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Réunion avec le Préfet Gaudin

Monsieur le Préfet de Police de Police de Paris,
Monsieur le Préfet de Seine Saint Denis,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis de répondre présent aujourd’hui à votre invitation pour le « match retour » de la rencontre qui nous a réunis l’an passé. Ce moment est un moment important car il est question là d’un sujet à la fois grave et passionnant, celui de la sécurité publique. Ce moment est aussi un beau moment républicain. Siègent ici devant vous des élus de gauche et des élus de droite qui, s’ils ne partagent pas forcément les mêmes convictions sur les remèdes, convergent sur le besoin.

En effet, le premier enseignement de cette rencontre, c’est qu’il n’y a plus de débat sur la sémantique. La question n’est plus de faire le concours Lépine de la langue de bois. Prévention ou répression, tranquillité ou sécurité, peu importe. Ce dont il s’agit, c’est de déterminer les moyens et outils permettant de rétablir l’ordre républicain, et pas un seul d’entre nous n’en disconvient.

Le deuxième enseignement, c’est qu’il n’y a plus de débat sur le fait de savoir s’il convient d’être laxiste ou s’il faut être sécuritaire. Nous sommes, les uns et les autres, des élus locaux et nous savons bien que l’insécurité structure la vie de nos villes et de nos quartiers.

Depuis notre dernière rencontre dans ce bâtiment, notre département a été le théâtre de près d’une vingtaine d’attaques à l’explosif contre des agences postales ou bancaires. Plusieurs vols à mains armés d’importance ont eu lieu. Des règlements de comptes se sont succédés à des règlements de comptes. De nombreuses opérations médiatiques ont été lancées contre les trafiquants de drogues. Certaines avec des succès importants, d’autres plus modestes dans les résultats mais prouvant à chaque fois l’implantation et les ramifications extrêmement importantes de ce fléau qu’est pour nous cette délinquance liée à la drogue. Que dire des dizaines de jours de privation de la liberté de transport en raison de caillages de bus, de violences à l’encontre des conducteurs de bus ou d’usagers. Que dire à tous ces salariés qui ne peuvent se rendre sur leur lieu de travail parce que la sécurité des transports publics n’est pas assurée sur le long terme ?

Le troisième enseignement, c’est qu’il n’y a plus de débat sur le fait de savoir où doit se situer l’ordre républicain dans la hiérarchie des priorités politiques. L’ordre républicain, c’est un marqueur de la République parce que nous refusons que les conditions de sécurité deviennent un mode d’aménagement ou de déménagement du territoire. Ce n’est pas la hauteur des immeubles qui fait fuir des habitants de leur quartier – à Manhattan, cela n’effraie personne ! Sans ordre républicain, pas de développement économique, pas d’emploi, pas d’école de qualité, pas d’égalité des sexes, pas de liberté de culte.

Alors disons-le sans tabou, la question de l’ordre républicain, c’est une question sociale et c’est une question totale. Chacun des élus présents devant vous partagent cette conviction que la Seine-Saint-Denis, comme la France, a besoin d’une grande politique de sécurité publique.

Une fois que l’on a dit cela, on a tout dit et on n’a rien dit à la fois. Qu’est-ce qu’une grande politique de sécurité publique ? Selon moi, la question de l’ordre républicain n’est pas une question comme les autres. Elle touche à un droit fondamental qui est la liberté d’aller et venir sur le territoire de la République.

Elle touche à une mission régalienne de l’Etat, celle qui consiste à protéger ses ressortissants contre eux-mêmes. Elle touche aussi, n’ayons pas peur de le dire, à un sésame électoral qui peut faire ou défaire des présidences de la République et qui, à ce titre, pousse parfois certains à l’excès, à l’outrance…

C’est pourquoi, on ne peut résumer l’ordre républicain à des mesures, à des textes de loi ou à une approche comptable. L’ordre républicain, c’est à la fois des valeurs, des politiques publiques, des hommes et des femmes.

1. Des hommes et des femmes, d’abord. Messieurs les Préfets, je me réjouis vraiment que les deux serviteurs de l’Etat que vous êtes constatent aujourd’hui encore dans cette enceinte la pluralité du visage politique de la Seine-Saint-Denis. Il y a ici des élus de gauche, de droite et du centre qui ne partagent pas les mêmes options politiques et qui parfois peuvent s’affronter durement. Mais tous sont demandeurs d’un dialogue avec l’Etat pour mettre leur expertise au service de la sécurité des habitants.

Alors, je vais me permettre de dire en leur nom qu’ils apprécient les relations qui existent aujourd’hui entre vous et nous.

Oui, nous nous félicitons de ces contacts réguliers, constructifs. La séance qui nous réunit en est une illustration.

Mais si je loue l’esprit républicain des représentants de l’Etat, je ne peux à l’inverse que regretter la posture polémique des représentants du gouvernement. A l’exigence de moyens, le gouvernement ne répond que par le mépris. Au besoin d’action, le gouvernement ne répond que par la communication. A l’attente de dialogue, le gouvernement ne répond que par le monologue et le secret.

