étrangers ; lorsque je vois ces militants, quelle que soit leur conscience qui se mobilisent auprès des enfants de famille sans-papier pour éviter qu’ils soient chassés de l’école de la république ; lorsque je vois ces femmes et ces hommes à l’âme bien trempée, qui durant des nuits entières parcourent les villes de la Seine-Saint-Denis pour essayer de lutter contre la pauvreté, cela montre le lien qui peut exister entre nous, quelle que soit notre conscience, quelle que soit notre religion, quelle que soit notre philosophie, lorsque nous avons en commun l’Homme au fond de nos cœurs.

Histoire encore, histoire locale : comment ne pas imaginer cette émotion qui est celle de toutes ces lilasiennes et de tous ces lilasiens qui découvrent ce lieu magnifique. Le père Benoît en a entendu sur ce lieu, heureusement que l’architecte n’était pas toujours là car il aurait pu connaître le même sort que Saint Denis : mais aujourd’hui le résultat est là.

Messieurs les architectes, vous avez réussi à offrir à la fois ce message d’avenir mais qui ne peut faire oublier le signe du passé.

En tant qu’ancien Ministre de la Ville, je sais ce que peuvent représenter ces opérations de démolition/reconstruction, elles ouvrent la porte sur l’avenir, elles ouvrent la porte sur cette manière d’évoquer le futur sans jamais oublier le passé des lilasiennes et des lilasiens. Ils seront marqués à tout jamais par l’ancienne église : celle où on a connu le baptême, celle où on se mariait, celle où on accompagnait avant la dernière demeure un être cher. Cette cérémonie, c’est aussi le lien entre l’histoire qui est à portée de main et l’histoire qui est à construire.

L’Histoire pour terminer, parce qu’elle bégaie toujours. Comment ne pas avoir à l’esprit, au moment où nous sommes ensemble, les événements dramatiques qui se sont déroulés en Egypte à Noël ? Comment ne pas avoir à l’esprit le rôle que les hommes voudraient faire jouer aux religions pour régler quelques fois des problèmes qui ne relèvent que de la politique ?

L’histoire qui nous amène, qui amènera les chrétiens à se retrouver ici dans les moments où ils voudront communiquer avec Dieu. Mais l’histoire doit nous amener les uns et les autres, quelle que soit notre religion, quelle que soit notre pensée, à savoir qu’il est de notre responsabilité de la faire.

Ici nous faisons l’histoire en prolongeant cette chaîne de la présence chrétienne en Seine- Saint-Denis. Mais ici nous devons aussi utiliser ce symbole pour rappeler que l’histoire ne dépendra que de nous.

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