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Inauguration des Grands Moulins de Pantin

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux, un peu ému même, de vous accueillir ici à Pantin, en Seine-Saint-Denis, pour ce moment, osons le dire, un peu magique. Les Grands Moulins de Pantin ne sont pas un patrimoine comme les autres. Oui, lorsque la Seine-Saint-Denis admire Montmartre, notre « banlieue Paris » a les yeux rivés sur les Moulins.

Bien que les Grands Moulins soient aujourd’hui la propriété de la Maison BNP-Paribas, je n’oublie pas qu’ils sont nés et restent en Seine-Saint-Denis, qu’ils sont identifiés de part et d’autre du périphérique comme une des portes d’entrée du département, qu’ils sont un totem pour tous les habitants du département, qu’ils sont un pan de notre histoire industrielle, de notre culture populaire que j’assume, que nous assumons avec fierté.

Grâce à l’intelligence du parti pris architectural qui a présidé à la renaissance de ces bâtiments, aucun de nous ne peut ignorer, ni ne pourra oublier qu’ici des femmes et des hommes ont moulu le grain, mis la farine en sac et acheminé ces sacs vers Paris. Ces femmes et ces hommes, ces travailleurs de la Seine-Saint-Denis, j’espère qu’ils sont, pour certains d’entre eux, parmi nous aujourd’hui. J’imagine leur émotion et je veux leur dire que le travail de Reichen et Robert, permet de leur rendre le plus beau des hommages. Dans ce hall, leur présence demeure. Ajoutant à la magie.

Mais, Mesdames et Messieurs, pour que cette magie opère, il aura fallu prononcer quelques formules. J’en vois trois.

– Première formule magique : l’audace d’un grand groupe privé, BNP-Paribas.

– Deuxième formule magique : la volonté politique d’une poignée d’élus.

– Troisième formule magique : un environnement institutionnel qui nous a permis d’agir.

Première formule, disais-je, l’audace de BNP-Paribas. Mais peut-on vraiment parler d’audace ou même de risque ?

Pour un grand groupe, venir en Seine-Saint-Denis, au fil des décennies, c’est devenu davantage un choix de rationalité économique qu’un challenge philanthropique !

Et ce n’est pas vous, Baudoin Prot, qui allez me contredire. Comme vous l’avez très justement rappelé, BNP-Paribas ne découvre pas la Seine-Saint-Denis. Vous faites déjà partie intégrante de la mosaïque séquano-dyonisienne. Et avec les 3200 salariés du site de Pantin, ce sont 8000 de vos salariés qui travailleront, demain, sur ce territoire, faisant de BNP-Paribas le premier employeur privé de la Seine-Saint-Denis.

Les temps changent. La Seine-Saint-Denis n’est pas une terre sur laquelle seules les chaînes de montage et les entrepôts pourraient véritablement prospérer. Attention, ne vous méprenez pas ! C’est avec fierté, confiance et reconnaissance que je regarde le cœur industriel de ce territoire. Dassault, Eurocopter, PSA, Hermès sont les symboles de cette industrialisation également portée par des milliers de PME implantées dans notre département. Ces chaînes de montage sont la colonne vertébrale de la Seine-Saint-Denis. Elles sont notre atout dans une crise qui nous prouve les limites d’une économie qui a sacrifié la production et la création à la spéculation financière.

Mais j’assume aussi la rupture et l’ambition que je porte pour imposer la diversification du tissu économique dans ce département. Je suis convaincu que si nous ne forçons pas cette dynamique, l’écrin précieux qu’est la Seine-Saint-Denis pour l’industrie française risque de se transformer en une boîte à carton d’un autre siècle.

Monsieur Prot, avec nos logiques respectives, avec nos intérêts spécifiques, nous sommes partenaires de cette ambition.

Y en a-t-il parmi vous qu’il reste à convaincre ? Regardez autour de vous, la Seine-Saint-Denis ce n’est pas le Far West ! D’ailleurs, de très nombreuses entreprises le savent bien qui s’implantent aux quatre coins de ce territoire. Pourtant, si Hermès, EADS, Saint-Gobain, BNP Paribas côtoient des dizaines de milliers de PME, qui, à en croire leur résistance dans la crise, sont des affaires solides et dynamiques, les réticences l’emportent encore trop souvent sur la confiance.

Et je vous le dis, comme premier ambassadeur de ce département, j’ai parfois du mal à convaincre les plus frileux. Je peine à déconstruire les mythes pour faire valoir la réalité complexe de ce territoire, ses atouts, sa diversité, son dynamisme, ses ressorts, son histoire.

Le combat contre la relégation de la Seine-Saint-Denis, c’est ensemble que nous le gagnerons. Dans notre combat conjoint contre « la mauvaise réputation ».

Il y a ici, ce soir, des investisseurs, des aménageurs, des promoteurs, des élus. Certains d’entre vous n’hésitent pas à prendre des risques sur les marchés.

Comment, d’ailleurs, ne pas faire référence à cette crise sans précédent qui a frappé le secteur bancaire, et qui nous a démontré par la preuve qu’une banque est durable quand elle sait se souvenir de ce qu’est son métier de banque. Conseiller sans jouer, prêter sans sur-endetter, gérer sans dilapider. Ce n’est pas aux marchés de dicter les règles bancaires. La BNP-Paribas de Michel Pebereau et Baudoin Prot qui se méfient des marchés et des bulles spéculatives, s’en est apparemment souvenue puisque cette crise, elle l’a traversée, renforcée, alors que d’autres banques s’effondraient.

