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Rencontre des acteurs de l’habitat

Mesdames et messieurs les Vice-Présidents du Conseil général,
Madame la Vice-Présidente du Conseil régional (Emmanuelle Cosse),
Mesdames et messieurs les conseillers généraux,
Mesdames et messieurs les maires,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Directeur régional de l’Equipement,
Mesdames, messieurs,

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour votre présence aujourd’hui. La richesse et la diversité des échanges qui ont eu lieu tout au long de ces Rencontres témoignent de la vitalité des acteurs de l’habitat et de leur volonté de faire avancer ensemble la cause du logement.

Je ne le dirai jamais assez, votre énergie est indispensable. La situation des Franciliens au regard du logement a atteint un seuil critique, vous en êtes tous les témoins.

Nous ne sommes plus dans le temps de l’analyse des besoins, nous sommes dans le temps, nécessaire, de l’action.

Et cette action doit être massive et collective. Chacun de vous doit mobiliser les outils et les moyens dont il dispose pour, enfin, surmonter la honte de l’habitat insalubre, transformer durablement le cadre de vie, offrir à chacun un toit adapté à ses besoins.

Lorsque je suis devenu le Président de ce Département, j’ai compris que le logement devait devenir une de nos politiques prioritaires, et cela, bien que le logement ne soit pas une de compétences propres. Depuis 2 ans nous avons ainsi voté un vaste plan de lutte contre l’habitat insalubre, la participation du Département à la reconstruction de groupes scolaires dans des opérations de rénovation urbaine, des mesures en faveur du logement des jeunes.

Le Département a en outre poursuivi son aide à la construction de logements sociaux, en l’assortissant de critères nouveaux, pour répondre aux exigences environnementales et à l’évolution des besoins.

Nous avons enfin amplifié notre action en faveur de l’amélioration du parc privé dégradé, qui constitue bien souvent le refuge de ceux qui n’ont même pas accès au parc social.

Toutes ces actions, nous les avons menées parce qu’elles ont indispensables. Mais demain, lorsque la réforme des collectivités territoriales aura interdit les financements croisés, lorsque les collectivités verront leurs champs d’intervention réduits à leurs compétences propres, et leurs ressources laminées par la suppression de la taxe professionnelle, qui portera ces projets ? Dans le domaine du logement plus que dans tous les autres domaines, seule l’action collective parvient à faire sortir les projets. C’est ce que nous avons pu constater tout au long de cette journée.

Ce matin, la première table ronde de la journée a porté sur la vie quotidienne, les liens entre l’habitant, le logement et son environnement, parce qu’il nous semble essentiel de replacer l’humain au cœur de nos réflexions.

Depuis quelques années, l’Etat a fait le choix de limiter son action – et ses moyens- à la rénovation urbaine. D’abord, tous les acteurs s’accordent à le dire, ces moyens sont insuffisants pour faire face aux besoins, et même aux engagements inscrits dans les conventions. Mais surtout, s’il est vrai que des quartiers entiers ont changé de visage, sur le plan social cette politique est un échec. Pourquoi ?  D’abord parce que la mixité ne se décrète pas. Parce que lorsqu’un ménage a le choix de son lieu de vie, ce n’est pas la qualité du logement qu’on lui propose qui est déterminante, mais avant tout la qualité de l’école, les équipements de santé, l’offre culturelle. En un mot, le service public.

Tant qu’on fera primer l’urbain sur l’humain, on se contentera de déplacer les problèmes. Et je vous le dis clairement, dans certains quartiers, les populations subissent la crise urbaine depuis plus de trente ans, ils ne peuvent plus attendre.

Il faut des réponses à court terme. Je prends un exemple : le métro automatique que Christian Blanc nous promet.

Dans la perspective la plus optimiste, c’est dans 15 ans que nous le verrons sortir de terre. Mais ce n’est pas dans 15 ans, c’est tout de suite qu’il faut desservir Clichy-sous-Bois !

Ce n’est pas dans 15 ans, c’est maintenant qu’il faut diminuer le nombre d’enfants par classe dans les écoles et les collèges, c’est maintenant qu’il faut réintroduire une police de proximité formée au dialogue et à la prévention, c’est maintenant qu’il faut assurer une présence médicale suffisante dans les quartiers.

Et comme nous l’avons vu dans la deuxième table ronde, c’est maintenant aussi qu’il faut se mobiliser pour construire, massivement, des logements pour les Franciliens. Les besoins sont considérables : 6 millions de mal-logés, 150.000 personnes sans abri, des listes interminables de demandeurs de logements sociaux.

Les coûts du secteur privé sont totalement prohibitifs. Une simple démonstration : vous le savez tous, le SMIC est à 1340€. A Pantin, un studio coûte entre 500 et 700€ par mois. Un studio !

La réalité, c’est ça : un jeune qui démarre dans la vie, une femme qui se retrouve seule, avec ou sans enfants, une personne âgée avec une petite retraite ne peuvent simplement pas se loger. Quelle réponse à cela ?

Laissez-moi vous dire un mot d’une fausse bonne idée. Le gouvernement a fait voter une loi qui exclut du parc social les personnes dont les revenus dépassent les plafonds. En Seine-Saint-Denis, ce sont rarement des ministres ! Mais bien souvent des retraités, instituteurs, postiers, petits employés.

