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« Contribution aux débats publics sur les réseaux Arc Express et transport public du Grand Paris »

Mesdames et Messieurs les Vices présidents,
Mesdames et messieurs les conseillers généraux,
Mesdames et Messieurs,

Les services publics sont le reflet du sens que l’on donne à l’égalité républicaine.

En Seine-Saint-Denis, les services publics ont trop longtemps reflété l’abandon d’un territoire, la relégation de ceux qui le peuplent.

Les retards accumulés dans de nombreux domaines : éducation, transports, santé… ont pu donner aux habitants le sentiment qu’ils n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière, qu’ils ne méritaient pas la même considération, les mêmes attentions, le même respect.

Comment, alors, s’étonner que beaucoup d’entre eux se détournent de la République dont ils ne perçoivent plus le message.

Dans le cadre de nos compétences, avec les moyens dont dispose notre collectivité, nous devons montrer aux habitants de ce département que la République considère avec le même soin chacun des habitants de ce pays, qu’Elle leur offre les mêmes chances.

Cette exigence nous conduit à vous proposer aujourd’hui de vous prononcer sur les projets de transports portés par l’Etat et la Région Ile-de-France dans le cadre des débats publics.

Dans le débat sur le Grand Paris, on parle beaucoup de transports. Depuis un mois et demi, les réunions publiques amènent les partisans d’Arc Express, porté par la Région, et ceux du Grand Paris, porté par l’Etat, à défendre leur projet.

Quel intérêt présentent ces projets au regard des enjeux de notre territoire ?

Le département de la Seine-Saint-Denis a besoin d’un réseau de transports performant, rapide et fiable, à la fois pour rattraper les retards accumulés par défaut d’investissement dans les transports et pour participer pleinement au Grand Paris en donnant à des pans entiers de notre territoire les moyens de se développer.

Pourquoi le débat sur le Grand Paris se concentre t-il sur les transports ?

J’ai envie de vous dire : tout commence par les transports.

En premier lieu, parce que la mobilité est un droit. Le droit de se déplacer librement, le droit d’accéder à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la culture. Le droit de choisir son lieu de résidence selon ses besoins.

Les transports sont aussi la seule alternative valable à l’utilisation de la voiture individuelle. La Seine-Saint-Denis détient des records dans ce domaine. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Lorsqu’il n’y a pas de transports collectifs, il n’y a pas d’autre choix possible. Et on le sait, l’utilisation de la voiture n’est pas sans conséquences.

Conséquence sur le budget des ménages, avec des prix de carburant en constante augmentation.

Lorsqu’on est obligés d’aller habiter toujours plus loin, parce que le coût de l’immobilier dépasse l’entendement, on mesure souvent mal la facture. Ajouté au coût de l’acquisition immobilière, le coût d’une voiture, voire deux ou trois par famille, grève durablement le budget.

Conséquence sur l’environnement évidemment. On le sait, l’utilisation de véhicules se traduit directement par l’apport de polluants, de gaz à effet de serre, de métaux lourds. On ne peut pas demander aux habitants de ce pays de se comporter comme des citoyens conscients et responsables si on ne leur apporte pas d’alternative digne de ce nom.

Je n’ai pas de doute sur la volonté des Français de préserver leur environnement. Mais, si les gestes individuels comptent, il est des domaines, tel celui des transports, dans lesquels seule l’initiative publique peut avoir un réel impact.

J’insistais en introduction sur les retards accumulés sur notre département.

Si je vous parle de retards dans les transports, vous comprendrez que je ne fais pas seulement allusion à la fréquence et à la régularité trop souvent aléatoires des trains, métros ou RER qui traversent nos villes.

Je veux vous parler du scandale que constitue un trajet d’une heure et demie pour parcourir 15 km.

Une heure et demie, c’est le temps qu’il faut aux habitants de Clichy-sous-Bois pour accéder à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Pour accéder aux milliers d’emplois de la plate-forme aéroportuaire.

