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Signature de la convention départementale d’accueil des collégiens exclus temporairement

Madame l’Inspecteur d’académie,
Monsieur le Vice président, cher Mathieu,
Madame la Maire, cher Corinne,
Mesdames et Messieurs les principaux des collèges,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations et des villes,

Tout commence par l’Education.

L’éducation émancipe et l’Education qualifie. Que voulez vous demander de plus à une politique publique ?

Ce qui est vrai dans l’absolu est encore plus vrai pour la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de France hexagonale.

Au nom de cette conviction, j’ai souhaité faire de l’Education la grande cause départementale.

Alors, évidemment pour un Conseil général, la première des priorités en matière d’éducation, c’est de mettre en œuvre pleinement ses compétences premières : offrir à nos collégiens un cadre éducatif serein, sécurisé et aussi beau tout simplement. C’est une question de respect.

Nous l’avons fait, en lançant le 17 octobre dernier, un grand plan d’investissement en faveur des collèges. J’espère qu’il contribuera à changer le visage des collèges de la Seine-Saint-Denis.

Mais, j’ai considéré que nous devions aller au-delà de nos compétences.

Pourquoi ?

Parce que si l’Education nationale relève de l’Etat – et je ne veux pas polémiquer ici sur les conséquences des choix du gouvernement pour le service public d’éducation (vous savez ce que j’en pense)- si l’Education relève de l’Etat, il faut aussi que les collectivités (parce qu’elles connaissent finement leur territoire) prennent leur part dans l’acte éducatif en accompagnant les équipes éducatives dans leur mission. Cette compétence facultative est pour moi une responsabilité obligatoire.

Il se trouve que nous constatons tous ici, en Seine-Saint-Denis, deux maux majeurs dans nos collèges.

Le premier, c’est bien souvent la dévalorisation dont ils sont victimes. La dévalorisation et donc l’évitement de certaines familles qui ont les moyens de s’en échapper.

Cela conduit inévitablement à ce que certains établissements scolaires manquent cruellement de mixité sociale.

Tout le monde s’accorde pourtant à dire que la mixité sociale est un facteur de réussite.

Alors, j’ai voulu montrer que l’excellence, cela concernait aussi les collèges de Seine-Saint-Denis.

Avec le plan exceptionnel d’investissement, nous consacrons 703 millions d’euros aux collèges en rénovant et construisant mais aussi en agissant sur le contenu.

– Nous avons lancé le programme La Culture et Art au Collège l’année dernière qui est un véritable succès puisque 119 collèges bénéficient de parcours artistiques en lien avec des structures culturelles.

– Nous lançons aussi un vaste plan numérique de 29 millions d’euros qui permettra d’équiper les collèges.

Le deuxième mal, c’est que nos collèges sont plus qu’ailleurs le réceptacle des difficultés sociales des habitants de ce département.

Malheureusement, le poids du facteur social dans les conditions de réussite scolaire est de plus en plus important.

Et, l’échec scolaire, vous le savez mieux que moi ici, provoque bien souvent une spirale d’incivilités et de violences.

C’est là, que j’entre dans le vif du sujet.

Dès mon arrivée à la tête du Conseil général, avec Mathieu Hanotin, nous avons lancé un plan de sécurisation des collèges pour offrir un cadre de travail serein aux élèves et aux enseignants. Et cet été encore, pas moins de 24 collèges ont bénéficié d’importants travaux, pour installer ici de la vidéosurveillance, là des alarmes anti-intrusions, ailleurs des sas d’entrée avec à la clé une réduction des intrusions. Cette politique de sécurité, je l’assume. Je ne laisserai ni un enfant, ni un enseignant se rendre au collège la peur au ventre au nom de je ne sais quel tabou poussiéreux.

Mais intervenir sur le bâti n’est pas suffisant.

J’ai voulu construire une étape supplémentaire dans l’action préventive du Conseil général en intervenant sur la question du décrochage scolaire et des élèves exclus. Car tous les professionnels s’accordent à le dire. Le jeune que l’on retrouve à 17, 18 ou 20 ans dans les couloirs d’un tribunal d’instance, il a d’abord été un jeune exclu du système scolaire, sorti de l’institution sans aucun diplôme, comme 130 000 jeunes chaque année dans notre pays.

Notre démarche s’appuie sur 3 principes.

Le premier principe c’est celui qui consiste à dire que les institutions doivent être en mesure d’intervenir dès la 1ère bêtise.

De la même manière que je ne cesse de dire que la justice des mineurs doit avoir les moyens de mettre en place des mesures éducatives pour les jeunes qui ont commis un acte de délinquance, il faut que, dans l’Ecole, on puisse intervenir dès la 1ère sanction.

Il faut intervenir avant les conseils de discipline qui prononcent bien souvent des exclusions définitives conduisant les jeunes à errer dans leur quartier avant d’être re-scolarisés.

J’ai donc souhaité que le Conseil général puisse promouvoir des initiatives qui assurent une continuité éducative et une prise en charge pendant cette période de mise à l’écart.

Cette continuité éducative, c’est ce qui peut prévenir le décrochage scolaire.

Evidemment, il faut aussi faire réfléchir les jeunes au sens de la sanction.

Cette sanction, Mesdames et Messieurs les principaux, vous le savez mieux que moi, fait partie de l’acte éducatif et je sais qu’elle arrive au bout d’un processus de dialogue avec le jeune.

