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Salon du Livre de Jeunesse – Inauguration à la Halle Dufriche

Monsieur l’Inspecteur d’Académie,
Madame la Présidente,
Monsieur le Vice-Président de la Région,
Madame la Sénateur-Maire,
Monsieur Le Vice-Président du Conseil Général,
Mesdames, Messieurs,

Comme chaque année, j’ai plaisir à venir ici, au Salon du Livre de Jeunesse.

J’y vois un public et des professionnels toujours plus nombreux, fidèles à ce rendez-vous désormais incontournable.

Comme chaque année, j’y redécouvre les yeux curieux des enfants et des jeunes, à l’affût du livre qui régalera leur imagination.

Du plus jeune âge à l’adolescence, ils sont nombreux, ici, à tourner les pages et à découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles publications.

Comme chaque année, je constate que le Centre du Livre et de Presse Jeunesse n’a pas manqué d’imagination en convoquant pour cette édition les personnages les plus plébiscités de la littérature enfantine : les princes et les princesses.

Pourtant cette année, et peut-être pour la première fois, je m’adresse à vous avec un sentiment de soulagement partagé et en même temps une inquiétude persistante.

Mesdames, Messieurs, je ne vous raconterai pas de fable : l’hiver dernier, la 26ème édition du Salon était menacée.

Mise en péril précisément, par ce que je dénonçais ici même l’année passée, en présence du Ministre de la Culture.

Je parlais de l’asphyxie financière des départements, je parlais du repli contraint sur leurs compétences obligatoires, de la non compensation des transferts de charge par l’Etat et de la menace pesant sur nos politiques culturelles.

Il m’a été répondu à l’époque, de manière plus ou moins courtoise d’ailleurs, que je jouais aux « Cassandre » et qu’il n’y avait tout compte fait pas de loup dans la bergerie.

Autrement dit : « circulez, il n’y a rien à voir ».

Et pourtant, je ne regrette pas d’avoir tiré la sonnette d’alarme en décembre.

Je ne regrette pas d’avoir lancé un appel dénonçant notre culture en danger.

Appel qui, avec ses 31 000 signatures, a permis une véritable prise de conscience de la menace qui planait sur la culture –je rappelle que 70% de la culture en France est financé par les collectivités locales- et a incité l’ensemble de mes collègues à se mobiliser.

Je ne regrette pas d’être allé au festival d’Avignon cet été relayer cette peur auprès des représentants du Ministère de la Culture.

J’ai la faiblesse de croire, Mesdames, Messieurs, que la mobilisation massive des départements contre la réforme des collectivités territoriales a permis de confirmer, du moins jusqu’en 2015, l’exception culturelle dans la loi qui a été votée il y a quelques jours.

Loi inique, qui je l’espère pourra être abrogée dans quelques années.

Car si le droit des collectivités à intervenir sur la culture est pour le moment maintenu, le financement de la culture n’est pas un dossier clos.

Bien au contraire.

Le Département de la Seine-Saint-Denis doit faire face à de nombreuses remises en question de son autonomie financière.

Tout d’abord, les transferts de charges obligatoires non compensées, en dépit des promesses du gouvernement.

La facture pour l’Etat est aujourd’hui de 640 Millions d’€.

640 M€, qui seraient bien utiles en période de crise pour financer les prestations sociales dont nous avons la charge et dont le nombre de bénéficiaires ne cesse d’augmenter !

Pourtant, pas un jour ne passe sans que je ne traque les dépenses injustes, là où elles sont, comme je l’ai fait en forçant les banques à renégocier les emprunts toxiques qu’elles avaient fait souscrire au département !

Pas un jour ne passe sans que je ne réclame le dû de la Seine-Saint-Denis et de ses habitants.

Mais allez donc faire signer un chèque à l’Etat en ce moment !

Déficit, économies, crise, tous les arguments m’ont été présentés.

Vous le savez, je ne perds jamais mon objectif de vue.

En avril dernier, pour réclamer les 75 Millions d’euros que l’Etat nous doit pour la seule année 2010, j’ai fait voter un budget de révolte, en déséquilibre.

Nous n’avons au final pas obtenu les 75 Millions d’€.

Mais le Ministre du budget a, semble-t-il, entendu la tempête qui se levait en Seine-Saint-Denis :

on m’a annoncé il y a deux semaines la mise en place d’un fonds de 150 Millions d’€ destiné aux départements en difficulté.

Mesdames, Messieurs, je ne sais guère à quel montant de ce fonds la Seine-Saint-Denis pourra prétendre, mais l’existence de ce dispositif sonne comme un aveu.

L’Etat a une dette envers la Seine-Saint-Denis et envers les gens qui la font vivre.

Et ce fonds, c’est bien le moins que l’Etat puisse faire.

Car parallèlement à ce pas en avant, tout timide soit-il, le Gouvernement nous contraint à payer le ticket modérateur lié à la taxe professionnelle. Qui elle, n’existe plus et n’est à ce jour pas très clairement remplacée.