Alors oui, chacun de nous ici sait que le logement social ne devrait pas être le logement de toute une vie. Selon toute logique, on devrait pouvoir quitter son logement social lorsque les ressources permettent de payer un loyer dans le parc privé ou d’accéder à la propriété. Mais pour cela, il faut que la situation des ménages évolue de façon favorable !

En temps de crise, lorsque le pouvoir d’achat est en chute libre, est-il raisonnable d’exclure les ménages les plus solvables du parc social ? Est-il raisonnable de prendre le risque de faire partir ceux qui le plus souvent sont la mémoire d’un quartier, qui ont encore le courage et la conscience d’animer les réseaux associatifs ?

La seule réponse à la crise, c’est la construction de logements.

Pour faire baisser les prix du marché, pour appliquer le DALO, pour offrir à chacun un logement adapté à ses besoins, la première réponse c’est celle-là : construire. Construire des logements sociaux pour les plus pauvres, parce que c’est indispensable, les besoins sont réels.

Construire des logements intermédiaires, à des coûts mesurés, pour libérer le parc social. Construire des logements en accession, pour éviter la fuite des ménages les plus solvables toujours plus loin, avec les conséquences financières que l’on connaît pour la collectivité et, faut-il le rappeler, les conséquences sur l’environnement.

Or quelle est la réalité : la production de logements en France a atteint son point le plus bas depuis 15 ans.

Ce matin, nous avons écouté des bâtisseurs. Maires, offices HLM, promoteurs, tous font le même constat : il n’a jamais été aussi difficile de construire des logements.

Le coût prohibitif du foncier dans les zones tendues, la lourdeur des procédures administratives et, admettons-le, les résistances locales, ont abouti à une situation de blocage du process de construction.

Là encore, des réponses sont possibles. Mais pour les mettre en œuvre, il faut un vrai projet politique. J’y reviendrai.

Construire, voilà notre priorité. Mais construire quoi, et où ? Cette question nous interroge sur la Ville que nous voulons.

La table ronde de l’après-midi nous a porté des éclairages sur ce sujet. La réponse à la crise du logement doit se faire à l’échelle pertinente. L’échelle des équilibres et des solidarités.

Cette échelle n’est pas la même sur l’ensemble du territoire national. Dans le milieu rural, les enjeux se posent le plus souvent à l’échelle de la communauté de commune.

Mais en zone dense, où vivent déjà plus de 80% des Français, la ville n’est déjà plus le bon échelon des solidarités. C’est particulièrement vrai en Ile-de-France. En Seine-Saint-Denis, 1 habitant sur 5 vit en ZUS. On peut toujours faire des opérations de rénovation urbaine, essayer de mieux répartir le logement social, on ne changera pas profondément la donne.

Certaines villes y parviennent, je pense à Romainville, à Aubervilliers, à Clichy et à Montfermeil, où les élus accomplissent un travail remarquable.

Mais quand des pans entiers de l’Ile-de-France – et mon regard se tourne évidemment vers l’ouest – se refusent à appliquer la loi, il faut trouver les moyens de l’imposer !

La solidarité doit être partagée, et tous les territoires doivent en prendre leur part. Pour cela, il faut faire bouger les lignes.

Laissez-moi vous parler d’une loi que je connais bien, pour l’avoir initiée alors que j’étais dans le gouvernement de Lionel Jospin. Cette loi -et son fameux article 55 sur les 20% de logements sociaux- était une bonne loi lorsque nous l’avons votée, en décembre 2000.

Elle a notamment permis de rattraper un retard considérable dans le milieu rural, et elle a contribué à changer l’image du logement social.

Mais aujourd’hui, elle a  atteint sa limite. Nous devons franchir un pas nouveau. D’abord, il n’est plus tolérable que des élus puissent encore se soustraire à la loi. Il faut durcir les sanctions pour les villes qui font de la résistance à la loi un programme politique. La sanction financière doit être suffisamment dissuasive.

Il faut aussi aider les maires bâtisseurs à faire face aux dépenses d’équipements publics qui accompagnent nécessairement les nouvelles constructions.

Mais si nous voulons aller plus loin, je suis convaincu que nous devons ouvrir le chantier du droit de l’urbanisme. Le bon périmètre du droit de l’urbanisme, c’est le territoire de la solidarité.

L’agglomération, le Département, et probablement, en Ile-de-France, la Région.  Les décisions doivent pouvoir être prises à l’échelle pertinente. Je le sais, de nombreux élus vont protester. Mais je vous le dis, nous ne pouvons nous exonérer d’ouvrir ce chantier dans les grands rendez-vous républicains qui s’ouvrent devant nous, et je pense particulièrement à 2012.

La question qui se pose à nous, c’est celle de la société que nous voulons, et de la Ville à son image. Alors oui, nous débattrons, nous nous opposerons. Mais nous devrons trouver collectivement des réponses.

Un dernier mot. Nous l’avons vu, construire est un impératif catégorique, notre première urgence.

Pour cela, nous avons besoin de terrains, de bâtiments. Je réclame que les propriétés de l’Etat qui sont aujourd’hui en jachère –et ils sont nombreux, notamment sur ce département-, soient transférés aux collectivités pour construire des logements.

Ne nous cachons pas la vérité, il faudra des efforts considérables pour surmonter la crise urbaine, pour fabriquer ensemble cette ville intense que j’appelle de mes vœux : solidaire, équilibrée, mélangée, la ville du libre choix. C’est ensemble que nous y parviendrons.

Je vous remercie.