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Interview dans le jdd.fr

Claude Bartolone tape du poing sur la table. Président du conseil général de Seine-Saint-Denis, le député socialiste dénonce l’inertie du gouvernement face à la vague d’attaques de bureaux de poste dont est victime son département.

Deux hommes ont été interpellés mercredi soir après le braquage à main armée d’une agence de La Poste à Villetaneuse (93). Mardi matin, ce sont deux bureaux de poste de Saint-Denis et de Saint-Ouen (93) qui étaient prises d’assaut, à l’explosif et au pistolet mitrailleur. La veille, la porte donnant accès au coffre de la poste de Bagnolet sautait dans une explosion. Ces hold-up s’ajoutent à une liste déjà longue d’attaques à l’explosif dans le département.

Les attaques de bureaux de poste, qui se multiplient en Seine-Saint-Denis, vous mettent en colère…

C’est extrêmement préoccupant. La préfecture de police avance le chiffre de 16 attaques en un an dans notre département. En réalité, en seulement trois mois, ce sont quatorze attaques à l’explosif -dont treize sur des bureaux de poste- qui ont été perpétrées: à Pantin (deux fois), le Pré-Saint-Gervais, Noisy-le-Grand (trois fois), Aubervilliers (75 000 euros dérobés), Saint-Denis (deux fois), Pierrefitte (100 000 euros), Gournay, l’Ile-Saint-Denis, Bagnolet… Rendez-vous compte: depuis le 9 octobre, on subit plus d’une attaque par semaine. Et encore, il ne s’est rien produit pendant les congés de Noël… comme si les malfrats étaient partis en vacances. Les habitants ont le sentiment d’être complètement abandonnés par le gouvernement qui ne fait rien. Imaginez si le 16e arrondissement avait connu quatorze attaques à l’explosif en trois mois…

Percevez-vous une inquiétude dans la population?

Evidemment. Les postiers et les riverains craignent pour leur existence. Ils vont retirer de l’argent au distributeur et… «boum», ça explose! D’ailleurs, les malfaiteurs ont l’air très bien renseignés et donnent l’impression de faire des expériences pour maîtriser chaque jour un peu plus leurs explosifs. Et puis, ces attaques constituent la cerise sur le gâteau: depuis trois ou quatre mois, la Seine-Saint-Denis connaît une nouvelle flambée de l’insécurité. Les policiers m’ont confié que le trafic de drogue est reparti en flèche. Alors quand le gouvernement se flatte de bons résultats dans la lutte contre la délinquance, c’est risible.

Cette semaine, sur Europe 1, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, a qualifié ces attaques de « délinquance de proximité avec un professionnalisme assez limité », par opposition aux attaques de fourgons, apparentées au « grand banditisme »…

De la délinquance de proximité?!? C’est révoltant d’entendre ça. Nous parlons de gens qui parviennent à se procurer des explosifs d’origine militaire et les utilisent en plein jour, en pleine rue. Il s’agit de faits extrêmement graves de grand banditisme. Faut-il des morts pour que ça intéresse M. Hortefeux? Ces attaques, et le fait qu’elles soient ainsi minimisées, sont la signature du plus grand échec de ce gouvernement sur la sécurité. Les gens en ont assez des discours rassurants et des visites ministérielles à grand renfort de caméras de télévision. Ils veulent des actes.

En quoi le gouvernement a-t-il failli, selon vous?

Dès les premières attaques, j’ai adressé un courrier à M. Hortefeux; j’attends toujours la réponse. La Seine-Saint-Denis est traitée avec un grand dédain. Le nombre de violences physiques a augmenté de 3,2% dans notre département entre 2008 et 2009. Le ministre de l’Intérieur nous répond que nous disposons de 4 823 policiers, contre 4 791 pour les Hauts-de-Seine. Il oublie juste de préciser que la délinquance est 2,5 fois plus forte dans le 93 que dans le 92. Prenez les atteintes à l’intégrité physique des personnes: 18,6 pour 1 000 dans le 93, contre 8,1 pour 1 000 dans le 92. Et face à ce constat, le gouvernement à l’audace de diminuer encore les effectifs de police dans notre département.

Quelles solutions préconisez-vous?

Il faut impérativement augmenter le nombre de policiers dans ce département pour combattre le sentiment d’impunité. Nous avons besoin d’au moins 400 policiers supplémentaires, de proximité et d’investigation. Je demande au gouvernement un moratoire sur les suppressions de postes prévues par la RGPP [Révision générale des politiques publiques] et un plan de rattrapage des effectifs. Il y a urgence.

Ne prenez-vous pas le risque d’être accusé de populisme en interpellant le gouvernement sur l’insécurité à trois mois des élections régionales?

Je n’ai pas attendu les régionales pour alerter le gouvernement sur ces questions. Je suis un républicain et je sais que rien n’est possible sans sécurité, surtout dans les quartiers populaires. Les premières victimes de la délinquance sont les plus faibles, les plus humbles. Je ne vais tout de même attendre qu’un drame se produise sous prétexte qu’il y a des élections; les gens me traiteraient d’irresponsable.

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