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Interview à l'AISG

J’ai donné une interview à l’AISG, agence de presse spécialisée sur la sécurité globale. Je vous propose de retrouver cet entretien ci-dessous:

Claude Bartolone, député et président (PS) du conseil général de Seine-Saint-Denis participera à une rencontre entre le préfet de police Michel Gaudin, le préfet du département Christian Lambert, des maires et des parlementaires du département pour échanger sur la sécurité, jeudi 7 octobre 2010. « C’est en quelque sorte le ‘match retour’ d’une rencontre que j’avais organisée il y a un peu plus d’un an. À l’époque nous avions constaté l’écart entre les informations dont disposait le préfet de police et le ressenti des élus », déclare l’ancien ministre délégué à la ville de Lionel Jospin. Dans un entretien à AISG, Claude Bartolone défend un « fonctionnement territorial de la police » et revient sur ses relations avec le nouveau préfet du département, Christian Lambert : « Depuis son arrivée, il s’efforce de faire émerger un certain nombre de sujets qui auparavant donnaient l’impression de ne pas pouvoir franchir le mur. » Le président du conseil général indique qu’il « accepte le principe de la police d’agglomération, sous réserve d’inventaire ». Il estime que la sécurité est « une mission régalienne » mais plaide pour une intensification des échanges d’informations entre le préfet et les élus locaux.

AISG : Pourquoi participer demain à une rencontre de parlementaires et de maires avec le préfet de police Michel Gaudin ?

Claude Bartolone : C’est en quelque sorte le « match retour » d’une rencontre que j’avais organisée y a un peu plus d’un an sur la thématique de la sécurité. J’avais invité Michel Gaudin – c’était avant la mise en oeuvre de la police d’agglomération – pour lui faire connaître le ressenti de maires et de parlementaires allant de Marie-George Buffet, députée communiste, à Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy. À l’époque nous avions constaté l’écart entre les informations dont disposait le préfet de police et le ressenti des élus. Je vous donne un petit exemple : quand Michel Gaudin a affirmé que, dans le cadre du plan de relance, la Seine-Saint-Denis avait bénéficié de véhicules supplémentaires ; les maires de Noisy-le-Grand et d’Aulnay-sous-Bois ont réagi en affirmant que leurs commissaires respectifs venaient justement de leur demander de financer des voitures !

Michel Gaudin s’est aussi retrouvé en porte-à-faux lorsqu’il a affirmé que le département bénéficiait d’un nombre élevé de policiers alors que les élus faisaient le constat d’une diminution des effectifs dans les commissariats. Nous avons en effet mis en lumière une modification de la doctrine d’emploi de la police. Pour renforcer notamment les compagnies de sécurisation, quelque 400 policiers ont été prélevés dans les circonscriptions de sécurité publique. Par cette réorganisation non affichée et non évaluée, la Préfecture de police a fait le choix d’une doctrine du rétablissement de l’ordre plutôt que du maintien de l’ordre. Cela explique la dégradation des relations entre la police et la population, en particulier avec les jeunes.

AISG : Christian Lambert, préfet du département, et Alain Gardère, directeur de la Dspap (direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne), ont tous deux affirmé à AISG que les effectifs des commissariats de Seine-Saint-Denis augmenteraient. En avez vous été informé (AISG n° 1287 et n° 1352 ) ?

Claude Bartolone : Non, mais cela fera partie des questions que nous poserons à Michel Gaudin. Je m’interroge sur une telle annonce qui intervient alors que le budget 2011 va ramener les effectifs policiers à ce qu’ils étaient en 2002 au niveau national. N’y a-t-il pas une contradiction entre la promesse d’une hausse du nombre de policiers dans notre département et l’application de la RGPP (révision générale des politiques publiques) ?

AISG : Quelles sont vos relations avec Christian Lambert, un proche du président de la République, Nicolas Sarkozy ?

Claude Bartolone : Quand il a été nommé je l’ai accueilli en lui disant mon plaisir d’avoir une ligne directe avec l’Élysée ! Depuis son arrivée, il s’efforce de faire émerger un certain nombre de sujets qui auparavant donnaient l’impression de ne pas pouvoir franchir le mur. Je constate également une évolution de Christian Lambert. Lorsqu’il a été nommé, il ne me parlait que de sécurité. Mais depuis quelques semaines, il évoque la rénovation urbaine, car il constate que ce sont les quartiers concernés par des opérations de réhabilitation déjà bien avancés où la situation s’améliore.

Je suis évidemment pour que l’on casse les pratiques mafieuses qui se développent dans le département et qui sont organisées sur des bases familiales, avec un recyclage de l’argent sale dans de petits commerces voire dans les pays d’origine de certains habitants. Mais la situation se caractérise aussi par l’existence de trafics liés à une économie de survie. Si de grands trafics sont cassés cela a des effets report sur cette économie.

AISG : Quelles initiatives avez-vous prises en matière de sécurité, qui n’est pas une compétence du conseil général ?