C’est pourquoi cette séance est importante. L’avantage du dialogue apaisé entre Républicains, c’est qu’il installe la confiance réciproque. Et lorsque la confiance est là, nous pouvons nous dire la vérité. C’est précisément l’exercice auquel je veux me prêter.

2. Car une grande politique de sécurité publique, c’est d’abord, disais-je, des hommes et des femmes, mais c’est aussi un ensemble de valeurs. A ce titre, et parce que nous nous devons la vérité, je vais vous dire ce que je ne crois pas et je vais vous dire ce que je crois.

– Je ne crois pas qu’il soit responsable et républicain de pointer du doigt une catégorie de la population (je parle des Roms bien sûr) pour la rendre responsable de tous les maux du monde. Je crois que nous pouvions traiter ce dossier complexe à la fois dans la fermeté et dans le respect sans avoir besoin de recourir à la manœuvre du bouc-émissaire.

– Je ne crois pas qu’il soit responsable et républicain d’agiter le spectre de l’immigration dans cette période de crise et de fragilité française, et de le lier à la question de la sécurité publique. Je crois que nous pouvons avoir une parole républicaine sur l’immigration qui sache parler de régulation, mais qui sache aussi parler d’humanité et mettre en valeur les richesses de l’immigration, ses apports, et au fond, tout ce qui dans l’histoire de France a prémuni notre société de la consanguinité.

– Je ne crois pas qu’il soit responsable et républicain de terrasser des familles déjà fragiles et qui peinent à éduquer leurs enfants, en offrant aux parents pour seule réponse de l’Etat la suppression des prestations sociales ou la prison. Je crois que l’ordre républicain, ce n’est pas la culpabilité individuelle, c’est la mobilisation de toute la société.

Telles sont, Messieurs les Préfets, les quelques valeurs que nous sommes nombreux à porter dans cette assemblée et dans le pays. Nous croyons dur comme fer qu’une politique qui divise échoue toujours. Je ne connais pas de contre-exemple dans l’histoire de France. La responsabilité ultime de l’Etat, c’est de rassembler la Nation, de permettre à tous ses enfants de vivre dans la confiance, pas de se regarder en chiens de faïence.

3. Des hommes et des femmes, des valeurs, disais-je. Et des politiques publiques. L’an passé, nous nous interrogions sur les avantages et les inconvénients possibles de la police d’agglomération, nous espérions un plan d’urgence pour la Seine-Saint-Denis et ses habitants.

Messieurs les Préfets, nos inquiétudes restent les mêmes 365 jours après votre venue et 6 mois après celle du Président de la République ici même pour annoncer des mesures déjà en vigueur et des moyens qui auraient déjà dû être en fonction depuis belle lurette.

On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. On ne fait pas de police sans policiers. Pas de police sans policiers, mais pas non plus d’ordre républicain avec des Adjoints de Sécurité précarisés et peu formés qui viennent se substituer à des fonctionnaires de Police pour une simple et mauvaise raison budgétaire. Faire mieux avec moins qualitativement ou quantitativement en terme de sécurité publique, ça ne peut pas marcher.

Les policiers actifs en circonscription de voie publique étaient 3 873 en janvier 2002. Ils étaient 3 462 en janvier 2009. Et pendant ces 7 années, la population s’est accrue de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Pour 2010, le mystère est total et relève, semble-t-il, du secret d’Etat puisqu’une question écrite déposée le 15 juin 2010 auprès du Ministre de l’Intérieur reste à ce jour sans réponse.

Expliquer aux habitants de nos villes qu’un policier sur deux partis en retraite ne sera pas remplacé mais que, par contre, 10, 20 ou 30 caméras de vidéosurveillance seront là pour suppléer ce déficit est un exercice que nous ne voulons pas faire parce que nous n’y croyons pas une seconde.

Les caméras, pourquoi pas ? Si un jour, leur efficacité est prouvée (ce qui est loin d’être le cas jusqu’ici), je dis chiche. Mais jamais, je dis bien jamais, on ne remplacera un policier par une machine. Formidable ou inefficace, chacun aura le droit de s’arque-bouter sur son intime conviction, mais une chose est sûre : une caméra ne protège pas. Elle peut effaroucher, mais elle ne fait assurément que constater. Pour l’action, pour empêcher la commission de faits délictueux, de trafics ou de crimes, seule la présence assidue, régulière de policiers peut y répondre efficacement.

L’installation de 800 caméras de vidéosurveillance supplémentaires annoncées le 20 avril par le président de la République dans ce département ne remplacera pas les 400 policiers manquants.

Par ailleurs, on nous explique l’efficacité des GIR pour lutter contre la délinquance organisée, ce que nous voulons bien croire mais le résultat est le renforcement du GIR pour ce département par 7 fonctionnaires des services fiscaux. C’est une goutte d’eau pour lutter contre le tsunami de la drogue dans nos villes.