Une heure et demie encore pour rejoindre le pôle économique de la Plaine Saint-Denis depuis Neuilly-sur-Marne. Une heure et demie pour parcourir 17 km.

Je n’ai pas choisi ces deux exemples par hasard. En Seine-Saint-Denis, les besoins de se déplacer sont très importants, et ils ne vont cesser de croître. D’abord, parce que les retards sont considérables. Notre département, comme le reste de l’Ile-de-France, souffre de graves insuffisances en matière de transports.

Ensuite, parce que l’avenir de la métropole francilienne, c’est en Seine-Saint-Denis qu’il se joue.

Pourquoi ? En deux mots : le dynamisme démographique et l’importance des terrains disponibles pour construire.

Un mot d’abord sur la nécessité de rattraper le retard.

Lorsque la Région Ile-de-France a pris la direction du STIF, l’autorité organisatrice des transports en Ile-de-France en 2005, le constat était catastrophique. Le défaut d’investissement de la part de l’Etat a laissé des infrastructures vieillissantes. L’état des trains est à l’époque jugé très préoccupant par le président de la région. Leur renouvellement est alors estimé à 500 millions d’euros.

Et que dire de la rénovation de l’ensemble des lignes RER et SNCF, dont la remise à niveau est évaluée à 10 milliards d’euros. Les mauvaises surprises ne s’arrêtent pas là. L’absence de projets nouveaux, alors que les déplacements s’accroissent, pénalise les usagers.

La Région et les Départements se sont alors mobilisés. Je ne vous donnerai qu’un chiffre, mais il est parlant : en 3 ans, le montant des investissements est supérieur à celui des 30 années précédentes ! Des moyens exceptionnels ont été mobilisés pour améliorer les déplacements des Franciliens. J’y reviendrai.

Si notre département est particulièrement touché, le sous investissement chronique dont souffrent les transports touche l’ensemble de l’Ile-de-France.

Il existe en revanche une spécificité de la Seine-Saint-Denis, qui nécessite que l’on agisse encore plus, et encore plus vite sur notre territoire.

Cette spécificité, quelle est-elle ? Elle résulte de plusieurs facteurs.

D’abord, la Seine-Saint-Denis a la croissance la plus importante d’Île-de-France. Avec 8% de croissance de population depuis 1999, ce sont 15 000 habitants supplémentaires recensés par an, soit 109.000 habitants depuis 1999.

C’est évidemment l’impact des naissances qui permet ce nouvel essor démographique. Mais c’est aussi parce que le département retient mieux sa population.

Ensuite, le département a su transformer une faiblesse en atout : lorsque les industries ont quitté notre territoire, elles ont emporté avec elles de nombreux emplois, et le virage a été difficile.

Mais aujourd’hui, ces terrains qui se sont libérés constituent une vraie chance pour notre département. C’est sur ces terrains que se construit la métropole de demain.

Partout en Seine-Saint-Denis fleurissent les projets. Je pense aux Docks, à Saint Ouen, à Plaine commune, aux villes traversées par la RN3 et le canal de l’Ourcq, au Bourget ou encore à Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand. Dans ces secteurs, et partout ailleurs en Seine-Saint-Denis, sortent de terre des logements, des bureaux, des équipements publics, des commerces, enfin, tout ce qui fait la Ville.

Une Ville que nous voulons intense, chaleureuse et solidaire. Une ville respectueuse de l’environnement, où toutes les fonctions urbaines sont mêlées. Cette ville ne fonctionne pas, j’ai envie de dire, n’existe pas, sans les transports.

Si nous voulons donner à la Seine-Saint-Denis les moyens de tenir sa place dans le développement de la métropole francilienne, il faut nous en donner les moyens. Le temps où l’urbanisme précédait les transports est passé, dépassé même.

Alors je vous le dis, le défi est important.