Si cette sanction est éducative, les enseignants, les conseillers principaux d’éducation doivent être étroitement associés aux dispositifs que nous mettons en place la plupart du temps en dehors du collège.

J’en arrive alors à notre 2ème principe : à chaque étape, nos jeunes ont besoin du monde des adultes.

Je veux en profiter pour remercier ici l’engagement des équipes de l’Education nationale et de Monsieur l’Inspecteur d’académie dans l’exercice de leur mission.

Ces dispositifs de prise en charge ne sont possibles que parce que vous avez tous décidé de vous y impliquer.

Il faut impliquer l’équipe éducative du collège aussi puisqu’il faut que la réintégration du jeune dans sa classe soit réussie.

Ce monde des adultes doit être exemplaire.

Exemplaire dans sa capacité à être juste dans les sanctions prononcées.

Exemplaire dans la qualité de son encadrement. Vous devez savoir que de ce point de vue, nous avons mis en place des critères d’attribution de nos subventions parmi lesquels le niveau de formation des référents locaux.

Exemplaire enfin dans sa capacité à mettre en place un suivi adapté de ces jeunes. Adapté et cohérent.

Je dis cohérent parce que je pense que les différents acteurs qui interviennent auprès de ces jeunes doivent porter un discours commun et surtout doivent se parler !

La vie d’une jeune, qui plus est en difficulté, ne peut pas être saucissonnée. Il y a tellement d’imbrication entre sa vie à l’école, sa vie à la maison, sa vie dans son quartier, sa vie dans ses loisirs.

Je crois que les dispositifs que nous soutenons permettent de prendre en compte cette globalité du suivi.

C’est le 3ème principe qui nous guide, celui de la coéducation.

Je veux m’arrêter sur le rôle des parents et sur l’importance de les impliquer dans nos projets.

Nous demandons aux porteurs des projets de s’attacher particulièrement à cette question.

J’ai dis coéducation.

– Le département dans son rôle de coordination et de pilotage. Je dois dire aussi de financeur puisque nous accordons des subventions allant de 2000 euros à 95 000 euros en fonction d’un certain nombre de critères tels que l’aide au démarrage, le nombre de collèges concernés, le niveau de formation des référents, la coordination et l’évaluation du dispositif.

Nous avons consacré 200 000 euros sur notre budget 2010 à cette action et un référent de notre Direction de l’Education est à temps plein dessus.

Je ne doute pas, par ailleurs, de sa montée en puissance en 2011.

– Les Villes, ensuite, dans leur capacité à ancrer le projet dans un projet de territoire. Elles fournissent aussi, bien souvent, les locaux et les personnels d’encadrement soit par le biais de leur programme de réussite éducative, soit par certaines associations locales.

Nous avons lancé un appel à projet auprès de toutes les villes du département en juin dernier. La moitié des villes y ont répondu favorablement. Je peux vous annoncer que d’ici la fin de l’année scolaire, 17 villes participeront à notre dispositif. Elles étaient 7 l’année dernière.

– Les associations aussi puisque certains projets sont portés par des associations qui montrent leur savoir-faire au quotidien. Je pense à l’AFPAD à Pierrefitte, à l’APCIS à Stains ou à ARRIMAGES à Clichy-Sous-Bois.

C’est d’ailleurs à Stains et Pierreffitte mais aussi à Aubervilliers, que l’expérimentation nous a conduits à proposer un déploiement sur tout le département.

– Les équipes éducatives des collèges bien sûr, qui sont LE point d’entrée de ce dispositif, qui connaissent les jeunes, qui peuvent faire le lien avec les familles, qui sont ceux qui assurent la continuité ! Je peux vous annoncer aussi que 51 collèges participeront à cette démarche d’ici la fin de l’année. Ils étaient 20 l’année dernière.

– L’inspection académique enfin, qui pilote à nos cotés ce projet, qui dégage quand elle le peut des moyens humains notamment en personnel de vie scolaire. J’ai compris que vous pouvez cette année attribuer une subvention de 500 euros par projet. Je ne doute pas aussi de votre soutien pour nous aider à récupérer des subventions du Fonds social européen.

Voici donc un bel exemple de coéducation.

Cette démarche a permis d’accueillir 500 jeunes l’année dernière. J’espère qu’elle constituera une réussite demain et que l’objectif « o élèves exclus à la rue » deviendra statistique.

Nous avons un devoir de résultat lorsque l’on connaît les désastres que peut provoquer l’exclusion scolaire : de la première bêtise au décrochage. Du décrochage à la stigmatisation. De la stigmatisation à la relégation. De la relégation à la délinquance.

Je ne prétends pas que ce dispositif puisse régler les problèmes de délinquance des mineurs et jeunes majeurs. Une grande politique de sécurité publique est indispensable. Je crois dur comme fer qu’avec ce genre de pratiques, nous prenons notre part dans la politique de prévention qui doit nécessairement présider la sanction.

Voila le sens de la convention que nous signons aujourd’hui. Je suis heureux, chère Corinne, que nous puissions aussi signer cette convention, chez toi, à Romainville. C’est une espèce de reconnaissance du partenariat continuel entre la Ville et le Département qui avancent main dans la main.

Je vous remercie.