Et malheureusement, la réalité statistique est là pour démontrer que ces politiques publiques n’apportent pas les résultats espérés par la population. La Seine-Saint-Denis demeure le premier département de France pour les violences physiques crapuleuses avec une augmentation entre 2008 et 2009 de + 7.1 %. Nous sommes premier département de France pour les atteintes volontaires à l’intégrité physique avec + 3.9% là aussi entre 2008 et 2009. Que dire de l’augmentation de 14.1% des infractions constatées à la législation sur les stupéfiants sur la même période. Lorsque les atteintes aux biens représentent un taux de 63 pour mille ici même, il n’est que de 39.8 dans les Hauts-de-Seine avec pourtant un nombre de fonctionnaires de police quasi similaire. Derrière ces chiffres il y a des milliers de victimes.

Alors, s’il y a une urgence pour la Seine-Saint-Denis et pour la France, c’est avant tout de décider d’un moratoire sur la révision générale des politiques publiques qui aura débouché à horizon 2011 sur la suppression de 4829 policiers et 3500 gendarmes. Dans ce cadre, ce sont déjà 712 policiers en moins rien que pour le budget 2011.

Si l’on ne fait pas de police sans policiers, on ne fait pas non plus de police sans une solide organisation. En l’espèce, le constat de tous les amoureux de la police est sévère. Quelle est la situation aujourd’hui ? D’une certaine manière, on demande à nos gardiens de la paix de rétablir l’ordre et à nos forces mobiles de « garder la paix ».

A l’inverse, je crois urgent de promouvoir une nouvelle doctrine d’emploi des forces de l’ordre qui pourrait constituer une grande réforme de la police nationale. Qu’est-ce que cela signifie ? Premièrement, une police ancrée dans son territoire, visible dans les rues. Cela suppose de fidéliser les fonctionnaires de police sur leur territoire d’intervention. Deuxièmement, une police d’investigation que l’on dote enfin des moyens d’assumer ses fonctions.

Troisièmement, une police d’intervention aguerrie aux opérations de maintien de l’ordre.

Sans ce respect de toute la palette des fonctions policières, sans cette solide organisation, je crois que nous ne pourrons pas relever le défi de l’ordre républicain.

En septembre 2009, j’accueillais la création de la police d’agglomération sans a priori mais avec une grande vigilance. Cette vigilance demeure, particulièrement lorsque j’entends qu’au nom d’une certaine « efficacité », des responsables de la police d’agglomération envisagent de réorganiser celle-ci par la fermeture de postes de police de quartier. Nous l’avons vu encore récemment lors des évènements à la gare Saint-Denis ou lors de la récente ouverture du commissariat de Clichy : le maillage, la présence au cœur des zones de délinquance est nécessaire. C’est, je crois, une exigence des élus de tout bord, c’est en tout cas la mienne et sur point aussi ma vigilance sera totale.

Enfin, Mesdames et Messieurs, on ne fait pas non plus de police sans Etat régalien. Pourquoi dis-je cela ? Depuis plusieurs mois, j’entends dans les déclarations de certains responsables politiques proches du gouvernement, qu’au lieu de se plaindre de la réduction du nombre de fonctionnaires de police et de gendarmerie, les élus locaux feraient mieux de créer ou de renforcer leurs polices municipales.

Là, je dis attention. Il faut tout faire pour empêcher cette tentation de l’Etat de se désengager d’un certain nombre de missions de police. S’il devait s’achever, ce repli serait mortifère.

On se dirigerait vers une organisation dans laquelle l’Etat traiterait la grande criminalité et le maintien de l’ordre, tandis que les collectivités locales seraient sommées d’assurer la police du quotidien. Voilà une nouvelle promesse d’inégalités territoriales. Les collectivités qui le peuvent se doteront de polices municipales rutilantes. Pour toutes les autres, il ne restera plus que les yeux pour pleurer.

Je le réaffirme fortement, l’ordre républicain c’est le cœur des missions régaliennes de l’Etat, et il ne peut en être autrement, sauf à accepter qu’il existe en République des territoires d’en haut et des territoires d’en bas. Tel est le cauchemar que je veux éviter, que nous voulons éviter puisque nous sommes réunis ensemble.

Un mot pour terminer. Nous n’avons pas le luxe d’échouer en matière de sécurité publique. La nature ayant horreur du vide, le risque est grand que demain, si l’Etat bute sur ce défi, cet immense besoin social soit pris en charge autrement. On serait en droit alors de craindre le pire, jusqu’à des initiatives privées qui anéantiraient toute idée d’égalité républicaine face à la sécurité.

Nous avons donc une immense responsabilité : convaincre les Français qu’entre angélisme et sécuritarisme, il y a une place pour une grande politique de sécurité publique assise sur des valeurs, assise sur des politiques qui donnent des résultats, et assise sur une volonté de travailler ensemble. C’est tout le sens de cette réunion.

Je vous remercie.