Parallèlement à cette annonce, le Gouvernement a annoncé un gel des dotations des collectivités territoriales, alors que les prix et les charges, elles, continuent d’augmenter.

Alors, dans ce contexte, là, je suis bien obligé d’avouer que le financement de nos compétences non-obligatoires, dont la culture, m’inquiète toujours.

Comment continuer à financer la culture, le sport, le logement avec des moyens financiers qui nous sont enlevés progressivement, années après années ?

Je n’ai pas- et je le regrette- de baguette magique.

Mais en revanche, j’ai de la pugnacité.

Je ne baisserai pas les bras.

Je continuerai à défendre la culture et ses moyens, parce qu’elle fait l’identité de notre territoire, riche et multiple.

Parce qu’elle n’est pas « en plus » dans l’action que je mène pour enfin faire entrer la Seine-Saint-Denis dans le 21ème siècle. Elle en fait partie intégrante.

Elle est, avec l’éducation, le socle de la réussite de nos enfants.

Elle est le terreau, ici en Seine-Saint-Denis, d’une diversité qui s’assume.

J’ai lancé le dispositif la Culture et l’art au Collège, aujourd’hui présent dans 119 collèges sur 120, parce que je crois aux vertus de la rencontre entre les artistes, les œuvres et les élèves, qui sont le public de demain.

J’ai proposé des conventions de coopération aux villes du département parce que je crois que la culture est un bien qui se partage et un facteur de bien-vivre ensemble.

Je veux préserver ce dynamisme.

Le budget dédié à la culture en 2011 sera donc, je m’y engage, le même qu’en 2010.

Lors de la préparation budgétaire de cette année, la baisse de la subvention de fonctionnement du Salon du Livre de Jeunesse a été évoquée. Comprenez-moi bien, ce sont plus de 100 millions d’euros qui nous ont manqué au Département de la Seine-Saint-Denis pour mener exactement les mêmes politiques que l’année précédente !

Nous nous sommes alors lancés dans un véritable casse-tête comptable, contraints de faire des choix insupportables pour des élus.

Cette annonce a provoqué beaucoup d’émoi en Seine-Saint-Denis et bien au-delà : vous avez été nombreux à manifester votre attachement à cet évènement.

J’ai entendu cet émoi, nous en avons tenu compte, avec Emmanuel Constant, le Vice-Président chargé de la culture, et nous avons décidé de maintenir notre participation à cet évènement qui, vos témoignages en sont la preuve, rayonne bien au delà de notre territoire.

J’assume ce choix.

Je l’assume parce que la lecture est une porte d’entrée vers la réussite et l’épanouissement des enfants, et a fortiori ceux de la Seine-Saint-Denis.

Lire est le premier des apprentissages, il délivre un passeport pour l’évasion en même temps qu’une clef vers le savoir.

Vous le savez, la politique de lecture publique du Conseil Général ne manque pas d’ambition pour promouvoir les auteurs et leurs ouvrages.

En Seine-Saint-Denis, nous allons chercher les lecteurs dès la crèche puisque nous faisons créer chaque année, spécialement pour les tout-petits, un livre que nous diffusons dans les structures du département.

Nous proposons des résidences d’écrivains au long cours dans les villes, et même dans les collèges, où nous avons eu le plaisir récemment d’accueillir Maylis de Kerangal. Maylis, qui écrivait le Prix Médicis 2010, tout en accompagnant la découverte par nos collégiens du plaisir littéraire.

Les médiathèques et leurs collections, points névralgiques de la culture dans les villes, fleurissent sur le territoire avec le soutien du département.

L’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis et le CPLJ poursuivent leurs missions de valorisation et de formation auprès des jeunes et des professionnels du livre, avec le soutien du département.

Je ne suis pas exhaustif, mais le Salon du Livre de Jeunesse est en quelque sorte le « navire amiral » de cette Armada au service de la lecture et en premier lieu, au service de nos enfants.

Constater les allées de la Halle Dufriche toujours emplies de petits et de grands me conforte dans ce choix que nous avons fait de demeurer le premier financeur du Salon.

Comme on le lit souvent dans les contes de fées : tout est bien qui finit bien.

Ou presque.

Car, vous l’aurez remarqué, nous ne sommes pas dans un conte de fées.

Vous le savez, le Salon du Livre de jeunesse demeure fragile.

Ce succès, qui ne se dément pas, fait aussi sa faiblesse : recevoir chaque année plus de visiteurs de toute l’Ile-de-France, mettre en place des dispositifs de grande qualité nécessitent les efforts de tous.

Je sais bien que les bonnes fées n’existent pas mais permettez-moi d’être encore un peu naïf et de croire qu’il est possible de trouver ensemble les solutions pour pérenniser cet évènement et le conforter dans notre paysage culturel.

Voilà, vous ne trouverez aucun sortilège, aucune féérie dans mon discours. Mais ma ténacité et mon ambition pour la Seine-Saint-Denis sur lesquelles les habitants de ce Département peuvent compter.

Je vous remercie.