Claude Bartolone : J’ai fait réaliser un audit de sécurité de tous les collèges et financer de la vidéosurveillance quand la situation le justifiait. En outre, le département compte entre 4 000 et 8 000 mineurs déscolarisés ou jeunes majeurs sortis du système scolaire sans qualification. C’est parmi eux que l’on retrouve bon nombre des personnes interpellées ou mises en cause par le parquet de Bobigny. En 2009-2010, 20 collèges ont participé à une expérimentation qui sera étendue à 50 établissements cette année, sur les 120 que nous comptons. Il s’agit de faire suivre par une association ou un éducateur chaque collégien à l’encontre duquel est prononcée une première exclusion. Il est alors accompagné tous les matins au collège afin de maintenir une relation avec le système scolaire, et tous les après-midi des rencontres avec les parents ont lieu pour évoquer les causes de l’exclusion. Cela fonctionne : 90 % des 300 élèves qui ont été suivis n’ont pas fait l’objet d’une seconde exclusion. Je propose à présent d’essayer d’aller plus loin en partenariat avec l’État et l’Éducation nationale. Il faudrait lancer une étude pour voir ce que nous pourrions faire ensemble.

AISG : Êtes-vous favorable au développement de la police d’agglomération ?

Claude Bartolone : J’accepte le principe de la police d’agglomération, sous réserve d’inventaire. Dans le cadre de la mutualisation, j’aimerais savoir quels policiers sont dédiés au département. En effet, je crains qu’en période de pénurie, la présence quotidienne des personnels sur le terrain ne soit pas assurée. Or il n’y a pas d’enquête sans renseignement, et pas de renseignement sans relations avec la population au quotidien. Autre interrogation sur la nouvelle organisation : des commissaires de police commencent à me faire part de leur mal être car, avec la centralisation de la prise de décision au niveau de la Préfecture de police, ils manquent d’un interlocuteur de proximité. Cela dit, c’est moins le cas depuis la nomination de Christian Lambert.

AISG : Pensez-vous qu’il faille déconcentrer ou décentraliser le pilotage de la sécurité ?

Claude Bartolone : Non, c’est une mission régalienne. Mais cela n’empêche pas de développer un partage de l’information entre le préfet et l’élu du territoire concerné. Comme l’ont fait les pays anglo-saxons, il faudrait qu’il existe un travail entre les élus et le préfet de définition des tâches de la police et d’analyse des résultats obtenus. L’évaluation de la politique de sécurité doit dépendre de la capacité de la police à répondre aux besoins de la population et pas d’un outil statistique imparfait comme l’état 4 001, qui permet seulement de mesurer l’activité des services de police. Aujourd’hui, la connaissance des effectifs réellement disponibles sur le terrain relève du secret défense. Le jeu est donc pipé et les élus ne sont pas à égalité avec les services de l’État sur le sujet de la sécurité. Ce dernier veut conserver toute l’information pour éviter les critiques, les travaux universitaires sont rares, et les élus se font donc une idée de la situation « au doigt mouillé ».

Par ailleurs, je ne veux pas entrer dans la discussion idéologique sur la police de proximité, terme galvaudé à cause de Nicolas Sarkozy. En revanche, je défends un fonctionnement territorial de la police, y compris en matière de police judiciaire. Seule une telle approche permettrait de rationaliser les affectations de personnels, d’éviter les doublons entre police et gendarmerie, de déterminer les objectifs et leur évaluation pertinente.

AISG : Si la gauche arrive au pouvoir en 2012, pensez-vous qu’elle doive créer de nouveaux postes de policiers ?

Claude Bartolone : C’est une question qui doit interpeller la gauche. La RGPP devra impérativement être remise à plat. Si l’on arrive en 2012 et que nous décidons de rouvrir des écoles de police, les effets ne se feront sentir qu’au bout de trois ans. Les Français attendront des réponses immédiates. De plus, il nous faudra travailler avec de l’argent public rare. Nous devrons donc nous interroger sur ce qui relève du métier de policier. Je suis ouvert à un débat pour réexaminer les tâches assignées aux policiers (transfèrements de détenus, garde de malades à l’hôpital) et les doublons qui peuvent exister entre les forces existantes, police et gendarmerie. Je pense qu’il faut conserver deux forces, mais que chacune d’elle soit responsable de missions précises en évitant les doublons.

AISG : Pensez vous que Nicolas Sarkozy et la droite en général aient échoué sur la question de la sécurité ?

Claude Bartolone : Je pense que la parole de Nicolas Sarkozy est totalement décrédibilisée. Il a porté tellement d’espoirs, en particulier sur la sécurité, que maintenant les gens n’y croient plus. Ils constatent que les atteintes aux personnes continuent d’augmenter. Cependant, la gauche aurait tort de croire que l’immigration et la sécurité ne seront pas des thèmes forts en 2012. Il faut que nous soyons prêts. Notre absence de discours sur la police l’a donnée à la droite. La gauche a été porteuse de trop de « stop and go », à l’image de la police de proximité que nous n’avons pas assez soutenue. Nous devons porter une réforme des missions des policiers pour rétablir un fonctionnement républicain de leur institution. L’attente est forte parmi les fonctionnaires, comme le démontrent les nombreux rendez-vous que j’ai avec des syndicats.

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