Nous devons à la fois répondre aux attentes des habitants de ce département, dont les conditions de déplacement sont indignes d’une métropole moderne, et préparer l’avenir, en posant les fondations d’une ville nouvelle, dense, équilibrée et « propre », il faut agir, et il faut agir vite.

On ne peut pas expliquer aux habitants de ce département que leurs difficultés trouveront des réponses dans 10 ou 15 ans. Chaque année compte.

Pour promouvoir les transports collectifs, le Département agit sur tous ses leviers : maître d’ouvrage sur certains projets, co-financeur sur les autres, nous pesons aussi sur les décisions du STIF, l’autorité organisatrice des transports, dont nous finançons le budget.

Le Département adhère aussi aux associations visant à faire émerger ou à accélérer les projets. C’est ainsi que nous sommes partenaires de l’association pour le prolongement de la ligne 11 du métro, portée par Daniel Guiraud et Corinne Valls.

Tout récemment encore, nous avons créé avec Patrick Braouezec l’association pour le prolongement du tramway T5 – le fameux TramY -, vers le sud.

En votre nom et pour porter les demandes des habitants, j’ai aussi rencontré Pierre Mongin, André Santini, Jean-Paul Huchon, et Michel Mercier. Tous les moyens sont bons pour faire avancer le droit à la mobilité.

C’est aussi pourquoi, avec la Région, les départements franciliens ont voté à l’unanimité le contenu et le financement d’un ambitieux plan de mobilisation pour les transports.

Ce plan de mobilisation, c’est un vrai coup d’accélérateur pour les transports. En Seine-Saint-Denis, chaque année des projets d’envergure vont voir le jour.

Pour beaucoup de ces projets, les travaux ont déjà commencé. Je pense en priorité à la modernisation des RER.

Je pense aussi aux nouveaux projets et aux prolongements de lignes, et particulièrement aux tramways qui fleurissent sur notre territoire. Il est heureux que nous ayons réhabilité les tramways, qui constituent à la fois un mode de transport urbain performant et un outil de requalification urbaine.

C’est particulièrement le cas à Montreuil, où l’arrivée du T1 constituera une formidable occasion d’apporter apaisement et qualité aux espaces publics. C’est pourquoi je soutiens très fermement ce projet auprès de la Région et du STIF.

Pour le tramway T5 qui reliera, dès la fin 2011, Saint-Denis, Garges et Sarcelles, les travaux ont commencé.

Pour le prolongement du tramway T1 vers Asnières et Gennevilliers, et de la ligne 12 du métro jusqu’à la mairie d’Aubervilliers. Ces deux lignes seront mises en service en 2012.

En 2013, c’est le tramway T8, qui rapprochera Saint-Denis, Epinay et Villetaneuse.

La tangentielle nord reliera Epinay et Le Bourget, dès 2014.

Le prolongement du tramway T1 vers Val de Fontenay, sera mis en service en 2016.

Dans les années qui suivront, des projets aussi importants que le débranchement du T4 vers Clichy et Montfermeil, le prolongement des lignes 11 et 14 du métro, le bus à haut niveau de service sur l’ex RN3 sortiront de terre.

Beaucoup de ces projets sont inscrits dans le Contrat particulier Région-Département. Le CPRD, faut-il le rappeler, a bénéficié d’un effort exceptionnel de la part de la Région, qui a accepté de financer nos actions à hauteur de 60%. Je souhaite à nouveau remercier Jean-Paul Huchon.

Le Président de la Région a compris la nécessité de rattraper le retard et de préparer notre territoire à son avenir.

Mais allons plutôt de l’avant. Nous venons de le voir, le Plan de mobilisation apporte une réponse efficace et à court terme aux besoins de déplacements des Franciliens.

Avec Arc Express, il répond aussi à la nécessité de moderniser l’ensemble du réseau et d’offrir des transports modernes et performants, dignes de la première métropole française. C’est pourquoi il nous a semblé essentiel de faire entendre la voix du Département dans le débat public, en proposant un tracé pour Arc Express en Seine-Saint-Denis.