A vous tous, je vous demande ce soir de faire partie de l’aventure séquano-dyonisienne, de nous suivre pour devenir les bâtisseurs de l’avenir. Je ne veux pas revenir sur les blessures d’un territoire qui, durant près d’un siècle a fait office de colonie pénitentiaire, banlieue dortoir, terre d’exil pour tous ceux dont Paris ne voulait pas. J’espère que tous ceux là comprendront que la Seine-Saint-Denis n’est plus seulement une « terre d’accueil » mais une « terre de choix ». Voilà l’aventure que je vous propose.

Deuxième formule magique, la volonté d’une poignée d’élus qui « en veulent », comme on dit.

– Je pense d’abord à Bertrand Kern, le maire de Pantin. Bertrand, chacun de tes administrés le sait et le dit : en quelques années, le visage de cette ville a déjà changé. Tu as su conduire Pantin, la belle endormie, vers un nouvel équilibre entre action sociale, développement économique et nouvelle politique de l’habitat. Tu as rendu Pantin séduisante.

– Je pense aussi au Conseil général, dont j’ai l’honneur d’assumer la présidence. Ceux qui me connaissent savent bien que « me mettre en avant » me fait horreur ! Je ferai donc un effort pour forcer ma nature…

Oui, le Département de la Seine-Saint-Denis mouille sa chemise pour le développement économique de son territoire. Pourquoi ? Sans développement économique, pas de croissance et pas d’emploi : voilà l’équation simple qui nous fait avancer.

Et de l’ambition, nous en avons à revendre ! L’une des premières choses que j’ai faite en arrivant à la Présidence du Conseil Général a été de mettre en place une Agence de Développement économique mandatée pour mettre en œuvre cette stratégie de la diversité qui conjugue industries, recherche, services, technologie de pointe et économie verte. Mais aussi pour équilibrer le développement économique sur l’ensemble du territoire.

Hors de question d’en rester là. Baudouin Prot, vous avez pu le constater, j’applique volontiers la théorie du « double effet kiss cool ». Premier effet, je vous fais venir chez nous en Seine-Saint-Denis ; deuxième effet, je passe un partenariat avec vous pour vous faire participer à nos politiques en direction de la jeunesse !

Nous aurons d’ailleurs l’occasion, dans les prochaines semaines, d’annoncer un nouveau partenariat entre le Conseil Général et BNP-Paribas, en direction des jeunes de la Seine-Saint-Denis et plus particulièrement des collégiens. Pour le moment, laissons nos équipes y travailler ensemble.

J’en viens à ma troisième formule magique : l’environnement institutionnel qui nous permet d’agir. Oui, Mesdames et Messieurs, le moment heureux et plein d’espoir qui nous réunit ne doit pas nous conduire à la béatitude ou à la naïveté.

Ce que nous faisons aujourd’hui, le risque est grand pour que nous ne puissions plus le faire demain.

Vous le savez, l’histoire entre les entreprises et les collectivités locales est une vieille histoire. Or, la réforme des collectivités locales qui se prépare pourrait signer la fin de cette histoire, à travers la suppression de tout lien fiscal entre l’entreprise et le territoire – qui est, disons-le, l’une de mes motivations à venir vous chercher – mais aussi à travers la fin de la clause de compétence générale qui aboutirait à ce que les efforts du département en faveur du développement économique soient tout simplement rendus interdits.

Ce débat-là, nous l’avons, et nous l’aurons jusqu’au bout. Je le crois capital pour nous tous. Alors, je ne cesserai de répéter que les collectivités locales représentent à elles-seules 75% de l’investissement public. Je ne cesserai de répéter que les collectivités locales, c’est le premier levier de la relance.

Je ne cesserai de répéter que les collectivités locales, c’est le service public et le bouclier social de proximité dont nos concitoyens ont une grande nécessité. Oui, je ne cesserai de poser cette même question : demain, si l’Etat obtient le scalp des collectivités locales, qui d’autre viendra vous chercher ? Qui d’autre agira pour la culture, le sport, la petite enfance ?

Mesdames et Messieurs, tels sont les trois messages que je souhaitais vous délivrer.

Un appel d’abord ; venez rejoindre la dynamique que nous avons initiée.

Une promesse ensuite ; sachez que les élus sont là et sont partenaires de la relance, partenaires de la croissance, partenaires de l’emploi.

Une mise en garde enfin ; soyons vigilants, lorsque l’on tire sur les collectivités locales, on atteint les habitants. Moins de service public dans ce pays, c’est une fragilisation de la société entière, « du producteur au consommateur », de vos entreprises au porte-monnaie des Français.

Mes derniers mots iront aux salariés de BNP Paribas. Nous le savons, les Moulins seront entièrement fermés au public. C’est vous dire comme je compte sur vous pour être les acteurs d’une ouverture sur la ville. Vous arrivez en nombre et j’imagine le changement qui pourra naître de vos allers et venues le long du Canal de l’Ourcq.

Baudouin Prot, soyez serein, ce n’est pas là une invitation à l’école buissonnière. C’est ma manière de dire à vos collaborateurs : vous êtes ici chez vous, citoyens à part entière de la Seine-Saint-Denis. Surtout, non, ne vous bunkerisez pas !

Mesdames et Messieurs, aujourd’hui, dans ces Grands Moulins, je rêve que chacune et chacun prenne conscience de l’aventure humaine, urbaine et économique qui se joue. Les pionniers, plus que du courage, ont de l’intuition. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est que vous soyez, c’est que nous soyons les pionniers du changement en Seine-Saint-Denis.

Je vous remercie.