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Note aux camarades Rebsamen et Collomb, par Joseph Pinard

Joseph Pinard, historien que j’ai côtoyé il y a quelques années sur les bancs de l’Assemblée nationale et qui a été longtemps élu socialiste dans le Doubs, m’a adressé une note qu’il a rédigée à l’attention de nos camarades François Rebsamen et de Gérard Collomb. Partageant mot pour mot son analyse, j’ai souhaité, avec son accord, vous la faire partager sur ce blog :

Note aux camarades Rebsamen et Collomb

Battu aux législatives à Paris en 1908, Léon Blum fut investi à l’initiative des camarades de l’Aude pour une partielle à Narbonne en 1929. Sur le terrain, il donnait ses impressions dans une lettre du 30 mars : « Drôle de pays. Quelque chose qui rappellent les mœurs corses ou l’Italie du Moyen-âge…L’audace mais aussi la violence et le goût de la représaille. Plus d’indépendance et de fierté que de sentiment de la justice. On fait ici tout pour ses amis, et tout contre les autres, et cela est admis par tout le monde comme une morale». Blum fut naturellement présenté par la droite comme l’intrus parisien. Ainsi le très réactionnaire Eclair Comtois écrit : « Monsieur Blum est le prototype du déraciné venu par hasard dans le midi,…l’arbitre souverain des élégances parisiennes ». Commentaire après la victoire : « L’étranger a battu l’homme du crû ».

Si je rappelle ce passé, c’est parce que à nouveau aujourd’hui, le réflexe anti-parisien est exploité de façon populiste alors même que Frêche bénéficie de la part des médias de la capitale d’une couverture exceptionnelle : combien de temps à la télé comparé à Hélène Mandroux. Après la dernière tournée parisienne, complaisamment mise en images par les télés, rebelote : le quotidien Aujourd’hui du 23 février évoque une nouvelle offensive médiatique. « Entre mercredi et jeudi après midi, Frêche enchaînera avec F5, 20 mn, LCI, Le Figaro, Radio Classique ». Pour un méridional qui joue au persécuté par les parisiens, on a vu pire. Et pendant que les médias exploitent les propos de Frèche, silence sur les questions de fond, singulièrement sur le sort que la droite réserve aux collectivités locales.

Frêche, à l’évidence, n’est pas antisémite, mais un universitaire de son niveau doit se montrer responsable et tenir sa langue. Il se trouve que j’ai beaucoup travaillé sur l’antisémitisme. A Besançon, un médecin a été un polémiste de choc qualifiant Blum de « Ouistiti de Ghetto vivisectionné dès les premiers jours de sa naissance ». Or, l’occupation venue, ce monsieur devenu député, rencontrant un notable juif, lui a dit : « Faut pas vous en faire, vous les juifs, on va vous donner un territoire à Madagascar » (Il y eu des projets en ce sens.) Le pamphlétaire n’aurait pas fait de mal à une mouche, mais les abrutis fanatiques qui se repaissaient de sa prose sont, eux, passé à l’acte. Il y a une responsabilité de l’intellectuel. Il se trouve aussi que, la mise en cause des personnes en fonction de leur aspect physique est une constante dans la presse d’extrême droite, soit par la plume, soit par la caricature. Il faut lui en laisser l’exclusivité. Quand j’ai découvert la formule sur la « tronche » de Fabius, j’ai tout de suite pensé à la caricature ignoble massivement diffusée par l’extrême droite et montrant la tête de notre camarade dégoulinant de sang (c’était au temps de l’affaire du sang contaminé).

Il ne faut jamais jouer à l’apprenti sorcier pour le plaisir d’un soi-disant bon mot. Les provocations multiples de Frêche exacerbent les divisions. Est-ce l’effet du hasard si les seuls départements où la droite a progressé lors du dernier renouvellement sénatorial, alors que nous engrangions des résultats spectaculaires au plan national, sont le Gard (perte d’un siège pour le PS) et l’Héraut où la droite a pu enlever deux sièges sur 4 avec à peine plus du tiers des voix, et ça parce que la gauche était divisée en 5 listes. Il sera intéressant de comparer le score du Front de Gauche en Languedoc Roussillon avec celui des autres régions…

Pour conclure, je ne demande pas au maire de Dijon et à celui de Lyon de faire preuve de solidarité à l’égard de leur collègue de Montpellier. Mais j’aimerais savoir ce qu’ils pensent des propos pour le moins inélégants tenus par Frêche à l’égard d’Hélène Mandroux qu’il a contribué à mettre en place avant de tout faire aujourd’hui, seconds couteaux en renfort- pour la déstabiliser. Par ailleurs, ne craignez vous pas que le spectacle de la division que vous donnez, généreusement couvert par les médias, gêne les candidats qui se battent sur le terrain.

Joseph Pinard
Ancien député du Doubs
Agrégé d’histoire

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