Corinne Valls reviendra sur les raisons qui ont motivé notre choix.

Je veux simplement vous dire que, lorsque l’on observe ce département, on s’aperçoit qu’il est extrêmement contrasté. Dans certains secteurs, le développement est installé. Je pense aux villes qui ont pour banlieue Paris, au secteur de la Plaine Saint-Denis, à la zone autour de l’aéroport Charles de Gaulle ou encore à Noisy-le-Grand.

Tous ces secteurs ont un point commun : la puissance publique y a largement investi dans les transports.

Le tracé que nous vous proposons répond à ce besoin : il doit répondre aux besoins de développement du centre de notre département, un secteur trop longtemps oublié des transports.

Pour définir ce tracé, nous avons travaillé main dans la main avec le Département du Val-de-Marne.

Les débats ont été chaleureux, parce que nous avons tous à cœur de défendre nos territoires, mais nous sommes parvenus à une solution satisfaisante pour les uns et les autres. Ce partenariat, croyez-le bien, donne de la force à notre tracé.

La Seine-Saint-Denis a besoin d’une rocade rapide de grande capacité qui desserve le coeur du département en plein renouveau, et qui se connecte avec l’ensemble des métros et RER qui jouent le rôle de radiales. Il s’agit à la fois d’un projet de transport et d’un projet d’aménagement porteur de dynamiques urbaines, économiques et sociales.

Ce projet, nous nous refusons à l’opposer au réseau de transport du Grand Paris. On ne peut oublier que des pans entiers de notre département sont enclavés.

A Clichy-sous-Bois, les appartements vendus sur plan dans les années 60 mentionnaient déjà le métro !

Le projet de métro automatique du Grand Paris a pour objectif de relier les pôles économiques franciliens, et notamment les aéroports. En Seine-Saint-Denis, c’est une occasion formidable de favoriser l’accès à l’emploi des habitants des quartiers populaires.

Ces deux projets sont complémentaires, ils doivent être défendus dans le même temps.

Parce qu’il faut desservir finement la zone dense, désenclaver l’ancienne Oise et relever le défi du Grand Paris en ouvrant notre territoire à une urbanisation raisonnée, nous demandons que soit réalisée une double boucle en Seine-Saint-Denis.

Pour cela, nous serons très attentifs à deux questions essentielles : le financement et la tarification.

En effet, si le plan de financement d’Arc Express et aujourd’hui largement connu, les plus grandes incertitudes pèsent sur le réseau de transports du Grand Paris.

Nous souhaitons que la Loi de Finances rectificative permettra de lever ces incertitudes. Il ne faudrait pas que le financement du Grand Huit se fasse au détriment du Plan de mobilisation.

Nous avons toutes les raisons d’être inquiets. Hier encore, à l’Assemblée nationale, j’interrogeais François Baroin sur l’absence dans le collectif budgétaire des 4 milliards annoncés pour capitaliser la Société du Grand Paris et lui permettre de lever les fonds nécessaires à la réalisation de l’infrastructure. Ce signal est inquiétant. Cette position du gouvernement ne va pas contribuer à crédibiliser l’engagement de l’Etat en faveur du Grand Paris.

La tarification, enfin.

La pire des choses serait à mes yeux que nos populations voient un jour passer devant chez eux un métro moderne et efficace mais dont les tarifs seraient tellement élevés qu’ils ne pourraient y accéder. Je serai très attentif à cette question.

Parce que les transports sont au cœur des préoccupations des habitants de ce Département, parce que ceux-ci ont trop longtemps attendu des conditions de déplacements dignes de ce nom, je vous propose à présent de débattre tous ensemble autour de la contribution du Département aux débats publics en cours.

Je sais les élus de cette assemblée soucieux du droit à la mobilité et sensibilisés à la défense de notre territoire. C’est pourquoi je souhaite que nous parvenions, toutes tendances confondues, à trouver une ligne de convergence.

Je vous remercie.