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Hommage à Georges Valbon

Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Madame Valbon,
Francine, François, Robert,
Antoine, Marie-Cécile, ses enfants,

Vous ne m’en voudrez pas si je vous dis que tous ici, nous nous considérons un peu comme les filles et les fils de Georges Valbon.

Nous sommes tous les héritiers de son œuvre sociale et culturelle, de son engagement constant et sincère pour la Seine-Saint-Denis.

Je prononce aujourd’hui cet hommage en éprouvant l’absence de l’homme disparu. Mais au-delà de la tristesse qui nous étreint, il reste cette présence réconfortante laissée par celui qui fût l’un des pionniers de la Seine Saint Denis.

Lorsqu’un homme comme Georges Valbon s’éteint, il ne disparaît pas.

Ce qu’il a accompli demeure et nous accompagne sur ce territoire qu’il a d’abord libéré puis bâti, année après année, au fil de ses luttes, toujours porté par la même soif de justice pour les habitants du nord est parisien.

Bobigny est l’œuvre de ce bâtisseur qui savait l’urgence de loger ceux qui, déjà à l’époque, n’avaient nulle part où se poser. Avec le plus bel esprit républicain, il a fait de Bobigny une terre d’accueil pour tous dans cette France d’après-guerre qu’il fallait reconstruire.

Alors si l’on songe à l’esprit de solidarité qui soufflait sur cette banlieue populaire, si l’on songe aux familles qui y ont trouvé refuge, si l’on songe aux travailleurs immigrés qui se sentaient ici chez eux, on regarde avec un œil nouveau ces ensembles, ces rues et ces dalles.

Dans ces murs résonnent l’énergie d’un bâtisseur, toute la force de conviction d’un élu communiste, qui a dû faire face à l’abandon de l’Etat et qui a transformé l’ancien bourg agricole en ville préfecture.

Et dans ce département, qu’il fallait densifier pour accueillir l’industrie et loger les travailleurs Georges Valbon a eu l’intelligence de préserver et de développer ce qui est aujourd’hui le poumon de notre territoire, les 400 hectares du Parc départemental de La Courneuve, le troisième espace vert de la métropole francilienne.

On lui doit aussi la ligne 1 du tramway d’Ile de France, symbole de la pugnacité de Georges Valbon à faire bouger le monde. Jamais il n’a reculé devant les difficultés, jamais il n’a renoncé à désenclaver cette ville, et au-delà, ce département qu’il regardait avec fierté et tendresse.

Reste aussi l’héritage d’un homme de culture qui a forcé les verrous d’une ségrégation élitiste qui considère l’art et la culture comme les domaines réservés des milieux favorisés. Il a été l’un des plus fervents artisans de la culture pour tous.

George Valbon a mis en musique cette banlieue ouvrière qui a vu fleurir les conservatoires et surtout les jeunes musiciens.

Il a mis le même acharnement à implanter en Seine-Saint-Denis une scène d’envergure nationale. Aujourd’hui, la MC93 nous prouve qu’il a gagné son pari : importer ici, au pied de nos ensembles, le meilleur des spectacles vivants et des créations théâtrales.

Mais en ce jour anniversaire de la Libération de Bobigny, c’est à la liberté qu’il nous a rendue que je pense avec le plus d’émotion. Et à nous tous, qui, pour la plupart, sommes nés, avons grandi, avons vécu dans un pays libre, Georges Valbon nous laisse un devoir, un devoir de mémoire.

Quelques semaines avant qu’il ne s’éteigne, j’ai visité avec Georges le Musée National de la Résistance dans le développement duquel il s’était investi avec l’énergie qu’on lui connaît. Ce jour là, j’avais en face de moi un homme, debout, dans l’urgence de transmettre, éduquer toujours, se souvenir aussi.

Face à un homme comme Georges, qui vous parlait avec la plus grande simplicité, de son engagement dans la Résistance auprès des Francs tireurs partisans,

Face à un homme qui vous racontait avec une forme d’enthousiasme juvénile la libération des mairies des Lilas et de Montreuil, des forts de Rosny et de Romainville,

Face à ce grand homme qui vous narrait sans l’once d’une fanfaronnade les aventures de ce minot de 17 ans à peine qui imprimait sur les presses de son école de typographe, des tracts anti-nazis,

Face à Georges, je me suis souvent demandé : « Aurais-je eu, si jeune, ce sens de l’histoire, ce sens de la justice, ce sens de l’inadmissible, cette détestation de la barbarie fasciste, simplement ce sens du bien et du mal ?»

Face à cet homme qui vous confiait, amusé, que le plus effrayant lors de la libération des Lilas avait été les minutes qui ont suivi, lorsque le jeune lieutenant avait été porté sur un carton pour dire quelques mots à la population libérée,

Face à cet homme qui considérait que ces actes de résistance étaient la seule chose à faire, la chose la plus normale du monde quand d’autres n’ont pas eu ce courage,

Face à cet homme et à chacune de nos rencontres j’ai pensé : « Qu’aurais-je fait à sa place ? Aurais-je eu ce courage ? »

Enfin, pour ceux qui ont eu la chance de le rencontrer, restent ses paroles empreintes de conviction, toujours engagées, modestes à jamais. Grande figure communiste, il était un interlocuteur convaincu mais jamais sectaire parce qu’il savait qu’un combat politique est collectif, que dans la lutte contre les injustices il faut savoir tendre la main pour emmener avec soi et non pas contre soi. Il interpelait, éveillait, s’opposait, dénonçait avec toujours ce respect de l’adversaire qui faisait de lui un humaniste.

Georges Valbon avait, dans ses actes comme dans ses mots, la simplicité et la sincérité des grands hommes.

Toute sa vie, Georges Valbon nous a donné. Aujourd’hui, il nous laisse avec l’envie et le devoir de l’honorer en continuant son combat : résister et bâtir. Plus qu’un devoir de mémoire, c’est aussi un devoir d’agir.

Que son courage exemplaire, sa bienveillance humaniste et son esprit républicain veillent à jamais sur la Seine-Saint-Denis.

Je vous remercie.